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Au milieu du désert d’Atacama grandit depuis des années une montagne de 60 000 tonnes de vêtements venus d’Europe : elle se voit désormais depuis l’espace

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Une montagne de vêtements grande comme plusieurs centaines de terrains de football pousse depuis des années dans l’un des endroits les plus arides de la planète. Dans le désert d’Atacama, au nord du Chili, près de la ville d’Alto Hospicio, s’entassent aujourd’hui environ 60 000 tonnes de textiles invendus ou jetés, arrivés d’Europe, d’Asie et d’Amérique du Nord. Le dernier chiffre en date s’élève à plus de 60’000 tonnes et la décharge a pris de telles proportions qu’elle est visible sur des images satellites prises depuis l’espace. Face à ce constat, les Nations Unies ont qualifié la situation d’«urgence environnementale et sociale pour la planète».

À retenir

  • Une accumulation massive de textiles européens transforme l’un des déserts les plus arides de la planète en décharge à ciel ouvert
  • Les incendies de vêtements synthétiques libèrent des toxines qui affectent la santé respiratoire des habitants voisins
  • Malgré une nouvelle législation chilienne, des milliers de tonnes continuent d’arriver chaque semaine dans ce que les experts appellent une urgence planétaire

Sommaire

  1. Un désert transformé en poubelle du prêt-à-porter mondial
  2. Des flammes qui rendent le sable toxique
  3. Une prise de conscience encore trop timide

Un désert transformé en poubelle du prêt-à-porter mondial

Tout commence à quelques kilomètres de là, sur les quais du port d’Iquique. Plus de 60 000 tonnes de vêtements arrivent chaque année, d’Europe et du monde entier, et la marchandise n’est pas taxée. La raison tient à un statut économique particulier : Iquique fait partie des zones franches chiliennes, ces territoires où les vêtements sont envoyés vers la zone franche d’Alto Hospicio, d’où une partie est revendue en Amérique latine, mais la majorité finit dans le désert car personne ne paie les taxes nécessaires pour l’évacuer. Un vide juridique qui transforme un dispositif pensé pour dynamiser le commerce local en trappe à déchets.

Ce qui frappe dans cette montagne, ce n’est pas seulement sa taille. C’est sa composition. Les enquêtes menées sur place par l’ONG Ekō et le collectif chilien Desierto Vestido ont permis d’identifier les marques les plus présentes dans les tas de vêtements abandonnés. Old Navy, H&M, Adidas et Levi’s figurent parmi les marques qui y sont le plus présentes, mais on y trouve également des marques telles que Zara, Hugo Boss, Under Armour, Tommy Hilfiger, Nike et bien d’autres. Des pulls de Noël, des chaussures de ski, des étiquettes encore intactes : le désert le plus sec du monde est devenu la vitrine involontaire de la surproduction mondiale.

Des flammes qui rendent le sable toxique

Une partie de ces vêtements ne se contente pas de s’accumuler. Elle brûle. Pour gérer ces montagnes de textile, une partie est enterrée ou brûlée, engendrant une pollution des nappes phréatiques et de l’air. Sur place, les habitants racontent des scènes qui tiennent presque du décor de science-fiction. Bastian Barria, cofondateur de l’ONG Desierto Vestido, décrit une matière noircie qui recouvre le sol après les incendies. Selon lui, on croirait du pétrole solidifié, alors qu’il s’agit en réalité des vestiges de vêtements qui ont fondu sous l’effet des flammes.

Les conséquences dépassent largement l’esthétique. La combustion de textiles synthétiques libère des composés dangereux pour les riverains. Les émanations toxiques issues des tissus brûlés, en grande partie composés de polyester dérivé du pétrole, se propagent jusque dans les quartiers voisins et provoquent des difficultés respiratoires chez les habitants, contraints de rester chez eux, fenêtres fermées. Une partie de la population d’Alto Hospicio vit ainsi à quelques centaines de mètres d’un site que l’ONG qualifie de véritable « drame de santé publique ».

Le maire de la commune, Patricio Ferreira, ne mâche pas ses mots sur la situation qu’il subit depuis des années. « Nous nous sentons abandonnés. Nous avons l’impression que notre terre a été sacrifiée. Nous sommes la poubelle du monde et il n’y a toujours pas de prise de conscience pour résoudre ce problème », confiait-il à l’AFP. Une petite ville du nord chilien qui n’aurait jamais dû devenir un symbole planétaire de la fast fashion, comme le déplore Karla Aviles, de l’association Desierto Vestido : « Sur Internet, quand tu cherches Alto Hospicio, tu tombes sur des vidéos qui disent qu’ici, c’est le lieu le plus moche du monde. On n’est qu’une petite ville cachée au nord du Chili, pourtant les gens nous connaissent à cause de ça ».

Une prise de conscience encore trop timide

Le phénomène n’est pas nouveau, mais il a longtemps été ignoré. C’est en 2020 que Bastian Barria a lancé l’alerte avec ses deux associées, en publiant sur les réseaux sociaux les photos d’une montagne de vêtements au milieu du désert. Le retentissement a été international, mais le problème persiste. Depuis, les images satellites ont pris le relais des militants pour documenter l’ampleur du désastre, révélant chaque année un peu plus l’étendue du site par rapport aux zones urbaines voisines.

Le mal ne se limite pas à Alto Hospicio. À l’échelle mondiale, un rapport des Nations Unies a confirmé que l’essor de la fast fashion, avec sa rotation effrénée, a fait multiplier par sept le commerce mondial de vêtements d’occasion en quarante ans. Et le recyclage local reste marginal. Selon Reinalina Chavarri, directrice de l’Observatoire de la durabilité de l’université du Chili, près de 70 % des vêtements chiliens post-consommation sont donnés ou jetés, et une grande partie finit dans des endroits comme le désert. Seulement environ 1 % est recyclé.

Face à la pression internationale, le Chili a fini par légiférer. L’industrie textile chilienne sera intégrée à la loi de responsabilité élargie du producteur, qui obligera les importateurs de vêtements et de textiles à prendre en charge les déchets qu’ils génèrent. Une avancée réelle, mais qui arrive après des décennies d’accumulation, et qui ne réglera pas à elle seule le sort des dizaines de milliers de tonnes déjà enfouies sous le sable.

Quelques entrepreneurs locaux tentent malgré tout de transformer ce fléau en ressource. Franklin Zepeda, fondateur d’EcoFibra, fabrique des panneaux isolants à partir de vêtements abandonnés, mais son entreprise se heurte à un obstacle réglementaire de taille : ces textiles ne sont pas biodégradables et contiennent des produits chimiques, ce qui les rend inéligibles aux décharges municipales classiques. Résultat, le désert d’Atacama continue de recevoir, chaque semaine, de nouveaux ballots venus des dressings européens, pendant que la montagne, elle, continue de grandir sous l’œil des satellites.

Sources : novethic.fr | 20min.ch

L'équipe Sciencepost

Rédigé par L'équipe Sciencepost

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