Ahmed Idhair s’est levé à l’aube. Il lui faut près de deux heures tous les matins pour atteindre l’Hôpital Al-Shifa, son «quartier général», qu’il partage à l’occasion avec une simple pièce dans un autre centre médical, à Khan Younès, dans le sud, encore plus inatteignable et encore plus détruit. Le docteur Idhair est médecin légiste. Pour toute la bande de Gaza et ses 2 millions d’habitants, ils sont trois, en tout et pour tout. A 45 ans, Ahmed Idhair est le moins âgé des trois. C’est d’eux que dépend, en bonne partie, l’une des épreuves les plus sensibles et les plus douloureuses que traverse la bande de terre dévastée: identifier les restes des milliers d’êtres humains déchiquetés par trois années de bombardements israéliens.
Comme souvent, ce matin, des familles étaient là, tentant une énième fois d’obtenir des informations, de trouver le détail qui permettrait miraculeusement de mettre fin à la quête. «Ces pères, ces fils, ces mères qui cherchent des nouvelles, ça vous écrase le cœur», explique le médecin au Temps, par téléphone. «Nous faisons tout ce que nous pouvons, mais on doit le leur avouer: nous n’avons rien, pas d’équipement, pas de ressources humaines suffisantes, pas de spécialistes qui pourraient nous épauler.»


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