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Quand une opinion politique commence à faire fuir les talents le marché de l’influence change clairement de règles.
Il y a encore quelques années, afficher publiquement son soutien à Israël exposait rarement un créateur de contenu ou une personnalité française à voir son entourage professionnel prendre ses distances en quelques heures. L’affaire entourant Gisèle Journo montre que ce rapport de force a changé. La fondatrice de l’agence Gisèle Paris se retrouve isolée après la diffusion de publications favorables à Israël et à son armée. Plusieurs influenceurs liés à son agence ont depuis annoncé leur départ ou marqué publiquement leurs distances.
Le cas est d’autant plus révélateur que Gisèle Journo évoluait au cœur d’un réseau particulièrement exposé. Elle apparaissait encore récemment avec Léna Situations et d’autres figures majeures des réseaux sociaux. Mais en quelques jours, la proximité est devenue embarrassante : Gisèle Journo a notamment été floutée dans des contenus de Sundy Jules, tandis que Léna Mahfouf a approuvé la publication de Rima Hassan appelant au boycott.
Crédit : Capture d’écran Instagram de Rima Hassan (@rimamobarak)Rima Hassan vise directement le soutien à l’armée israélienne
Le point de départ de la séquence est politique. Le 14 août, l’eurodéputée Rima Hassan appelle au boycott de Gisèle Journo en publiant plusieurs captures de contenus que celle-ci aurait aimés ou repartagés sur ses comptes personnels. Rima Hassan lui reproche d’avoir « à plusieurs reprises, relayé et soutenu du contenu de l’armée israélienne en plein génocide ».
Parmi les publications citées figurent notamment une vidéo montrant un soldat israélien, présentée par l’entourage de Gisèle Journo comme un hommage au mari décédé d’une amie, ainsi qu’une vidéo d’un concert du chanteur israélien Omer Adam. Gisèle Paris affirme de son côté n’avoir « jamais soutenu ni cautionné la mort de civils palestiniens ». Cela n’a manifestement pas suffi à stopper les prises de distance.
À lire aussi : Amir Haddad, ancien sergent-chef des renseignements de l’armée israélienne, boycotté aux Francofolies !
Quand une opinion personnelle devient un problème pour toute une agence
C’est là que l’histoire dépasse Gisèle Journo. Une agence d’influence repose sur une matière extrêmement fragile : la réputation. Ses talents vendent leur image aux marques, les marques achètent l’accès à leurs communautés, et chacun surveille en permanence ce qui pourrait provoquer un rejet massif du public. Dans cet environnement, les opinions du dirigeant d’une agence ne restent jamais totalement privées dès lors qu’elles deviennent visibles.
Les réactions des créateurs liés à Gisèle Paris sont donc intéressantes. Plusieurs ont expliqué ne pas avoir connu les positions de leur agente avant de quitter l’agence ou d’annoncer qu’ils prenaient leurs distances. Le message envoyé aux marques est assez clair : ils ne veulent pas que leur image soit associée, même indirectement, à un soutien à l’armée israélienne.
Ce réflexe aurait été beaucoup moins évident au début de la guerre. Après les attaques du 7 octobre 2023, le soutien public à Israël était largement exprimé dans les médias, le monde politique et par de nombreuses personnalités. Près de trois ans plus tard, les destructions à Gaza, le nombre considérable de victimes palestiniennes, la poursuite de l’occupation et de la colonisation ont profondément modifié la perception du conflit dans une partie du public.
Chez les influenceurs, le rapport de force semble s’être inversé
L’économie de l’influence amplifie ce changement parce qu’elle dépend particulièrement des moins de 35 ans. Une personnalité suivie sur Instagram, TikTok ou YouTube ne peut pas ignorer durablement la sensibilité de son audience lorsqu’elle négocie des partenariats commerciaux. Or les mobilisations en faveur de la Palestine occupent depuis plusieurs années une place considérable sur ces plateformes.
On l’avait déjà constaté dans la culture. En 2025, des artistes avaient contesté la présence d’Amir aux Francofolies de Spa en raison de ses positions sur Israël. Quelques mois plus tard, plus de 2 500 professionnels du cinéma annonçaient leur refus de travailler avec certaines institutions israéliennes. Ce qui relevait encore récemment d’initiatives militantes périphériques s’installe progressivement dans le fonctionnement ordinaire des secteurs culturels et numériques.
L’affaire Gisèle Paris ajoute une dimension économique très concrète : ce ne sont plus uniquement des déclarations, des pétitions ou des appels au boycott. Des talents quittent une structure avec laquelle ils travaillaient. Et dans le marché de l’influence, perdre des talents signifie potentiellement perdre des campagnes, des annonceurs et du chiffre d’affaires.
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