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Au fond d’un cratère de volcan encore actif d’Antarctique rouillent depuis 1931 les cuves d’une station baleinière et le plus grand cimetière du continent

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Au fond d’un cratère de volcan encore actif d’Antarctique rouillent depuis 1931 les cuves d’une station baleinière et le plus grand cimetière du continent. L’endroit s’appelle Whalers Bay, sur l’île de la Déception, dans l’archipel des Shetland du Sud. Une plage de cendre noire en forme de croissant, enfermée dans les parois d’une caldeira toujours active, où s’entassent les restes de dix-neuf ans d’industrie baleinière norvégienne.

Personne n’a jamais rien enlevé.

À retenir

  • La station baleinière de Whalers Bay a ferié en 1931 après l’effondrement de la rentabilité du commerce de l’huile de baleine
  • Le site abrite trente-cinq tombes, anciennement le plus grand cimetière du continent antarctique
  • Classé patrimoine historique, le site est préservé intact depuis quatre-vingt-quinze ans sans restauration ni démolition

Sommaire

  1. Une usine construite au fond d’un volcan
  2. Le cimetière que les éruptions ont voulu engloutir
  3. Un site qu’on ne peut ni piller ni nettoyer

Une usine construite au fond d’un volcan

En 1911, la compagnie norvégienne Aktieselskabet Hektor obtient une licence auprès du gouvernement des Falkland Islands Dependencies pour installer une station à terre sur l’île. Elle y construit, en 1912, une usine bâtie sur environ 500 acres de grève volcanique, destinée à extraire plus efficacement l’huile des carcasses de baleines. L’entreprise finit par employer jusqu’à environ cent cinquante personnes, chargées de dépecer et de faire bouillir les carcasses apportées par les navires-usines mouillés dans la baie. Les meilleures saisons, jusqu’à treize baleiniers opèrent en même temps depuis ce mouillage naturel, protégé des tempêtes par l’anneau volcanique lui-même.

L’aventure s’arrête net en avril 1931. Les avancées du traitement à bord des navires-usines, combinées à un effondrement de la valeur de l’huile de baleine, rendent les stations à terre non rentables, et Hektor ferme ses portes pour de bon.

Ni la glace ni la guerre n’ont vidé la station : le marché s’est effondré.

Le cimetière que les éruptions ont voulu engloutir

Derrière les vestiges de l’usine s’étend le cimetière de Whalers Bay. Il comptait trente-cinq tombes, plus un mémorial dédié à dix hommes perdus en mer, dont un seul corps a pu être repêché. C’était, avant les éruptions, le plus grand cimetière de tout le continent antarctique, selon une note publiée par la revue Polar Record de Cambridge University Press.

L’île de la Déception n’est pas un décor figé. Elle forme la caldeira d’un volcan actif, qui a sérieusement endommagé les installations scientifiques du site en 1967 puis en 1969.

Deux éruptions, en quatre ans, suffisent à changer le visage de la plage. Une coulée de boue éventre la maison Biscoe, utilisée par la base scientifique britannique installée dans les anciens bâtiments de la station, et lui arrache la façade centrale. Le hangar à avion voisin, lui, tient bon. Aujourd’hui encore, la chaleur du sous-sol volcanique réchauffe certains secteurs de l’île, et la vapeur s’échappe par endroits du sable noir de la baie.

Le cimetière, lui, aurait été en partie recouvert.

Un site qu’on ne peut ni piller ni nettoyer

L’ensemble est classé Site et Monument historique n°71, à la suite d’une proposition conjointe du Chili et de la Norvège auprès de la réunion consultative du traité sur l’Antarctique. Ce statut englobe aussi bien les traces de la chasse chilienne antérieure à 1912 que la station Hektor et les bâtiments de la base britannique Base B, établie durant l’été austral 1943-44 dans le cadre de l’opération Tabarin, à même une partie de la station baleinière abandonnée.

La protection joue dans les deux sens. Whalers Bay est un site historique enregistré où il est interdit, et dangereux, d’entrer dans les vieux bâtiments.

Les gouvernements se sont accordés pour laisser les ruines telles quelles, sans les restaurer ni les démolir, comme témoignage de l’histoire baleinière et de la puissance volcanique du lieu. Résultat : les cuves rouillent depuis quatre-vingt-quinze ans sans qu’aucune main n’y touche. Plus de 15 000 visiteurs débarquent aujourd’hui chaque année sur cette plage où l’histoire industrielle croise otaries et manchots papous. Les rotations de la saison australe reprennent dans les prochaines semaines, ramenant les premiers bateaux vers Neptune’s Bellows, l’étroit passage qui donne accès à la caldeira.

En 2002, une croix de bois retrouvée à la station argentine voisine a été identifiée comme celle du baleinier norvégien Peder Knapstad ; elle a été consolidée puis replantée à Whalers Bay, seule tombe du cimetière à porter encore un nom lisible au milieu des trente-cinq inconnus.

Sources : ats.aq | deceptionisland.aq

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