Une pierre grosse comme un raisin, retrouvée dans le squelette d’un homme mort il y a 5 300 ans près de la mer Noire. Le calcul a été mis au jour sur le site d’Ipatovo-5, dans le Caucase du Nord. Une étude publiée en novembre 2026 confirme qu’il s’agit du plus ancien cas documenté de lithiase urinaire. Mais ce que révèle sa composition n’est pas ce que les chercheurs attendaient.
À retenir
- Le calcul urinaire retrouvé sur le site d'Ipatovo-5, dans le Caucase du Nord, constitue le plus ancien cas documenté de lithiase urinaire, datant d'environ 5 300 ans.
- L'analyse minéralogique révèle une composition de carbapatite, d'hydroxyapatite et de whitlockite, signature caractéristique d'une infection bactérienne, excluant l'hypothèse d'une origine alimentaire.
- Deux pistes restent envisagées sans certitude : un calcul rénal lié à une infection chronique des voies urinaires ou un calcul prostatique issu d'une prostatite bactérienne chronique.
Un homme, une tombe, un secret vieux de 5 300 ans enfoui près de la mer Noire
Des archéologues ont mis au jour une sépulture kourgane de l'âge du bronze et y ont découvert le squelette d'un homme ainsi qu'un calcul rénal ou vésical.Crédit : © Berezina et al. / Sciences archéologiques et anthropologiques
Le site d’Ipatovo-5 se trouve dans le Caucase du Nord, sur un territoire rattaché à l’horizon culturel dit « Steppe Maikop ». Cette période s’étend sur la fin du quatrième millénaire avant notre ère, entre 3300 et 3000 avant J.-C. environ. C’est là qu’a été exhumée la sépulture d’un homme mature, âgé de 40 à 49 ans au moment de sa mort.
Dans ses restes, les archéologues ont découvert une concrétion calcifiée. Rien d’exceptionnel en apparence, pour qui ne connaît pas la médecine légale. Mais cette masse minérale allait devenir, des millénaires plus tard, l’objet de la première analyse complète et multidisciplinaire menée sur ce type de concrétion pour cette période et cette région.
L’étude publiée en novembre 2026 confirme qu’il s’agit du plus ancien cas documenté de lithiase urinaire. Une annonce qui, au premier abord, semblait aller dans le sens d’une hypothèse déjà évoquée par les chercheurs : celle d’une transition alimentaire, à l’âge du bronze, qui aurait fragilisé les reins de ces populations. Une piste qui méritait d’être vérifiée dans les détails.
Quand une pierre grosse comme un raisin raconte une maladie que personne n’attendait
La taille du calcul, comparable à celle d’un raisin, donne une idée assez concrète de l’inconfort qu’il a pu provoquer chez cet homme. Une masse de cette dimension ne se forme pas en quelques jours. Elle témoigne d’un trouble installé, probablement douloureux, et surtout durable.
Pour comprendre son origine, les chercheurs ont mobilisé une approche analytique intégrée, mêlant bioarchéologie et analyses minéralogiques poussées. Il s’agit de la première étude complète et multidisciplinaire menée sur une concrétion de ce type, pour cette période et cette région du monde. Un travail de fond, loin des simples observations visuelles qui prévalaient jusqu’ici en paléopathologie.
Ce calcul constitue une preuve matérielle directe d’une maladie urogénitale chronique. Il aurait très probablement affecté de façon significative la qualité de vie de cet homme, bien avant que la médecine moderne ne sache nommer ce type de pathologie. L’urolithiase en préhistoire reste un domaine encore peu exploré, et cette découverte vient combler un vide scientifique réel.
Infection ou alimentation : ce que révèle vraiment la composition du calcul
C’est ici que l’histoire prend un tournant inattendu. L’analyse minéralogique du calcul a mis en évidence une matrice composée de carbapatite et d’hydroxyapatite, associée à de la whitlockite. Cette signature est caractéristique, en clinique moderne, d’une infection bactérienne.
Or, les chercheurs n’ont trouvé aucune trace des phases généralement associées à une origine alimentaire ou métabolique, comme l’oxalate de calcium ou l’acide urique. Cette absence totale exclut donc la piste du régime alimentaire. L’hypothèse de la transition alimentaire de l’âge du bronze, qui semblait séduisante, ne tient pas face aux données de terrain.
Le calcul serait d’origine infectieuse. Deux pistes anatomiques restent toutefois ouvertes, et les chercheurs ne peuvent trancher entre elles avec les données disponibles :
- Un calcul rénal lié à une infection chronique des voies urinaires supérieures, comme une pyélonéphrite chronique.
- Un calcul prostatique, formé directement sur place à la suite d’une prostatite bactérienne chronique.
Dans les deux cas, le constat reste le même : cet homme a vécu avec une infection urogénitale installée depuis longtemps, sans doute source d’une gêne quotidienne difficile à ignorer. Voilà le véritable « mal inattendu » que cache cette pierre vieille de plusieurs millénaires.
Cette découverte rappelle que les certitudes archéologiques méritent toujours d’être confrontées aux données de laboratoire. Derrière une simple concrétion minérale se cache parfois une histoire médicale bien plus précise qu’on ne l’imaginait. Et dans ce cas précis, ce n’est pas l’assiette de cet homme de l’âge du bronze qui l’a trahi, mais une infection silencieuse, logée au plus profond de son corps depuis des années.
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