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Arrêtez de dire « c’est dans la tête » : votre cerveau confond littéralement une rupture amoureuse avec une fracture ouverte

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L’expression est universelle : après un rejet brutal, une trahison ou une rupture amoureuse, on dit avoir « le cœur brisé ». On décrit une poitrine serrée, une nausée, une douleur sourde qui irradie dans le corps. Pendant longtemps, la médecine et l’entourage ont traité ces symptômes avec une certaine condescendance, les classant au rang de métaphores poétiques ou de réactions purement psychologiques. « Ce n’est pas grave, ça va passer », vous dit-on. Pourtant, l’imagerie médicale moderne vient de donner raison aux poètes contre les médecins sceptiques. Pour votre cerveau, la distinction entre un os qui casse et un cœur qui casse n’existe pratiquement pas.

Le recyclage neuronal de la douleur

La découverte repose sur l’observation de l’activité cérébrale via l’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf). Des neuroscientifiques ont observé ce qui se passe dans la tête d’une personne qui se fait brûler la main avec une tasse de café chaud, puis ont comparé ces images avec celles d’une personne qui regarde une photo de son ex-partenaire après une rupture non désirée.

Le résultat est stupéfiant : dans les deux cas, les mêmes zones d’alarme s’allument. Il s’agit principalement du cortex cingulaire antérieur (dACC) et de l’insula antérieure.

Ces régions sont le siège de la composante « dérangeante » de la douleur, celle qui vous fait dire « ça fait mal et il faut que ça s’arrête tout de suite ». Le cerveau ne possède pas de circuit spécifique pour la « douleur sociale ». Il a donc fait preuve d’économie évolutive : il a simplement « piraté » et recyclé le circuit existant de la douleur physique pour traiter la douleur émotionnelle.

Pourquoi l’évolution nous fait-elle si mal ?

Pourquoi la nature nous infligerait-elle une telle violence pour une simple situation sociale ? La réponse se trouve dans notre passé de mammifères sociaux. Durant la préhistoire, être exclu du groupe, banni de la tribu ou rejeté par ses pairs était une condamnation à mort quasi immédiate. Un humain seul dans la savane ne survivait pas longtemps face aux prédateurs ou à la faim.

L’évolution a donc dû mettre au point un système d’alerte infaillible pour nous forcer à maintenir nos liens sociaux. De la même manière que la douleur physique vous force à retirer votre main du feu pour ne pas endommager vos tissus, la douleur sociale (le chagrin d’amour, la honte, le rejet) vous force à corriger votre comportement pour ne pas perdre la protection du groupe. C’est un mécanisme de survie brutal mais efficace : la solitude doit faire aussi mal qu’une blessure pour que vous l’évitiez à tout prix.

rupture amoureuseCrédit : fizkes/istock

La preuve par le paracétamol

Cette superposition neuronale est si concrète qu’elle a mené à une expérience fascinante (et un peu provocatrice) menée par le psychologue C. Nathan DeWall de l’Université du Kentucky. Partant du postulat que les circuits de la douleur étaient identiques, son équipe a testé si un antidouleur classique pouvait soigner un chagrin d’amour.

Ils ont administré du paracétamol (l’ingrédient actif du Doliprane ou du Tylenol) à un groupe de volontaires souffrant de rejet social, et un placebo à un autre groupe. Les résultats ont montré que ceux qui avaient pris l’antidouleur rapportaient une diminution significative de leurs sentiments de rejet et de peine au quotidien. Mieux encore, les scanners cérébraux montraient une réduction de l’activité dans le cortex cingulaire antérieur.

Attention toutefois, cela ne signifie pas qu’il faut se gaver de médicaments à la moindre déception amoureuse. Mais cette étude apporte une validation biologique essentielle : votre souffrance est réelle, tangible et physiologique.

Pour consulter les détails de cette étude pivot qui a changé notre compréhension de la douleur sociale, vous pouvez vous référer à la publication originale dans la revue Psychological Science : Acetaminophen Reduces Social Pain: Behavioral and Neural Evidence

Brice L.

Rédigé par Brice L.

Brice est un journaliste passionné de sciences. Il collabore avec Sciencepost depuis plus d'une décennie, partageant avec vous les nouvelles découvertes et les dossiers les plus intéressants.

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