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Après avoir étudié 854 villes européennes, les chercheurs ont découvert que c’est à Paris qu’on risque le plus de mourir de chaleur

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Sur 854 villes européennes passées au crible par une équipe internationale de chercheurs, Paris arrive en tête du classement le plus sinistre qui soit : celui des métropoles où l’on risque le plus de mourir de chaleur. Publiée dans The Lancet Planetary Health en 2023 par Pierre Masselot et ses collègues, cette étude couvrant deux décennies de données (2000-2019) ne laisse aucune place à l’ambiguïté. Amsterdam et Zagreb suivent dans ce palmarès funèbre, mais Paris les devance nettement.

À retenir

  • Parmi 854 villes européennes analysées, laquelle figure en première position du classement des décès liés à la chaleur ?
  • Quelle particularité redoutable des nuits parisiennes explique cette surmortalité exceptionnelle ?
  • Quel équipement a réduit de 80% la mortalité due à la chaleur aux États-Unis en un demi-siècle ?

Sommaire

  1. Le paradoxe parisien : une ville du Nord qui tue comme le Sud
  2. La végétation comme variable d’inégalité
  3. Ce que les Américains ont compris depuis soixante ans
  4. Une ville qui s’adapte, lentement

Le paradoxe parisien : une ville du Nord qui tue comme le Sud

À Paris, le risque de mourir de chaud est multiplié par 1,6 par rapport aux températures de confort habituelles. Ce chiffre peut sembler abstrait. Il signifie concrètement que lors d’un épisode chaud, un Parisien a 60 % de risques supplémentaires de décéder par rapport à ce que prédirait la seule température. Pour les résidents âgés de 85 ans et plus, cet excès de décès lié à la hausse des températures est 1,6 fois plus probable à Paris qu’ailleurs en Europe.

Pierre Masselot, l’un des chercheurs, explique que cela est dû à « l’exposition de la ville à l’effet d’îlot de chaleur urbain, qui provoque une forte élévation de la température en été ». Mais l’îlot de chaleur parisien a une particularité redoutable : il frappe surtout la nuit. Entre 4 et 6 heures du matin, c’est la plage horaire où l’ICU est le plus fort, et 100 % de la population parisienne est exposée à un ICU d’intensité forte ou très forte. Pas certains quartiers, pas certains arrondissements : la totalité de la capitale.

Les îlots de chaleur urbains augmentent le nombre de nuits tropicales, où la température minimale reste supérieure à 20 degrés. Elles empêchent le corps de récupérer de la chaleur de la journée, ce qui, sur plusieurs jours, entraîne des répercussions médicales. Le béton stocke, la nuit restitue, le corps ne récupère pas. C’est un piège physiologique aussi lent qu’implacable.

Selon l’Institut Paris Région, « on peut observer des écarts importants de température entre Paris et les zones rurales, jusqu’à 10 °C lors de la canicule exceptionnelle de 2003 ». La preuve par 2003 est cruelle : durant cette canicule historique, la surmortalité avait été de +190 % à Paris contre +40 % dans les zones rurales, et 5 000 des 15 000 décès attribués à la chaleur étaient concentrés en Île-de-France.

La végétation comme variable d’inégalité

Paris n’est pas uniformément vulnérable. L’étude révèle des inégalités dans la capitale en ce qui concerne la distribution des espaces verts : leur présence varie de 1,4 % dans le 2e arrondissement à 20,4 % dans le bois de Vincennes côté est. Un rapport de un à quatorze entre deux quartiers d’une même ville. La densité de végétation de proximité, mesurée dans un rayon de 500 mètres autour du lieu de résidence — prédit de façon robuste et indépendante la mortalité liée à la chaleur.

Dans la mesure où les arrondissements les plus verts de la capitale comptent un cinquième de leur surface végétalisée, si tous les arrondissements atteignaient ce niveau, il serait possible de réduire la mortalité d’un tiers en période de fortes chaleurs. Un tiers. Le chiffre mérite qu’on s’y arrête : des arbres, de l’herbe, des cours d’école débitumisées pourraient avoir un impact sanitaire comparable à celui d’un médicament. Les arbres sont particulièrement importants en raison de l’évapotranspiration et de l’ombre qu’ils offrent à la population.

Ce que les Américains ont compris depuis soixante ans

Pendant que Paris débat de ses platanes et de ses toits végétalisés, une autre réponse a déjà fait ses preuves de l’autre côté de l’Atlantique. Des chercheurs ont constaté que la mortalité d’une journée extrêmement chaude a chuté d’environ 80 % entre 1960 et 2004 aux États-Unis, comparativement à la période 1900-1959, et que ce taux était essentiellement attribuable à l’adoption de la climatisation résidentielle.

Selon l’économiste Alan Barreca et ses co-auteurs (2016), l’adoption de la climatisation résidentielle explique presque entièrement la réduction de la corrélation entre températures extrêmes et mortalité, en diminuant la relation entre températures réelles et températures ressenties. Dit autrement : la clim n’a pas seulement rendu les étés plus confortables, elle a littéralement reconfiguré la relation entre chaleur et mort. Sans air conditionné, le taux de mortalité lié à la chaleur aux États-Unis serait de l’ordre de dizaines de milliers annuellement.

En France, le contraste est saisissant. En 2025, seulement 24 % des foyers sont équipés d’une climatisation, selon l’ADEME : 13 % disposent d’une seule pièce climatisée et 11 % en ont plusieurs. Trois foyers sur quatre affrontent donc les canicules sans aucun système de rafraîchissement mécanique. En 2003, la canicule a provoqué 15 000 décès en France selon Santé publique France. Depuis, le total s’élève à près de 17 000 morts, et l’année 2023 a enregistré une surmortalité de 5 000 décès supplémentaires.

Le débat français sur la climatisation reste étrangement crispé sur la question environnementale, reléguant au second plan la réalité sanitaire. Face aux canicules répétées, ceux qui installent des climatiseurs ne sont pas les irresponsables. Culpabiliser les familles modestes au nom d’une vision punitive de l’écologie revient à oublier que le confort thermique n’est pas un luxe mais une condition de santé publique, de dignité et de justice sociale. La question énergétique est réelle, mais elle ne peut pas se résoudre au prix de vies humaines.

Une ville qui s’adapte, lentement

On assiste à une multiplication par 7 du nombre moyen de nuits tropicales à Paris, qui pourrait passer de 5 jours par an à 35 jours par an d’ici 2080. Sept fois plus de nuits sans récupération thermique possible. Dans ce contexte, les réponses partielles, fontaines à boire, brumisateurs, quelques parcs supplémentaires — semblent bien timides.

Le Dr Hicham Achebak et son équipe ont analysé neuf années de données réelles (2014-2022) à Paris, en croisant données de mortalité journalière, données météorologiques et indicateurs de tissu urbain sur les 9 600 îlots urbains que compte la capitale. Leurs conclusions dessinent une ville à deux vitesses thermiques, où l’adresse détermine le risque. Habiter le 2e arrondissement ou le bois de Vincennes n’expose pas du tout au même danger lors d’une canicule. C’est une forme d’inégalité sanitaire rarement nommée comme telle, mais parfaitement documentée.

Ce que l’étude Masselot pointe in fine, c’est que Paris cumule le pire de deux mondes : la densité minérale d’une métropole du Nord avec une vulnérabilité thermique digne d’une ville méditerranéenne, sans les équipements ni les comportements qui y correspondent. De l’autre côté du spectre, 203 620 personnes meurent de froid chaque année en Europe, preuve que les températures extrêmes, dans les deux sens, restent un défi de santé publique massif pour lequel aucun pays européen n’a encore trouvé de réponse complète.

Sources : santepubliquefrance.fr | lebonbon.fr

L'équipe Sciencepost

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