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Dans la foulée du retrait de la municipalité d’Anticosti du projet de lien interrives qui aurait relié la ville de Gaspé, Port-Menier et Havre-Saint-Pierre, la question de la sécurité a été évoquée par la mairesse Hélène Boulanger à plusieurs reprises.
Elle a entre autres, mentionné son inquiétude par rapport à l’éventualité où le traversier serait forcé de rester à quai, en raison des conditions météorologiques, par exemple. Elle craint qu’un tel scénario mette la sécurité du public à risque.
« C’est une obligation pour la municipalité d’avoir un service de sécurité », explique Mme Boulanger. « Ce service nous coûte actuellement 38 000 $ par année pour deux visites de quelques jours de policiers de la Sureté du Québec. »
La mairesse fait valoir qu’à moins d’une urgence majeure pour laquelle les autorités pourraient rallier l’île par avion, les habitants sont laissés à eux-mêmes.
« Ils disent qu’à l’île d’Anticosti, il ne se passe rien. Mais je peux vous garantir qu’on fait partie de la Minganie, et qu’il y a toutes sortes de choses ici, comme ailleurs sur la Côte-Nord », assure la mairesse. « Mais, il n’y a pas de surveillance policière et il n’y a pas d’agents de protection de la faune. Ici, il y a un petit Far West qui s’installe. »
Une situation particulière
Peu d’endroits au Québec sont dans cette situation. La mairesse souligne que, même dans les villages nordiques du Nunavik, la présence policière est en principe continuelle.
Malgré le fait qu’aucun incident grave ne soit jusqu’à maintenant survenu, la présence des forces de l’ordre aurait un effet dissuasif.
« Ici, les stops au coin des rues, c’est de la décoration. On n’est pas en ville », affirme Mme Boulanger.
Pour la Municipalité d’Anticosti, une présence policière est une condition nécessaire à la réalisation d’un éventuel projet de lien interrives. L’absence d’un service de remorquage et d’un service de mécanique est aussi source d’inquiétude pour les citoyens.
La MRC de Minganie souhaite agir
Pour Sébastien l’Écuyer, préfet suppléant de la MRC de Minganie et maire de Baie-Johan-Beetz, le message des citoyens de l’île a été entendu.
« Le mur à mur, ça ne fonctionne pas pour notre région », soutient l’élu. « Il faut se penser sur les particularités du territoire, adapter les services pour servir toutes les populations, pour s’assurer que les citoyens d’Anticosti soient en sécurité. »
Le préfet assure que la MRC appuie politiquement la Municipalité d’Anticosti afin que soit étudiée rapidement l’option d’une présence policière adaptée à l’insularité de cette localité.
« Le statu quo, il faut qu’il soit réévalué immédiatement. […] Visiblement, la population nous l’a signalé, lors de la consultation, qu’il y a des inquiétudes au niveau de la sécurité et de la présence des forces de l’ordre. »
La situation devrait être évaluée en fonction de la population effective qui passe par l’Île plutôt qu’en fonction du nombre d’habitants, explique M. l’Écuyer. Il soutient que, malgré le fait que la municipalité compte environ 190 habitants, l’île est en réalité plus populeuse lorsqu’on calcule les travailleurs, les touristes et les chasseurs.
« La population permanente, ça ne raconte pas toute l’histoire. Il faut aussi tenir compte de la superficie du territoire, de l’isolement, et des fluctuations de populations. »
Une logistique réaliste
Odessa Thériault, directrice générale du Port de Havre-Saint-Pierre, croit que des solutions existes pour maximiser la sécurité des habitants et de minimiser les impacts sur l’île, tout en réalisant le projet de lien interrives.
« Au Canada, la loi sur la marine marchande assure la sécurité des passagers et des navires », explique Mme Thériault. « Les transporteurs ont des plans de contingences, et ils n’ont pas le choix de démontrer que les navires ont les infrastructures nécessaires et des réserves suffisantes quand, par exemple, il est impossible de quitter un port à cause des conditions météorologiques. »
Elle croit ainsi que les craintes évoquées par la mairesse Boulanger en termes de sécurité civile peuvent être adressées à la satisfaction des habitants de l’île. Mme Thériault explique aussi que le capitaine d’un navire peut en tout temps exiger de garder les passagers à bord.
La directrice générale du Port de Havre-Saint-Pierre souligne aussi que les débarquements peuvent toujours être modulés en fonction des désirs des communautés d’accueil. « Il est tout à fait possible d’imaginer une période durant laquelle les véhicules ne seraient pas autorisés à quitter le traversier. »
Elle rappelle que des bateaux de plus de 3000 passagers arrêtent régulièrement à Havre-Saint-Pierre, même si celle-ci n’a pas la capacité d’accueils pour l’ensemble de ceux-ci.
Concernant les enjeux de braconnages, ou de contrôle des entrées et des sorties de biens sur l’île, Mme Thériault considère que l’expérience du Bella Desgagnés, qui visite l’île deux fois par semaine, montre que ces dimensions peuvent être encadrées avec sérieux et diligence.
Plusieurs solutions alternatives pourraient, selon elle, être envisagées afin de respecter la volonté des gens de l’île et de permettre aux Québécois l’accès au territoire, qui, de surcroît, est maintenant considéré comme un joyau par l’UNESCO.
Manuel Paradis
Initiative de journalisme local
Manuel Paradis est basé à Sept-Îles, où il couvre l’actualité et les enjeux économiques de la Côte-Nord. Titulaire d'une maîtrise en économique de l'Université Laval... Lire la suite


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