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Le ministre des Affaires acadiennes et francophones de l’Île-du-Prince-Édouard, Zach Bell, a conclu cette semaine à Summerside une tournée de six rencontres communautaires entamée en juin.
Pendant près de deux heures, le dialogue s'est noué au centre communautaire La Belle-Alliance. Neuf participants ont pu échanger en français et en anglais avec le ministre Zach Bell.
Autour des tables, se trouvaient principalement des porte-paroles d'organismes acadiens et francophones — la SAF'Île, JAFLIPE, la Fédération des parents, le RDÉE —, mais aussi quelques citoyens.
Pour Marie-Christine Dubois-Lebel, optométriste et présidente du conseil d'administration de La Belle-Alliance, le déplacement était essentiel. Elle a rappelé l'importance cruciale de préserver un espace d'expression française en dehors de l'école et de la maison.
C'était important pour moi de venir revendiquer, de dire : "On veut continuer de vivre en français".
La santé, préoccupation numéro un
L'accès aux soins de santé en français s'est imposé comme un sujet central de la soirée. Le manque de professionnels de la santé bilingues crée une véritable détresse chez les patients.
Marie-Christine Dubois-Lebel le voit tous les jours dans son cabinet d'optométrie. Elle l'a également vécu personnellement avec sa mère malade, qui oubliait son anglais à cause de troubles neurologiques.
Émile Gallant, ancien directeur du Carrefour de l'Isle-Saint-Jean, venu spécialement de Charlottetown, a lui aussi illustré cette urgence.
Quand j'étais directeur au Carrefour, j'ai eu une maman qui est rentrée dans mon bureau. Une nouvelle arrivante, quatre enfants qui ne parlaient pas un mot anglais, puis elle pleurait presque. Elle a dit : "Je ne peux pas me trouver de services en français. Mes enfants ne sont pas capables d'expliquer qu'est-ce qui est le problème", a-t-il raconté.

«J'en ai eu beaucoup, des gens qu'ont rentré dans le bureau quand j'étais là, qui cherchaient des services en français», rapporte Émile Gallant, ancien directeur du Carrefour de l'Isle-Saint-Jean.
Photo : Radio-Canada / Marine Ernoult
Pour répondre à cette crise, les participants ont demandé de jumeler des médecins avec des patients francophones, ou encore de réserver une place à un étudiant francophone au sein de la nouvelle faculté de médecine de l'Université de l'Île-du-Prince-Édouard (UPEI).
Rien que dans la région de Charlottetown, on connaît cinq ou six médecins francophones et infirmières, ils peuvent offrir des services en français, a souligné Émile Gallant.
Jeunesse et projet de logements
Au-delà de la santé, le soutien aux organismes a alimenté les discussions. Doudou Mukanda, directeur général par intérim de Jeunesse Acadienne et Francophone de l'Île-du-Prince-Édouard (JAFLIPE), a réclamé une augmentation des investissements provinciaux pour pérenniser les postes et offrir plus d'activités aux jeunes.
Une hausse des enveloppes financières de la province a également été réclamée pour les centres communautaires, comme La Belle-Alliance.
D'autres propositions originales ont émergé de la salle. Émile Gallant a proposé la cession à la communauté francophone d'un terrain provincial à Charlottetown pour créer un complexe francophone regroupant un foyer pour aînés, des logements pour nouveaux arrivants et des dortoirs pour les étudiants du Collège de l'Île.
Rencontre à Prince-Ouest
Zach Bell s'est également déplacé à Tignish le 29 septembre. Lors de cette rencontre, la communauté a fait valoir plusieurs revendications.
- Centres scolaires communautaires : La cohabitation entre activités éducatives et communautaires génère une gestion complexe sans reconnaissance adéquate au niveau provincial.
- Petite enfance : Les fragilités financières du programme Dès la naissance, de l’organisme Cap enfants, et le manque de places en garderie menacent la transmission du français dès le plus jeune âge.
- Transport : Les lacunes du réseau de transport public isolent les aînés francophones en région rurale.
- Services et transparence : La communauté réclame une réelle offre active dans les bureaux provinciaux et un meilleur suivi des fonds fédéraux reçus par la province pour l’éducation.
Pas de promesses fermes du ministre
Au terme de ses six réunions d'un bout à l'autre de l'île, le ministre Zach Bell retient des priorités communes : la reconnaissance du statut particulier des centres scolaires communautaires, l'éducation en français dès le premier âge, l'offre active, la visibilité du français et la modernisation de la Loi sur les services en français.
Toutefois, le ministre ne compte pas publier de rapport officiel, pour ne pas dupliquer le travail du Secrétariat aux affaires acadiennes et francophones.
Mais je veux mettre les revendications des francophones sur la table du gouvernement pour voir si ce sont des choses qui peuvent être faites.

«Mon rôle dans cette affaire a consisté à essayer de faire valoir les enjeux de la communauté acadienne et francophone, à veiller à ce que leurs préoccupations soient entendues», affirme le ministre Zach Bell.
Photo : Radio-Canada / Marine Ernoult
Le responsable politique ne prend aucun engagement concret et s'abstient de fixer un calendrier pour la mise en œuvre de futures réformes.
Je ne suis pas la personne qui peut prendre les mesures concrètes. Je suis la personne qui peut faire la demande ou interpeller chaque ministère, dit-il.
La communauté attend des actions
Du côté de la communauté, l'ensemble des francophones présents saluent la démarche d’écoute du ministre.
Pour Charles Duguay, président de la Société acadienne et francophone de l'Île-du-Prince-Édouard (SAF’Île), cette tournée constitue une belle ouverture.
Le chef de file communautaire se montre néanmoins prudent et appelle désormais à des mesures concrètes à court, moyen et long terme.
On aimerait que ça se transmette par des actions. Je pense que ce serait irréel de penser qu'il va régler tous les problèmes, mais il y a des choses qui pourront être faites.
Marie-Christine Dubois-Lebel espère elle aussi qu’à l’issue de ces rencontres, le gouvernement sera prêt à s’engager d'une manière plus bilatérale.

Marie-Christine Dubois-Lebel salue l'engagement du ministre Zach Bell. Elle espère désormais que «le gouvernement prendra des actions».
Photo : Radio-Canada / Marine Ernoult
Une rencontre de suivi est d'ores et déjà programmée d'ici la fin du mois entre Zach Bell et la SAF’Île.
L’objectif? Passer en revue l'ensemble des notes de terrain et s'assurer que ces heures de consultations publiques débouchent sur des avancées réelles pour la communauté.
Avec des informations de Kelly-Ann Peterson


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