Passons sur l’étonnante flambée médiatique qui a créé l’affaire Thélyson Orélien, du nom de l’auteur le plus en vue de la rentrée littéraire, partie d’un misérable post anonyme sur X (on sait depuis que son auteur est un journaliste du Figaro). Passons aussi sur le fait que C’était ça ou mourir, le roman dénoncé comme ayant été écrit à «100% par l’IA», permet une identification vibrante au sort des migrants et qu’une telle expérience de lecture peut agacer les émetteurs de discours xénophobes dans la campagne présidentielle française. Passons enfin sur le fait que, quoi qu’en disent les entreprises qui les conçoivent, les logiciels de détection de l’usage de l’IA demeurent peu fiables face aux textes.
Et venons-en à la seule question qui vaille dans cette affaire puisque affaire il y a: il ne s’agit pas de savoir si Thélyson Orélien a utilisé l’IA pour écrire C’était ça ou mourir mais plutôt comment il l’a fait. Car oui, les écrivains et les écrivaines sont des humains comme les autres, ils utilisent l’IA.
Lire aussi: Thélyson Orélien accusé par un obscur groupuscule d’avoir écrit son roman avec l’aide de l’IALors d’une conférence en Pologne, en mai, la Prix Nobel de littérature Olga Tokarczuk faisait part de son usage enthousiaste des chatbots, comme un moyen d’approfondir sa pensée créative, nouant une relation de partenaire avec la machine. «Ma chérie, comment pourrions-nous développer cela de manière esthétique?» donnait-elle comme exemple de prompts. Face au tollé, la romancière a dû vigoureusement préciser les choses. L’IA pour la documentation et la discussion d’idées: oui. Pour l’écriture elle-même: non.
Jusqu’où est allé Thélyson Orélien? Paradoxalement, l’usage généralisé de l’IA, et ce dans tous les domaines, oblige à repréciser ce qui doit rester l’apanage des humains. Dans le domaine culturel, les secteurs des arts plastiques, de la vidéo, de la photographie, confrontés plus tôt à l’arrivée de l’IA, ont établi des codes de bonne conduite pour assurer une transparence avec le public.
Visiblement, l’édition littéraire est prise de court. Endormie par l’image désuète de l’écrivain visité par les muses dans sa profonde solitude? Peut-être. Le rattrapage va être rapide. Loin du spectre d’un usage tous azimuts de logiciels de détection, les maisons d’édition vont se doter de chartes et les contrats engageront les auteurs à les respecter. Symptomatiquement, les Editions Art & fiction, à Genève et Lausanne, à la croisée entre arts plastiques et littérature, comptent parmi les premières maisons à le faire. Pour que le pacte de confiance avec les lecteurs soit tenu: celui de lire des mots qui ont traversé un corps et une mémoire.


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