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Le contrôle biométrique européen avance d’un cran supplémentaire, pendant que les exceptions disparaissent une à une.
Ce n’est donc pas un nouveau contrôle apparu pendant la nuit. C’est plus discret : l’exception s’efface, la règle reste.
Votre passeport, votre visage et vos empreintes
L’EES a commencé son déploiement le 12 octobre 2025 et est pleinement opérationnel depuis le 10 avril 2026. Pour les ressortissants non européens concernés, le bon vieux tampon sur le passeport laisse place à un dossier numérique comprenant les informations du document de voyage, la date et le lieu d’entrée ou de sortie, une image du visage et les empreintes digitales.
Les citoyens de l’Union européenne, de Suisse, de Norvège, d’Islande et du Liechtenstein ne sont pas enregistrés dans l’EES. Plusieurs catégories de résidents et titulaires de visas de long séjour bénéficient également d’exemptions.
Mais pour les autres, le principe est simple : pas de données biométriques, pas d’entrée. Le règlement européen prévoit explicitement qu’un ressortissant soumis à l’EES peut se voir refuser l’entrée s’il refuse de fournir les données biométriques demandées.
La soupape saute, mais les machines toussent encore
Jusqu’au 6 septembre, les autorités pouvaient temporairement mettre entre parenthèses certaines collectes biométriques lorsqu’un poste-frontière était saturé. Cette flexibilité a pris fin malgré les demandes du secteur aérien et de plusieurs États, dont la France.
Et c’est là que la plaisanterie devient très européenne : la règle se durcit alors que la technique n’est toujours pas prête partout.
Selon The Guardian, les bornes biométriques installées pour Eurotunnel, le port de Douvres ou Eurostar à Londres St Pancras ne sont toujours pas pleinement opérationnelles en raison notamment de difficultés liées au dispositif français. Eurostar poursuit donc certaines inscriptions manuellement avec les agents aux frontières.
Autrement dit : juridiquement, la soupape disparaît. Dans la vraie vie, Bruxelles demande encore aux États de bricoler autour d’un système présenté comme pleinement opérationnel. La Commission reconnaît elle-même que des « ajustements » restent nécessaires à certains points de passage.
Un fichier biométrique qui ne sert pas seulement à compter les jours de vacances
L’argument officiel est connu : mieux détecter les dépassements de séjour, les faux documents et les entrées irrégulières. Mais l’EES ne se contente pas de vérifier qu’un touriste britannique n’est pas resté quinze jours de trop.
Les données d’entrée et de sortie sont normalement conservées trois ans. Lorsqu’aucune sortie n’est enregistrée après l’expiration du séjour autorisé, la conservation peut atteindre cinq ans. Surtout, le règlement prévoit déjà que les autorités répressives désignées et Europol puissent demander l’accès aux données de l’EES pour certaines enquêtes liées notamment au terrorisme ou à la criminalité grave.
Ce n’est pas une hypothétique dérive future. C’est déjà inscrit dans le texte.
Le véritable pied dans la porte est là : habituer progressivement les populations à ce que le franchissement d’une frontière passe par une base centralisée contenant visage, empreintes et historique des passages.
Aujourd’hui, l’EES concerne les voyageurs non européens aux frontières extérieures. Inutile donc d’inventer ce qu’il ne fait pas encore. Le dispositif actuel suffit à poser la question : à partir de quel moment une technologie conçue pour contrôler les frontières devient-elle une infrastructure permanente de surveillance ?
À Bruxelles, la réponse tient en un mot : modernisation. Pour le voyageur, elle tient désormais dans deux choses beaucoup plus personnelles : son visage et ses doigts.


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