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Accumuler les dettes en attendant son permis de travail

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Arrivé au Québec pour amorcer une nouvelle vie, Fabrice Kangah voit son rêve virer au cauchemar. En attente d’un permis de travail post-diplôme, l’immigrant ivoirien cumule les dettes et craint pour son avenir et celui de sa conjointe.

Huit mois après avoir déposé sa demande, l’homme de 34 ans est toujours sans nouvelles d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC). Ne pouvant adhérer à la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ) et avec des dettes frisant les 85 000 $, le couple a amorcé des démarches pour s’installer en Ontario.

« C’est très difficile comme situation, admet Fabrice Kangah. On essaie de tenir en espérant qu’il y aura un dénouement bientôt et qu’on pourra dormir sur nos deux oreilles. »

L’odyssée du couple commence en 2022, lorsque Fabrice assiste à Abidjan à une conférence d’Éducation internationale Québec faisant la promotion de la formation professionnelle dans la province.

Séduit, le couple décide de vendre sa maison en Côte d’Ivoire pour payer la formation en électromécanique de Fabrice et atterrit au pays en septembre 2023.

Le plan est simple : Fabrice étudiera pendant que sa conjointe, Natene Kinda, travaillera comme préposée aux bénéficiaires. Une fois les études du premier terminées, les rôles s’inversent : Fabrice devra travailler en attendant l’obtention de sa résidence permanente par l’entremise du Programme de l’expérience québécoise (PEQ), tandis que Natene se rendra à son tour sur les bancs d’école.

La suspension du PEQ pour les diplômés en octobre 2024 puis son abolition un an plus tard compliquent leur plan. Dans ce contexte, le permis de travail post-diplôme devient leur « porte de sortie » pour demeurer au pays et espérer obtenir un jour le statut de résident permanent.

Ses études terminées, M. Kangah dépose sa demande de permis de travail post-diplôme dans les délais prescrits le 27 juin 2025. Outre un accusé de réception, il n’a reçu aucune communication du ministère depuis, déplore-t-il.

En ce moment, IRCC évalue à au moins 258 jours, soit un peu plus de huit mois, le délai de traitement pour le renouvellement d’un permis de travail au pays.

Un long délai qui ne surprend pas l’avocat en immigration Yves Martineau, qui ne représente pas M. Kangah ni sa conjointe.

« Je soupçonne que l’augmentation de la demande dans les dernières années n’a pas été suivie par une augmentation des ressources humaines à IRCC », présume-t-il.

Des dettes qui s’accumulent

En attente de la délivrance du permis, Natene Kinda s’est elle aussi inscrite dans une formation professionnelle, pensant pouvoir bénéficier des mêmes tarifs que les étudiants québécois, privilège conféré au conjoint d’un détenteur de permis de travail post-diplôme.

Or, puisque M. Kangah n’a pas encore reçu son permis, l’établissement d’enseignement lui a facturé la totalité des frais de formation, qui s’élèvent à 71 978 $.

En attendant l’autorisation nécessaire, les deux parties se sont entendues pour des versements mensuels de 5000 $, remboursables lors de la délivrance du fameux permis.

« C’est étouffant, je ne sais même pas comment on va faire pour trouver ces 5000 $ », laisse tomber celui qui travaille comme électromécanicien dans une entreprise de Rigaud.

Comme un malheur ne vient jamais seul, Natene a été hospitalisée l’automne dernier pour des complications reliées à l’anémie falciforme. Le couple découvre à ce moment que Natene est enceinte de deux mois. Devant les ennuis de santé de Mme Kinda, le couple décide d’interrompre la grossesse.

Les deux partenaires se retrouvent avec une facture totalisant 13 367 $ puisque, sans permis post-diplôme, ils ne sont pas admissibles à la RAMQ.

« C’est un statut qui est très précaire. On n’a droit à rien avec ça », déplore M. Kangah. L’accusé de réception au dossier leur donne le droit de travailler, « mais rien d’autre ».

La route de l’Ontario

Dans la crainte que leur demande soit finalement rejetée, Fabrice et Natene vivent « un stress intense ». Ils songent maintenant à déménager en Ontario pour obtenir la résidence permanente grâce au programme Entrée express.

Le Programme de sélection des travailleurs qualifiés (PSTQ), qui a remplacé le PEQ, leur donne peu de chances d’être sélectionnés, considèrent-ils.

« Les chances d’avoir une invitation sont beaucoup plus grandes et les délais de traitement sont beaucoup plus rapides » pour les immigrants francophones avec Entrée express qu’avec le PSTQ, observe Me Martineau.

La décision de quitter le Québec a été prise « le cœur serré », assure Fabrice Kangah.

« À Abidjan, on nous a dit que le Québec avait besoin d’étudiants, de travailleurs, et qu’on avait la possibilité de s’y établir après nos études via le PEQ. On avait l’intention de s’installer à long terme », regrette-t-il.


Ce reportage bénéficie du soutien de l’Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada.

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