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Les images qui nous parviennent du nord-est de la Syrie sont insoutenables. Elles montrent une répression d'une brutalité extrême menée par les forces du régime syrien et des milices contre les populations kurdes. Tortures, exécutions sommaires et violences aveugles contre des civils et des enfants. La barbarie est à l'œuvre.
À cette tragédie humaine s'en ajoute une autre : l'effondrement du dispositif de détention des djihadistes de l'État islamique. Depuis des années, ce sont les forces kurdes qui gardaient, souvent seules, des camps et prisons renfermant des milliers d'hommes et de femmes radicalisés, parmi lesquels de nombreux ressortissants européens. Aujourd'hui, ces camps se vident. Et avec eux s'échappe un poison que l'on croyait contenu. Pourtant, les États-Unis pressent les Européens depuis des années de rapatrier leurs ressortissants djihadistes afin de les juger. Nous avons fermé les yeux.
Face à cette double alerte – morale et sécuritaire -, que font les dirigeants occidentaux ? Ils temporisent, serrent des mains à Damas, invoquent la stabilité régionale et promettent des aides financières. Mais ils se taisent quand nos alliés les plus fiables contre l'État islamique sont abandonnés à leur sort.
Les Kurdes ont été l'infanterie de la coalition internationale contre Daech. Quand les avions occidentaux frappaient à distance, leurs combattants tenaient le terrain. Quand l'État islamique semait la terreur à Bruxelles, Paris ou Londres, ils mouraient à Kobané, à Raqqa ou dans le désert. Plus de 13 000 d'entre eux ont payé de leur vie cette guerre menée aussi pour notre sécurité.
En Syrie, l'armée envoie les renforts face aux Kurdes, après l'échec de pourparlers avec DamasLes abandonner aujourd'hui ne serait pas seulement une faute morale. Ce serait une erreur stratégique majeure. Une trahison de nos engagements, mais aussi de nos intérêts les plus élémentaires. Il faudrait s'accommoder du pouvoir en place à Damas, quel qu'il soit, pour éviter le chaos ? Non, il n'y a rien de réaliste à sacrifier une minorité alliée sur l'autel d'une stabilité illusoire. Rien de responsable à fermer les yeux sur la libération de djihadistes aguerris. Rien de lucide à croire que l'incendie syrien ne projettera pas, demain, ses étincelles sur le sol européen.
Chaque compromis avec l'inhumanité revient, tôt ou tard, frapper à notre porte. C'est pourquoi il faut défendre les Kurdes qui nous appellent à l'aide. Faisons-le au moins par instinct de survie. À défaut d'honneur, qu'il y ait la lucidité.
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