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À Cannes, plusieurs professionnels du cinéma dénoncent une « liste noire » après les propos du patron de Canal+ visant les signataires de la tribune anti-Bolloré.
Par Anne-Fleur Andrle avec AFP
L’effet produit est pour l’instant l’inverse de celui espéré. Après les propos de Maxime Saada en marge du 79e Festival de Cannes appelant Canal+ à « ne plus travailler » avec les signataires d’une tribune critique envers Vincent Bolloré, le collectif Zapper Bolloré affirme avoir enregistré une vague massive de nouveaux soutiens.
Au cours de la soirée de lundi 18 mai, le collectif a annoncé avoir recueilli 651 signatures supplémentaires en seulement 24 heures, présentées comme une réaction directe aux déclarations du patron de Canal+. Le texte publié la semaine dernière dans Libération dépasse désormais les 1 200 signataires issus du monde du cinéma.
Parmi les nouveaux noms figurent notamment le réalisateur Robin Campillo, Palme du Grand Prix à Cannes pour 120 battements par minute, ainsi que l’acteur Nahuel Pérez Biscayart, révélé dans ce même film.
La tribune dénonçait « l’emprise grandissante de l’extrême droite » sur le cinéma français à travers l’influence de Vincent Bolloré, principal actionnaire du groupe Canal+, alors que ce dernier cherche à renforcer sa présence dans le secteur avec le rachat d’UGC.
Une « liste noire »
Dans un communiqué publié lundi, le collectif Zapper Bolloré a insisté sur le fait que son texte visait uniquement « le rachat d’UGC » et l’influence de Vincent Bolloré, « sans incriminer les équipes de Canal+ ». Mais pour les auteurs de la tribune, les déclarations du président du directoire de Canal+ « confirment » précisément les craintes exprimées depuis plusieurs jours.
Si Canal+ reste le premier financeur du cinéma français avec près de 170 millions d’euros investis chaque année, plusieurs professionnels redoutent désormais qu’une partie des signataires soit progressivement écartée de certains projets ou financements.
Le terme de « liste noire » circule d’ailleurs de plus en plus ouvertement sur la Croisette. « Tu ne peux pas avoir peur de perdre ton travail juste parce que tu exprimes une inquiétude collective », a réagi l’actrice Adèle Exarchopoulos auprès de l’AFP.
Un « formidable gâchis »
Même embarras chez certains producteurs pourtant proches de Canal+. Alain Attal, producteur du film Garance, présenté en compétition à Cannes, a dénoncé « un formidable gâchis », tout en rappelant le rôle essentiel joué par la chaîne cryptée dans le financement du cinéma d’auteur comme des grosses productions.
La réalisatrice Jeanne Herry estime elle aussi que la réaction de Canal+ risque d’alimenter les inquiétudes déjà présentes dans le secteur. « Quand derrière on entend “liste noire”, “menaces”, ça ne fait qu’entretenir cette anxiété », a-t-elle expliqué.


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