Près d’Aix-en-Provence, sur le site d’ITER, une bobine supraconductrice de 330 tonnes vient de passer un examen décisif. Refroidie à -269 °C, la bobine de champ toroïdal n°17 a encaissé 34 000 ampères, soit exactement la moitié de son courant de fonctionnement. Ce chiffre n’a rien d’un échec : c’était l’objectif. Les ingénieurs voulaient mesurer comment ce géant se déforme sous les forces électromagnétiques, avant de pousser une autre bobine jusqu’à ses limites au printemps 2027.
Ce que vous allez apprendre
- Pourquoi ITER teste ses aimants avant de les installer
- Ce que la bobine n°17 a révélé à mi-courant
- Pourquoi une bobine de rechange va être volontairement poussée à bout
Le plus grand banc d’essai d’aimants au monde
Les aimants d’ITER ne sont pas installés à l’aveugle. Le site dispose d’un banc d’essai dédié, le plus grand au monde pour les aimants supraconducteurs.
Il sert à vérifier les bobines, mais aussi tout ce qui les entoure : la cryogénie, le vide, l’alimentation électrique et le contrôle-commande.
La première campagne a eu lieu en mai 2026, avec la bobine n°7, montée à 10 000 ampères. Les équipes ont alors mesuré la résistance des jonctions électriques et testé le système qui détecte une perte de supraconductivité.
Mi-courant, mais pleine information
La bobine n°17 est entrée en test en août. Un premier contretemps est apparu : une résistance anormale sur une jonction. En cause, l’oxydation d’une surface de contact, qui a été corrigée.
Une fois montée à 34 000 ampères, la bobine a permis de comparer sa déformation réelle à celle prévue par les modèles. Elle s’est comportée comme attendu.
Pour mesurer l’échelle : un circuit de prises domestique en France est protégé à 16 ampères. Le courant nominal de ces bobines, 68 000 ampères, est plus de 4 000 fois supérieur.
Retirée du banc le 30 octobre, la bobine n°17 rejoindra le hall d’assemblage, où elle sera intégrée au dernier module de la chambre à vide. Elle fait partie des 18 bobines en forme de D qui confineront le plasma.
Une bobine de rechange poussée à bout
La suite concerne la bobine n°19, fabriquée comme pièce de secours. Son refroidissement débutera en avril 2027, suivi d’un premier palier à 34 000 ampères.
Cette fois, elle sera raccordée avec des connexions identiques à celles du réacteur, pour tester son isolation à haute tension.
Le banc sera ensuite renforcé par une structure pour éviter toute déformation à pleine puissance, 68 000 ampères. Les ingénieurs chaufferont aussi volontairement certaines parties de la bobine pour provoquer une perte de supraconductivité, afin de mesurer ses marges de sécurité.
Après la n°19, le banc sera reconfiguré pour accueillir une bobine d’un autre type : la bobine de champ poloïdal n°1, en forme d’anneau.
Et le solénoïde central ?
Le solénoïde central, le « cœur » d’ITER, ne passe pas par ce banc. Ses six modules, fabriqués par General Atomics, ont chacun été testés en Californie avant leur expédition vers la Provence. Une fois en service, l’ensemble, d’environ 1 000 tonnes, fonctionnera à 45 000 ampères et produira un champ de 13 teslas.
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