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Cette luxueuse vitrine de l’Indochine française fut tour à tour la base arrière des généraux français durant la guerre, l’hôtel officiel du régime nord-vietnamien et le palace où séjournèrent, entre autres, Graham Greene, Yves Lacoste et Joan Baez.

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LETTRE DU VIETNAM

L’hôtel Métropole, à Hanoï, le 17 juin 2020. L’hôtel Métropole, à Hanoï, le 17 juin 2020.

Sa longue façade d’un blanc éclatant aligne balcons à balustrades et persiennes vert sombre sur une rue bordée de grands arbres. Du haut de ses 125 ans, l’hôtel Métropole d’Hanoï – ou plus exactement le Sofitel Legend Metropole – n’a pas une ride, mais des souvenirs à revendre.

Il faut se représenter ce que furent ses débuts, quand un haut fonctionnaire de l’éducation de la colonie, Gustave Emile Dumoutier, s’associa avec un homme d’affaires local, André Ducamp, en 1901. L’ambition ? Doter d’un grand hôtel la ville consacrée capitale de l’Union indochinoise en 1902. Singapour et Rangoun, fleurons de l’Empire britannique, avaient le Raffles et le Strand ; Hanoï, nouvelle vitrine de l’Indochine française, aurait le Métropole. On remblaya un étang. L’Opéra, construit tout près, est inspiré du Palais Garnier. C’est l’époque des travaux monumentaux du gouverneur général Paul Doumer (1897-1902), qui dota l’ancienne Thang Long d’un pont sur le fleuve Rouge et d’un chemin de fer.

Durant la guerre d’Indochine – ou guerre de résistance contre le colonialisme français pour les Vietnamiens –, le palace offrit une base arrière confortable aux généraux français. Un peu trop au goût de l’écrivain et ancien officier Jules Roy, qui y fustigeait un « luxueux caravansérail ». En 1951, Graham Greene y loge au cours d’un reportage de six mois : Paris Match publie en 1952 son saisissant portrait d’une France qui ploie sous un fardeau trop lourd (« Le Vietnam, couronne d’épines de la France d’outre-mer »). Ses pérégrinations au Tonkin nourriront la trame de son roman Un Américain bien tranquille (1955), où il pressent déjà l’illusion américaine de pouvoir façonner le jeu local.

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