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Anna Cazenave Cambet : "Quand Clémence lui dit qu’elle couche avec des femmes, elle ne lui appartient plus"

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Il y a un an, on retrouvait Anna Cazenave Cambet sur le toit du Palais des Festivals de Cannes, où elle dévoilait son second long métrage Love Me Tender. À 35 ans seulement, la Française est déjà une habituée de la Croisette, où elle avait décroché la Queer Palm pour son court métrage Gabber Lover en 2016 et dévoilé son premier long De l'or pour les chiens à la Semaine de la Critique en 2021.

Love Me Tender est une adaptation du roman homonyme de Constance Debré. La jeune cinéaste avait lu celui-ci à sa sortie en 2020, bien avant que ses producteurs Raphaëlle Delauche et Nicolas Sanfaute, ne la contactent pour lui proposer son adaptation au grand écran. Entre Cazenave Cambet et Debré, cela a immédiatement été "un coup de cœur très fort". "À partir de là, elle m'a laissé adapter le livre seule…"

Le mystère Vicky Krieps

Parmi les changements effectués, il y a tout d'abord l'identité du personnage principal. Si le livre était une autofiction, la cinéaste n'a pas voulu "faire un biopic sur Constance Debré", la petite-fille de l'ancien Premier ministre de de Gaulle Michel Debré "Cela me permettait de me débarrasser de cette histoire de lignée, de famille, qu'elle raconte dans son œuvre. Je ne me trouvais pas à ma place pour prendre cela en charge."

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Un décalage encore renforcé par le choix de son actrice, la Luxembourgeoise Vicky Krieps (Phantom Thread, Corsage, Father, Mother, Sister, Brother et à l'affiche, cette année à Cannes, de Diamond d'Andy Garcia). Anna Cazenave Cambet était à la recherche d'un "corps grand, athlétique", "presque jumeau de celui de son ex-mari" (incarné par Antoine Reinartz). "J'avais envie d'en faire le cow-boy qu'elle est aussi dans le livre. Et cet accent venant un peu de nulle part, on s'est finalement rendu compte que ça racontait un ailleurs, un mystère et, là encore, une forme de bourgeoisie."

Anna Cazenave Cambet, réalisatrice de "Love Me Tender", d'après Constance Debré.Anna Cazenave Cambet, réalisatrice de "Love Me Tender", d'après Constance Debré. ©Marie Rouge / Unifrance

Filmer les corps autrement

Love Me Tender raconte l'histoire de Clémence, jeune écrivaine de la bonne société parisienne, qui annonce un jour à son ex-mari, avec qui elle est restée complice, qu'elle aime les femmes. Entrant dans une colère froide, celui-ci va tout faire pour lui retirer la garde de leur jeune fils. "Quand elle lui dit qu'elle couche avec des femmes, elle ne lui appartient plus. C'était au cœur de ce qu'on appelait, de façon atroce, les 'crimes passionnels'. Dans nos sociétés, il y a encore des hommes qui pensent que les femmes leur appartiennent au point de pouvoir les tuer. En l'occurrence, il ne la tue pas, mais il lui arrache son enfant sous les pires prétextes…", commente Anna Cazenave Cambet. En prenant par exemple comme argument le fait que la jeune femme écrive dans ses livres "des choses déviantes ou en tout cas impudiques". "C'est tellement facile d'aller sur l'angle moral quand il s'agit d'accuser une femme. C'est classique", se désole la réalisatrice.

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J'avais envie de dire qu'il y a d'autres façons de faire l'amour, de se dénuder, de filmer les corps.

Dans tous ses films, Anna Cazenave Cambet — qui dit s'être sentie "queer" dès l'enfance — a abordé les questions LGBT. Love Me Tender met ainsi en scène la sexualité entre femmes, au gré des rencontres de Clémence. "Le roman est très sexuel ; c'était important de garder cette idée-là. Depuis mes débuts, je travaille sur les corps, la sensualité, la sensorialité. C'est quelque chose qui m'intéresse beaucoup. Aujourd'hui encore, c'est politique d'être une femme et de montrer le sexe autrement, que ce soit le sexe lesbien ou d'autres formes de sexualité. Ça ne paraît pas grand-chose, mais dans les scènes de sexe du film, la question du consentement est au centre. J'avais aussi envie de dire qu'il y a d'autres façons de faire l'amour, de se dénuder, de filmer les corps", explique la cinéaste. En citant en exemple une scène où Vicky Krieps caresse l'avant-bras de Monia Chokri avec, en fond sonore, les pleurs de Liv Ullmann dans Cris et Chuchotements. "Ça devient presque des sons sexuels. On ne sait pas trop ce qu'on écoute… Pour moi, c'est une scène de sexe."

"Love Me Tender", deuxième long métrage d'Anna Cazenave Cambert, avec Vicky Krieps, Antoine Reinartz, Monia Chokri, Aurélia Petit, Malou Khebizi...Clémence (Vicky Krieps) ne peut voir que très occasionnellement son jeune fils... ©September

Rester du côté de la fiction

Reprenant en voix off des passages du livre, la cinéaste a tenu à être fidèle à la langue de Constance Debré. "Elle a une passion pour parler d'amour et de violence, y compris à l'endroit de l'enfance. Ce qui est rare", commente Cazenave Cambet. Et, comme dans le roman, l'histoire est uniquement racontée du point de vue de l'héroïne, sans "jamais aller voir ce que devient cet enfant". "Ce qui me plaît dans le roman, c'est qu'elle ne s'autorise jamais à supposer pourquoi les autres agissent comme ils le font. Elle a une forme de droiture à témoigner de ce qu'elle traverse sans jamais dire pourquoi son ex-mari fait ceci ou cela. Le fait d'être capable d'écrire un livre sur une histoire qu'on a traversée sans jamais verser dans une forme de rancœur m'a beaucoup plu. Je trouvais cette pudeur très élégante. Je tenais à rester de ce côté-là. Je ne voulais pas verser dans quelque chose de tire-larmes. Je n'avais pas envie d'inventer la vie de cet enfant. Ce n'était pas ma place", estime la réalisatrice.

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Je ne tenais à ne pas en faire un film social. C'était important de rester du côté de la fiction.

Quand la mère et son fils peuvent se retrouver pour quelques heures, c'est notamment au sein d'un Pôle Médiation, sous la supervision d'une tierce personne. Fille d'une directrice d'une structure médico-sociale, Anna Cazenave Cambet a grandi en entendant parler de ces rencontres, compliquées, entre parent et enfants. "Il y avait une forme d'évidence à travailler ces lieux. Et même temps, je n'ai pas voulu me renseigner plus que cela, car je ne tenais à ne pas en faire un film social. C'était important de rester du côté de la fiction", conclut-elle.

"Love Me Tender", deuxième long métrage d'Anna Cazenave Cambert, avec Vicky Krieps, Antoine Reinartz, Monia Chokri, Aurélia Petit, Malou Khebizi...Clémence (Vicky Krieps) et son ex-mari (Antoine Reinartz), quasi "jumeaux" dans "Love Me Tender". "Cela dit aussi quelque chose de ces grandes familles", explique Anna Cazenave Cambet. ©September
"Love Me Tender", deuxième long métrage d'Anna Cazenave Cambert, avec Vicky Krieps, Antoine Reinartz, Monia Chokri, Aurélia Petit, Malou Khebizi... ©September
Love Me Tender

Drame Scénario et réalisation Anna Cazenave Cambet (d'après le livre de Constance Debré) Photographie Kristy Baboul Musique Maxence Dussere Montage Joris Laquittant Avec Vicky Krieps, Antoine Reinartz, Monia Chokri, Aurélia Petit, Malou Khebizi, Salif Cissé, Féodor Atkine, Ji-Min Park… Durée 2h14

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