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Audiences sur la centrale au gaz : des avis d’experts radicalement différents

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Des experts d’avis radicalement opposés se sont prononcés jeudi sur la nécessité de construire une centrale au gaz naturel dans la municipalité de Tantramar, comme le propose Énergie Nouveau-Brunswick. 

L’approbation de la Commission est nécessaire pour que ce projet voie le jour.

Jeudi matin, l’avocat d’Énergie NB, John Furey, a convoqué Bruce Tsuchida et Jill Moraski, qui sont rattachés à The Battle Group, une firme américaine d'experts-conseils.

Les deux experts ont préparé un rapport pour la société de la Couronne sur la centrale au gaz naturel.

Bruce Tsuchida et Jill Moraski.

Bruce Tsuchida et Jill Moraski sont rattachés à une firme américaine d'experts-conseils.

Photo : Commission de l'énergie et des services publcis

À la toute fin de son intervention, Bruce Tsuchida a classé le projet dans la catégorie presque vert sur une échelle de prudence basée sur un feu de signalisation.

Sa collègue, Jill Moraski, a expliqué que cette classification se base sur l’objectif, soit de ne pas manquer d’électricité, et sur la solution, c'est-à-dire la centrale au gaz naturel.

Le tout est ensuite comparé à ce qui se fait ailleurs dans le monde et à ce qui s’est fait avant au Nouveau-Brunswick, en tenant compte de tendances comme l’augmentation de la population.

Ce n’est pas sans précédent, a dit en anglais Jill Moraski, ajoutant que dans le cas contraire, le projet aurait été classé jaune ou rouge.

Des données d’Énergie NB

Avant cet exercice de classification, les deux experts ont dû affronter de nombreuses questions d’intervenants sur les données contenues dans leur rapport.

À presque toutes les questions, Bruce Tsuchida et Jill Moraski ont répondu que les données ont été fournies par Énergie NB et qu’ils n’ont fait que s’assurer qu’elles étaient plausibles.

Une de ces questions est venue de Mara Mallory, intervenue au nom de la Commission.

Énergie NB estime qu’il lui faut 400 mégawatts pour ne pas risquer de manquer d’électricité à partir de 2028.

Des casques de travailleurs d'Énergie N B sur une tablette.

Énergie NB estime qu’il lui faut trouver 400 mégawatts de plus d'ici 2028.

Photo : Brice McVicar

Pour chiffrer ce besoin de 400 mégawatts, le rapport contient des prédictions sur l’électrification des transports.

Il prévoit une multiplication par 76 du nombre de véhicules électriques entre 2023 et 2034.

Jill Moraski a reconnu que cette donnée est à la limite du plausible mais qu'elle peut s'expliquer par le faible nombre de véhicules électriques que l'on trouve actuellement dans la province.

À maintes reprises, Bruce Tsuchida a aussi rappelé que la société de la Couronne ne peut que faire des prévisions et qu’il existe de nombreuses variables. Il a dressé un parallèle avec l’estimation d’un trajet en voiture, qui peut être ralenti par la circulation ou par le mauvais temps.

Énergie NB s’oppose à la comparution d’un expert

En après-midi, cela a été au tour de Toby Couture d'intervenir, du moins virtuellement, puisqu’il comparaissait à partir de l’Allemagne.

Le Conseil de la conservation du Nouveau-Brunswick, qui a le statut d’intervenant, a présenté cet expert, spécialisé dans les énergies renouvelables, qui œuvre pour la firme de consultants allemande E3 Analytics.

Pendant quelques dizaines de minutes, John Furey, l’avocat d’Énergie NB, a tenté d’établir que Toby Couture ne disait pas toute la vérité dans son travail et ne devrait donc pas être admis comme expert.

M. Couture sélectionne ses données, a dit l’avocat en anglais.

John Furey consulte des documents d'un air sérieux.

John Furey est l'avocat d'Énergie NB. (Photo d'archives)

Photo : CBC / Ed Hunter

L’avocate du Conseil de la conservation, Tina Northrup, a répliqué que les contradictions et les erreurs potentielles d’autres témoins ont été soulevées et que cela ne justifiait pas l'exclusion de l’expert.

Christopher Stewart, le président de la Commission, a jugé que l’avocat d’Énergie NB n’avait pas réussi à démontrer clairement des éléments qui justifieraient l'exclusion de Toby Couture.

Question de méthodologie

Dans son interrogatoire, l’avocat de la société de la Couronne s’est intéressé au stockage par batteries, une solution étudiée mais rejetée par Énergie NB.

Dans un rapport cité dans un des travaux de Toby Couture, la perte de capacité des batteries est estimée à 2,6 % par année.

John Furey proposait donc qu’après 11 ans, une batterie de 400 mégawatts ne pourrait plus contenir que 299 mégawatts.

Des travailleurs installent une batterie de stockage.

Une installation de batteries au Texas. (Photo d'archives)

Photo : Gracieuseté Evolugen

Toby Couture a affirmé que la réalité est plus complexe. Toutes les batteries ne réagissent pas de la même façon et souvent, après 10 ans, une intervention permet de regagner une partie au moins de la capacité.

John Furey lui a proposé de prendre sa calculatrice.

Mais si la méthodologie – les mathématiques, en d'autres mots la manière dont vous utilisez les chiffres – est incorrecte, alors ce n’est pas propice à cet interrogatoire, a répliqué Toby Couture en anglais.

Plus tard, il a expliqué que selon lui, Énergie NB fait fausse route en avançant qu’il faudrait une batterie de 1000 mégawatts pour avoir 400 mégawatts d’électricité.

C’est mal comprendre le fonctionnement des batteries, à ses yeux.

Selon lui, une batterie d'une capacité de 500 mégawatts permettrait donc d'obtenir 400 mégawatts selon les conditions météo et le type de batterie.

Toby Couture présente aussi dans ses travaux des batteries au Canada dont le coût se mesure en centaines de millions de dollars, soit moins que les 3,5 milliards qu’Énergie NB compte dépenser pour la centrale au gaz naturel.

Énergie NB croit que des batteries lui coûteraient 75 % de plus que la centrale.

Les audiences reprennent vendredi.

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