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Au moment de sa découverte, en 1930, par le jeune astronome américain Clyde William Tombaugh, Pluton venait compléter le grand récit du système solaire. Pendant des décennies, elle fut considérée comme la neuvième planète, avant d’être reclassée en 2006 parmi les planètes naines. Cette trajectoire singulière, marquée par la reconnaissance puis par le déclassement, nourrit directement Au revoir Pluton, conte musical jeunesse écrit et réalisé par Sarianne Cormier, qui transforme ce destin astronomique en fable sur l’inclusion, l’ambition et la marginalité.
Pour son premier long métrage, la cinéaste imagine un monde où les planètes, satellites et autres corps célestes forment une troupe de ballet officielle du système solaire. Pluton, nouvelle venue pleine d’ardeur mais manquant un peu de confiance en elle, rêve d’y trouver sa place. Or, dans cet univers très codé, où certaines figures semblent naturellement admises tandis que d’autres demeurent aux frontières du groupe, elle arrive déjà en position fragile. Surtout, elle ne danse pas le ballet comme les autres aspirantes. Là où Iris et la mystérieuse Planète X brillent dans un registre plus classique, Pluton défend plutôt la claquette. Cette différence devient le cœur même du récit.
Présenté comme un spectacle filmé, quelque part entre le cabaret, la féerie scolaire et la comédie musicale cosmique, Au revoir Pluton embrasse d’emblée une forme de bizarrerie joyeuse. On y croise la Terre, la Lune, Neptune et tout un ensemble de personnages relégués aux marges du grand ordre céleste, tandis que de petites capsules historiques viennent rappeler la véritable histoire de Pluton par l’entremise du professeur Tombaugh, incarné par Matthew Rankin. Le lien entre fantaisie enfantine et histoire de l’astronomie fonctionne bien et donne au film un certain charme.
Ce qui fonctionne également, c’est son aspect décalé. Le ton, volontairement champ gauche, se tient bien du début à la fin. La réalisation ne cherche ni le réalisme ni la vraisemblance psychologique à tout prix : elle construit plutôt un univers codé, stylisé, traversé par des chansons, des blagues de planètes, des élans naïfs et une forme d’artificialité souvent cohérente avec la proposition.
Une galaxie artisanale
La direction artistique, en outre, est bien travaillée. Décors, costume, espaces de répétition, lieux périphériques réservés aux figures moins légitimes : tout cela compose un monde soigné, inventif, très agréable à regarder. La musique contribue aussi beaucoup à cette réussite. Il y a de la générosité dans la mise en scène, une vraie envie de créer un univers enfantin paratopique sans le lisser complètement.
Là où le film atteint ses limites, c’est toutefois dans l’écriture de certains dialogues, qui manquent de relief. Quelques échanges paraissent appuyés ou un peu trop simplistes. Le jeu, par ailleurs, demeure inégal, mais il faut dire qu’une bonne partie de la distribution est formée de jeunes interprètes ou de débutants. Cela s’entend parfois dans un jeu ampoulé ou trop forcé, sans pourtant faire dérailler l’ensemble, d’autant que la direction d’acteurs garde le cap et préservent l’unité du ton.
Imparfait mais original, Au revoir Pluton est un film jeunesse qui ose une certaine singularité, mais dont les intentions, à l’écran, ne trouvent pas toujours leur pleine portée.


3 month_ago
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