Si les immeubles de l’île Feydeau penchent, c’est parce qu’ils reposent sur du sable et qu’ils ont commencé à s’affaisser dès leur construction. Ce quartier du centre de Nantes a été bâti au XVIIIe siècle pour des négociants et des armateurs, sur une ancienne île de la Loire. Les façades de tuffeau, alignées avec une rigueur d’urbaniste, s’inclinent aujourd’hui l’une vers l’autre, parfois jusqu’à se faire face de travers.
Ils ne sont pas tombés, et ils sont toujours habités.
À retenir
- Le quartier repose sur 17 à 25 m de sable avant la roche.
- Vingt-quatre actionnaires lancent le lotissement le 4 août 1723.
- Les immeubles s’étayent les uns sur les autres et restent habités.
Sommaire
Un lotissement monté par 24 actionnaires
Le projet naît dans les années 1720, porté par le maire Gérard Mellier, élu en 1720, et par l’architecte de la ville Jacques Goubert. Le lotissement est placé sous le patronage de Paul Esprit Feydeau de Brou, intendant de Bretagne, qui a donné son nom à l’île. Le 4 août 1723, 24 actionnaires s’associent pour construire 24 maisons et aménager les quais, les cales et les rues. Ce sont en majorité des négociants et des armateurs.
Certains d’entre eux ont fait fortune grâce à la traite atlantique, et c’est cet argent qui finance l’opération. Le quartier est donc, dès l’origine, un produit direct de l’économie portuaire nantaise.
Le terrain, lui, joue contre les promoteurs. Le sol est sablonneux et inondable, et la guide conférencière Françoise de Cossette, interrogée par France 3, explique que le sable atteint 17 à 25 m d’épaisseur avant de rencontrer la roche. Autant dire que les constructeurs bâtissaient sur une épaisseur de sable plus haute qu’un immeuble de plusieurs étages.
Un chantier qui décourage les investisseurs
Les coûts s’envolent, et la plupart des actionnaires revendent leur terrain avant même d’avoir bâti. En 1745, seuls deux immeubles sont achevés : l’immeuble Charron, en 1740, et l’immeuble Valleton, en 1741.
Plus de 40 ans de chantier, jusqu’à la veille de la Révolution.
La question des fondations occupe tout le monde. La Ville de Nantes, dans sa fiche consacrée aux immeubles de l’île, précise qu’ils ne reposent pas sur des pilotis mais sur des grilles en bois imputrescible. D’après l’encyclopédie en ligne Wikipédia, l’architecte Pierre Rousseau fait asseoir, après 1755, les fondations sur un radeau de bois, comme en Hollande. Les sources divergent sur le détail technique, mais toutes s’accordent sur un point : le bois est la réponse des bâtisseurs à un sol qui ne porte pas.
Des façades qui s’appuient les unes sur les autres
Les bâtiments se sont déversés dès leur construction, et c’est l’immeuble voisin qui les étaye. Chaque façade penchée trouve donc son appui dans la suivante, comme une rangée de livres sur une étagère. Françoise de Cossette affirme qu’il n’y a pas de risque d’effondrement.
L’inclinaison a même fini par séduire. Sur le cours des 50-Otages, un hôtel de construction contemporaine a été bâti volontairement de travers, en écho à ses voisins du XVIIIe siècle.
Le défaut de naissance est devenu une signature.
Pour les habitants, vivre « en pente » reste une réalité du quotidien : les immeubles de l’île Feydeau sont toujours occupés. Les sources consultées ne donnent aucun angle d’inclinaison chiffré, et il vaut mieux ne pas en inventer. Ce que l’on sait, c’est que le phénomène se voit à l’œil nu, y compris depuis le trottoir, et qu’il touche aussi le quai de la Fosse et le cours des 50-Otages.
Une île qui a fini par rejoindre la rive
Au XXe siècle, la Loire change de visage autour de l’île. Le bras de la Bourse est comblé entre 1926 et 1938, celui de l’Hôpital entre 1929 et 1936. L’île Feydeau se retrouve alors rattachée à la rive droite, et il ne reste que le nom pour rappeler qu’elle fut une île.
Jules Verne est né dans l’un de ces immeubles en 1828, à l’angle du cours Olivier-de-Clisson et de la rue Kervégan. Près d’un siècle avant les comblements, le futur romancier grandissait donc encore au bord de l’eau.
La guide Françoise de Cossette écarte tout risque de chute, mais il s’agit de l’avis d’une experte du patrimoine, et non d’un diagnostic technique publié pour chaque immeuble. Les façades continuent en tout cas de se tenir debout depuis près de trois siècles, après un chantier qui a ruiné une bonne partie de ses premiers actionnaires.
Sources : france3-regions.franceinfo.fr | patrimonia.nantes.fr


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