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Par William Audureau
Publié aujourd’hui à 14h00Article réservé aux abonnés
ReportageAu sein d’une cellule d’experts d’Internet, ce service gouvernemental traque les évolutions du cyberespace, sur TikTok ou ailleurs. Les « attaquants » sont parfois étatiques, parfois non, ce qui nécessite d’avoir une approche globale, sur tout un écosystème.
Petites lunettes, regard perçant et masque sur le nez, Thomas (les personnes ont souhaité rester anonymes) s’assoie à son bureau exigu, et ouvre son ordinateur portable. S’affiche une liste de comptes TikTok aux noms interlopes, comme « France Minute », « NewsInfo » ou « Actu mondiale ». Ils comptent parfois jusqu’à 320 000 abonnés, remontent dans le moteur de recherche de la plateforme chinoise sur les mots-dièse liés à l’actualité française, et inondent les flux de pseudo-vidéos journalistiques faites d’accroches racoleuses, de photomontages grossiers et de voix générées par IA.
Leur point commun ? Tous viennent d’Afrique de l’Ouest – principalement Togo, Cameroun et Bénin – et surfent sur la notoriété de certains hommes politiques, comme Emmanuel Macron et Jordan Bardella, pour attirer les internautes. Ils se rémunèrent en revenus d’audience, grâce à des récits aussi sensationnalistes que trompeurs.
Le service de vigilance et de protection contre les ingérences numériques (Viginum), qui a ouvert ses portes au Monde un jeudi de septembre, a signalé ces pages à TikTok, qui choisira ou non de les supprimer. « Les plateformes peuvent être réactives, notamment en période d’élection, mais elles sont rarement proactives », regrette Thomas. Au contraire de ses collègues, dont le travail est d’anticiper les endroits où les professionnels étrangers de la désinformation frapperont dans un futur proche.
Depuis sa création en 2021, Viginum documente et prévient des intrusions d’acteurs étrangers dans l’espace informationnel français. Le service a décidé, en 2024, de créer une cellule dédiée à l’exploration des risques futurs. L’enjeu ? Deviner comment le paysage de la manipulation étrangère en ligne, longtemps cantonné à Facebook et X, pourrait évoluer. « On essaie de se mettre du point de vue de l’attaquant, et on se demande comment il chercherait à faire », explique Isabelle, cheffe de la division opérations.
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