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Le gouvernement fédéral a annoncé une aide financière massive de plus de 11,8 millions de dollars pour soutenir l'industrie de l'huître à l'Île-du-Prince-Édouard, dévastée par les parasites MSX et Dermo. Si les aquaculteurs y voient un excellent début, les pêcheurs d'huîtres sauvages, eux, craignent que l'on ne finance que leur sortie définitive du métier.
L’importation de semences résistantes des États-Unis et le rachat de permis pour les pêcheurs d’huîtres sauvages sont au cœur de l'annonce.
Ottawa débloque notamment 4,2 millions de dollars pour aider les producteurs d'huîtres à acheter du naissain (bébés huîtres) résistant issu d'écloseries des États-Unis.
Peter Warris, directeur exécutif de l'Alliance aquacole de l'Î.-P.-É., accueille la nouvelle avec soulagement.
À cause de la maladie, les ostréiculteurs ne peuvent plus récolter de naissain naturel et seront contraints d'en acheter aux États-Unis, explique-t-il.
Il est très clair depuis le début que nous devons passer à un modèle d'écloserie, similaire à celui qui existe aux États-Unis, et il y a un coût plus élevé pour les éleveurs.
Cependant, ce soutien ne règlera pas tout immédiatement. Peter Warris rappelle que, pour beaucoup, les pertes sont totales sur plusieurs cycles de production.
Nous avons vu des mortalités vraiment élevées quand les cages ont été remontées ce printemps [...] Même avec cette annonce, il faudra trois ans pour mettre [le nouveau naissain] sur le marché. Donc ça va encore être une lutte, alerte-t-il.
Le cri d'alarme de la pêche sauvage
Pour les pêcheurs d'huîtres sauvages, le ton est beaucoup plus sombre. Le gouvernement propose un fonds de 6 millions de dollars pour le rachat de permis, une mesure perçue comme un aveu d'échec pour la pérennité du secteur.
Bob MacLeod, président de l'Association des conchyliculteurs de l'Î.-P.-É., ne cache pas sa déception.
C'est une impasse pour la pêche sauvage. Le soutien est là pour vous aider à sortir.
Mais le soutien n'est pas là pour garder les gens impliqués ou pour apaiser leur esprit quant à l'endroit où ils vont gagner leur prochain chèque de paye la semaine prochaine, poursuit-il.

« Nous espérions aussi une réduction des exigences pour l'assurance-emploi, parce que c'est très incertain si on pourra l'obtenir », partage Bob MacLeod. (Photo d'archives)
Photo : CBC / Tom Steepe
Selon lui, le problème est double. Il dénonce d'abord le manque d’écloseries pour stocker les semences importées.
Il ne semble pas qu'il y ait quoi que ce soit pour une nouvelle écloserie ou un agrandissement, pour que l’industrie de la pêche sauvage puisse profiter d’une partie de ces naissains américains, regrette-t-il.
Ensuite, il pointe un obstacle biologique : ces semences américaines ne se reproduisent pas dans nos eaux. Contrairement aux huîtres locales, elles ne pourront jamais reconstituer les bancs naturels.
Pour les pêcheurs d’huîtres sauvages, le programme de rachat ressemble donc plus à une porte de sortie définitive qu'à une relance.
Les grandes lignes du plan fédéral
| Achat de semences d'huîtres | 4,2 M$ | Producteurs (Aquaculture) |
| Rachat de permis | 6,0 M$ | Pêcheurs d'huîtres sauvages |
| Importation de géniteurs | ~1,5 M$ | Développement de la résistance |
| Stratégie globale pour le secteur ostréicole au Canada atlantique | 130 000 $ | Gestion, marchés et formation |
Le défi génétique
Sur l'eau, l'ambiance est au désespoir. Les pêcheurs parcourent de longues distances pour ne ramener que quelques caisses.
Nous avons fait des trajets vers plusieurs rivières et nous sommes revenus les mains vides parce qu'elles sont toutes mortes. Dans une semaine ou deux, ça va être une pêche extrêmement sombre.
Au-delà de l'aide financière, la question de la provenance des huîtres soulève des débats, alors que l'Agence canadienne d'inspection des aliments a autorisé l'importation de stocks de géniteurs des États-Unis.
Pour Guy Perry, gestionnaire à l'écloserie de Bedford, il est crucial de ne pas sacrifier l'identité de l'huître canadienne au profit de souches étrangères.
On ne veut pas les remplacer par les huîtres américaines [...] Il y a certaines probabilités que l'adaptation locale ne se passe pas bien pour les souches américaines, souligne-t-il.

« Cette annonce est une bonne chose pour les éleveurs, mais j'espère que notre programme pour développer des huîtres résistantes au MSX sera reconnu », dit Guy Perry. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Aaron Adetuyi/CBC
Guy Perry travaille actuellement sur un programme de sélection génomique pour identifier des gènes de résistance locaux.
On a détecté certains gènes, certains marqueurs d'ADN qui sont associés avec la résistance au MSX [...] Ce sera la première génération d'huîtres sélectionnées génomiquement pour la résistance au MSX, affirme-t-il.
Le ministre fédéral de la Justice, Sean Fraser, a réitéré l'engagement du gouvernement fédéral à assurer que cette industrie essentielle continue sur une voie prospère.
Mais pour Bob MacLeod et ses collègues, qui envisagent déjà des reconversions comme chauffeurs de camion, le chemin de la prospérité semble de plus en plus s'éloigner des rivières.
Avec des informations de Laura Meader


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