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Attente aux urgences : des progrès timides pour les patients noirs

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Huit mois se sont écoulés depuis la publication d'un rapport accablant montrant que l’attente des personnes noires aux urgences excédait celle des membres de tout autre groupe ethnique au Manitoba. Depuis, le système de santé affiche de maigres progrès, à l’image des formations antiracistes, très peu suivies par les professionnels de santé.

Dans les moments qui ont suivi la publication du rapport, Soins communs Manitoba a assuré que le personnel des services d'urgence était invité en priorité à participer au programme Black Health Primer. Cette formation vise à éduquer les professionnels du système de santé canadien et à lutter contre le racisme anti-Noirs.

Cette promesse aurait dû marquer un tournant dans la prise en charge des patients noirs.

Or, plusieurs mois plus tard, la directrice générale du Black Health Education Collaborative, Sume Ndumbe-Eyoh, est amère. Ce que nous voyons actuellement, ce sont quelques personnes ici et là qui suivent le module depuis le Manitoba, mais il n'y a pas eu de vague d'inscriptions, ce qui est décevant à voir, dit-elle, évoquant environ 200 personnes inscrites au Manitoba depuis le lancement du programme, en avril 2020.

Malheureusement, ce n'est pas la première fois que nous voyons ce genre de rapports, n'est-ce pas? Ça ne peut pas juste être une déclaration pour se donner bonne conscience; il faut aller au-delà pour vraiment se concentrer sur la mise en œuvre, poursuit-elle.

Selon elle, les professionnels de santé n’ont pas suffisamment de temps de détachement dans leur horaire pour suivre cette formation.

Soins communs Manitoba, contacté par Radio-Canada, n’a pas répondu à nos demandes d’entrevue.

Selon le rapport, le temps d'attente moyen dans les salles d'urgence pour tous les patients du Manitoba était de 3,4 heures. Les patients africains et/ou noirs attendent en moyenne 3,9 heures, soit le temps d'attente le plus long de tous les groupes ethniques. Les personnes noires étaient proportionnellement plus nombreuses à ressortir sans même avoir reçu de soins.

Les données ont été collectées du 1er mai 2023 au 30 septembre 2024 auprès de patients enregistrés pour recevoir des soins.

Compter sur les champions

Dans son bureau de la Faculté des sciences de la santé de l'Université du Manitoba, la Dre Marcia Anderson, autrice du rapport, travaille encore à l'analyse des données collectées depuis le premier rapport.

Celle qui est également la vice-doyenne à la santé des Autochtones, à la justice sociale et à la lutte contre le racisme de l’Université du Manitoba anime des ateliers baptisés We Will Take Good Care of the People. Ce programme éducatif plébiscité par Soins communs Manitoba pour lutter contre le racisme compte une centaine d’inscrits.

La Dre Marcia Anderson, assise devant son bureau.

La Dre Marcia Anderson est l'autrice du rapport sur les temps d'attente aux urgences.

Photo : Radio-Canada / Victor Lhoest

Cela peut sembler modeste, mais je crois sincèrement que c'est ainsi que le changement s'opère, avance la Dre Anderson, qui préfère y voir le signe d’un intérêt naissant porté par des personnes engagées. Dans le domaine de la gestion du changement, nous appelons parfois ces personnes des "champions". Ainsi, plus il y aura de champions locaux engagés qui agissent de manière volontaire, plus ils auront d'influence sur leurs collègues.

Je suis optimiste quant à notre capacité à changer les choses et à combler les écarts en matière de poids que connaissent différents groupes raciaux, ethniques et autochtones, soutient-elle.

Un goût amer dans la bouche

Stanislas Bell milite lui aussi pour améliorer la prise en charge des personnes noires dans le système de santé depuis qu’il a contracté le paludisme il y a trois ans en revenant du Cameroun.

Il s’est rendu aux urgences, mais sa prise en charge à l’Hôpital Saint-Boniface s’est mal passée. Les médecins se sont d’abord concentrés sur sa sexualité, plutôt que sur ses symptômes – des questions qui sont généralement posées aux personnes qui viennent d'Afrique, déplore-t-il –, avant qu'il ne soit transféré à l’Hôpital Victoria, où il a attendu six heures pour être ausculté.

Là, je sens vraiment la vie qui commence à me quitter, se souvient-il.

Bien que le paludisme soit une urgence médicale détectable par analyse sanguine et non contagieuse, Stanislas Bell a été placé en quarantaine, un traitement injuste qu’il n’a pas osé contester, alors qu’il entendait une femme autochtone se faire brutaliser et expulser de l'hôpital pour avoir réclamé des soins. Il était à bout de force. Je me suis dit que, si je continue de pousser, de demander des choses, je risque de subir la même chose. Je ne suis pas dans une position de me défendre, donc, ce serait mieux d'être calme.

Stanislas Bell porte une casquette avec la mention «Coach S» dessus.

Stanislas Bell donne des formations depuis qu'il dit avoir frôlé la mort aux urgences de Winnipeg. Il estime avoir reçu un mauvais traitement du personnel médical en raison de la couleur de sa peau.

Photo : Radio-Canada

Stanislas Bell espère de profonds changements structurels et humains au sein des institutions de santé, basés sur l'empathie, la diversité et l'ouverture à l'autre.

Les dirigeants devraient faire un effort pour avoir plus de représentation, parce que ça part de là. Lorsqu'il n'y a pas de représentation, c'est demander à des personnes de se mettre dans la peau d'un groupe qu'elles ne voient jamais.

Il croit à un besoin vital d’intégrer les témoignages réels de personnes victimes de racisme en milieu médical dans les programmes : Je trouve que les formations devraient toucher la corde sensible des humains.

Aujourd’hui, M. Bell dit adopter le sport et l’alimentation saine comme méthodes préventives pour éviter une nouvelle hospitalisation. L'hôpital m'a laissé un goût amer dans la bouche et je n’y suis pas retourné depuis.

Ayant frôlé la mort, il nourrit l'espoir de protéger les autres en les aidant à éviter de se retrouver à l'hôpital, notamment grâce à ses activités de mentorat et de sport. J’ai fait la promesse au Seigneur que, si j'arrive à me sortir de ce moment-ci, je promets de dévouer tout mon temps, toute ma force à faire en sorte que les gens ne subissent plus ce genre de choses, conclut-il.

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