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Si l’État est condamné, ce sont les contribuables qui paieront. Les décideurs ayant laissé le dossier s’enliser, eux, risquent surtout de rester anonymes.
Les deux dossiers sont distincts, mais le constat est le même : dans une affaire de violences sexuelles et de traite impliquant des mineures, le temps judiciaire n’est pas neutre. Il efface des pistes, fragilise les témoignages et peut empêcher que des personnes soient entendues.
Deux assignations contre l’État dans le dossier Epstein
Selon les éléments rapportés par l’AFP, l’assignation portée par Ebba Karlsson a été signifiée le 21 août. Elle réclame 50 000 euros au titre du préjudice subi. L’association Innocence en danger, qui avait alerté le parquet de Paris dès juillet 2019, réclame de son côté 15 000 euros. Les premières audiences sont attendues en 2027.
Ebba Karlsson accuse Daniel Siad de l’avoir violée en France dans les années 1990. Cet agent de mannequins, présenté comme un rabatteur de Jeffrey Epstein, est mort fin juillet à son domicile de Colombes. Sa mort a mis fin aux investigations dirigées contre lui. Son avocate avait contesté les accusations et affirmé son innocence.
La plaignante reproche surtout à la justice de ne pas avoir placé Daniel Siad en garde à vue ni procédé à son audition, alors que son nom apparaissait dans le dossier. « Il y avait l’opportunité de l’entendre, mais rien n’a été fait pendant des mois », avait-elle déclaré à RTL.
Des retards qui ferment la porte aux victimes
Innocence en danger dénonce une succession de retards et de périodes d’inactivité apparente. L’association rappelle les liens documentés entre Jeffrey Epstein et la France : ses séjours réguliers à Paris, son appartement avenue Foch, ainsi que ses contacts avec des intermédiaires et des acteurs du monde du mannequinat installés sur le territoire.
Jean-Luc Brunel, proche d’Epstein et mis en examen en France, est mort en détention en février 2022. Daniel Siad est désormais décédé lui aussi. Dans un dossier pareil, chaque audition reportée peut devenir une audition impossible. Le parquet de Paris affirme avoir mis en place, début 2026, une réanalyse complète du dossier Brunel et des documents récemment publiés aux États-Unis. C’est nécessaire, mais cela n’efface pas les années déjà perdues.
L’État jugé, mais quelle responsabilité individuelle ?
La procédure vise l’État, c’est-à-dire le service public de la justice, et non des responsables nommément désignés. C’est là que l’affaire devient politiquement explosive. Si une faute lourde est reconnue, les indemnités seront payées par l’argent public. Les citoyens auront donc à régler les conséquences d’un éventuel dysfonctionnement, pendant que la chaîne précise des décisions, des inerties et des renoncements restera à établir.
La lenteur dénoncée par les plaignantes mérite une réponse complète, factuelle et publique. Le minimum serait donc simple : déterminer qui savait quoi, à quelle date, quelles décisions ont été prises, et pourquoi certaines personnes n’ont pas été entendues avant leur décès. Dans l’affaire Epstein, les victimes ne demandent pas un communiqué rassurant. Elles demandent que la justice cesse d’arriver après la fermeture des cercueils.
Et pour ceux qui en ont assez de voir l’État réclamer toujours plus de confiance tout en laissant les explications sous clé, le t-shirt « Macron nous prend pour des cons » reste une formule claire. Mieux vaut le présenter comme un cri de colère général contre le mépris politique, sans l’associer directement à des accusations qui n’ont pas été judiciairement établies.


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