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Les noms de 738 membres de la communauté d'Essipit ont été rayés du Registre des Indiens. Ils sont tous des descendants de Christine Kichera et d’Adelaïde Matshiragan, dont le Bureau du registraire des Indiens a aussi retiré le statut.
L’information a d’abord été rapportée par Les Coops de l’information puis confirmée par Radio-Canada.
Christine Kichera et Adelaïde Matshiragan sont deux Innues mariées à des allochtones qui ont vécu à la fin des années 1700, selon l’avocate qui représente leurs descendants.
Les termes « Indiens » et « Indiennes » font toujours partie du vocabulaire de l'administration fédérale canadienne. Outre les contextes juridiques officiels, Radio-Canada privilégie le terme « Premières Nations » pour parler de ces communautés.
Ces derniers ont obtenu leur statut après 2019, c’est-à-dire après un changement dans la Loi sur les Indiens qui rectifie la discrimination fondée sur le genre.
Avant ce changement, une femme autochtone qui épousait un homme allochtone perdait son statut et ne pouvait pas le transmettre à ses enfants.

Les familles ont trois ans pour contester cette décision. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Camille Lacroix
Sauf qu’en 2024, les membres ont reçu un avis par courrier recommandé de la part du Bureau du registraire des Indiens. Le statut de Christine Kichera et Adélaïde Matshiragan et de leurs descendants avait été révisé.
La lettre stipulait qu'ils avaient 120 jours pour fournir une preuve historique qu’ils avaient bel et bien le droit d’être inscrits au registre, sans quoi leur statut serait révoqué.
La décision officielle a été formulée le 5 novembre 2025, avec effet immédiat.
Depuis, des personnes établies à Essipit craignent de perdre leur maison et d’être expulsées de la communauté, rapporte leur avocate, Audrey Mayrand. D’autres qui rêvaient d’y construire une nouvelle résidence se demandent s’ils auront cette chance.
Certains ont manqué des soins médicaux, puisque du jour au lendemain, ils n'étaient plus couverts par le Programme des services de santé non assurés pour les Premières Nations.
Il y a une violation au droit à la vie, à la sécurité et à la liberté de la personne, parce qu'il y a des gens qui sont expulsés de leur demeure et qui ont vécu des effets sur leur santé, dénonce Audrey Mayrand.
Le Conseil de bande d'Essipit assure qu'il ne compte pas expulser ces membres de la communauté. Il leur accorde trois ans pour régulariser leur situation.
Un recours complexe
Les deux familles concernées se sont regroupées pour déposer un recours en cour fédérale, pour faire infirmer la décision du Bureau du registraire des Indiens. Elles prévoient ensuite soumettre une protestation formelle pour regagner leur statut, et devront démontrer que les deux femmes appartenaient bien au regroupement innu.
Une tâche qui s’annonce complexe, selon l’avocate. C'est quand même difficile de remonter en arrière, de démontrer tous ces liens avec des documents historiques. Il faut que le processus soit mieux adapté.
Le Bureau du registraire des Indiens conteste ainsi la validité d’un recensement de 1795.
Dans son Catalogue général de toute la nation montagnaise, l’abbé Jean-Joseph Roy recense les Innus du territoire maintenant connu comme Essipit, dont Christine Kichera et Adelaïde Matshiragan. À l’époque, il n’existait pas de critère légal pour déterminer qui était Indien.
Au moment d’écrire ces lignes, le Bureau du registraire des Indiens n’avait pas répondu aux questions de Radio-Canada.


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