Le 31 octobre 1941, les ouvriers du mont Rushmore quittent la montagne pour la dernière fois et le monument est déclaré terminé. Dans les Black Hills, près de Keystone (Dakota du Sud), quatre visages d’environ 18 m de haut, ceux de Washington, Jefferson, Theodore Roosevelt et Lincoln, sont désormais sculptés dans la falaise. Mais ce que la montagne a perdu pendant 14 ans ne se trouve pas là-haut : environ 410 000 tonnes de granite gisent juste en dessous.
Le tas, lui, n’a jamais bougé, 85 ans après.
À retenir
- Le mont Rushmore a été achevé le 31 octobre 1941 après 14 ans de chantier.
- La dynamite a fourni environ 90 % du travail de sculpture.
- Un éboulis d’environ 410 000 tonnes métriques reste protégé au pied de la falaise.
Sommaire
Une sculpture faite à la dynamite
Tout part d’une idée touristique. En 1923, un historien du Dakota du Sud, Doane Robinson, imagine un monument capable d’attirer des visiteurs dans les Black Hills. Le Congrès donne son accord en 1925, et il faudra encore 2 ans pour que le chantier démarre.
Le 4 octobre 1927, les travaux commencent officiellement. Ils dureront 14 ans. Près de 400 hommes et femmes y ont travaillé au fil du temps, mais pas tous en même temps : ce total additionne les personnes passées sur le chantier, pas une équipe unique accrochée à la paroi. Foreurs, forgerons, garçons chargés de transmettre les messages, chaque métier avait sa place dans la mécanique.
On pense au ciseau, au maillet, à la patience. En réalité, 90 % de la sculpture a été faite à la dynamite.
Les charges servaient à faire sauter la roche jusqu’à ce qu’il ne reste que 3 à 6 pouces avant la surface finale, soit 8 à 15 cm environ, à peu près la largeur d’une main. Pour le reste, les ouvriers perçaient des trous très serrés, la technique dite du nid d’abeille, qui affaiblissait la pierre pour la détacher plus facilement. La finition se faisait ensuite à la main.
Les ouvriers descendaient le long de la falaise dans des sièges suspendus, une perforatrice pneumatique entre les mains. Des trous étaient forés dans la roche, puis des artificiers y plaçaient de petites charges pour retirer la quantité voulue de granite. Le visage de Washington est le premier à émerger de la paroi. Les intempéries et les problèmes de financement ont régulièrement ralenti l’avancée, et c’est ce qui explique que le chantier se soit étiré sur 14 ans.
Rapportée à des visages de 18 m, soit à peu près la hauteur d’un immeuble de 6 étages, cette marge de quelques centimètres paraît minuscule. Elle représente pourtant la dernière couche à retirer avant de voir apparaître un nez ou une paupière.
Tout ce qui sautait retombait au pied de la paroi.
Un éboulis de 410 000 tonnes, protégé comme la sculpture
L’éboulis est estimé à 450 000 tonnes américaines, soit environ 410 000 tonnes métriques. Il s’agit d’une estimation, pas du résultat d’une pesée. Lire 450 000 sans préciser l’unité, c’est surévaluer le tas d’environ 40 000 tonnes pour un lecteur habitué au système métrique.
Gutzon Borglum, le sculpteur du projet, recommandait de retirer ce tas. Il a pourtant été laissé en place, afin de montrer l’ampleur du travail accompli. Avec le temps, ce choix a pris une valeur patrimoniale : l’éboulis est aujourd’hui considéré comme une ressource culturelle, à préserver au même titre que les bâtiments historiques, les collections du musée et la sculpture elle-même. Prélever des roches dans cette zone protégée est interdit par la loi.
En regardant la pente de près, on distingue encore des traces d’outils sur le granite, des blocs en nid d’abeille et des morceaux d’outils en métal. Ce sont des restes de chantier, mais ils racontent la méthode mieux que n’importe quel schéma. Les trous alignés montrent comment les ouvriers fragilisaient la roche avant de la détacher.
Une terrasse de visite domine la pente couverte de gravats. C’est le point le plus proche des visages, et le seul endroit d’où l’on voit à la fois la sculpture et ce qu’elle a coûté en roche.
Une fin de chantier sans le sculpteur
Gutzon Borglum meurt en mars 1941, quelques mois avant la fin des travaux. Son fils, Lincoln Borglum, termine le travail. Le 31 octobre 1941 est le dernier jour passé sur la montagne, et le monument est alors déclaré terminé. Le projet initial aurait comporté des figures plus étendues que de simples têtes, qui n’ont jamais été réalisées.
Le coût total s’élève à 989 992,32 $, soit un peu moins d’un million de dollars pour 14 ans de chantier. Sur cette période, près de 400 personnes ont reçu un salaire.
Pas un mort en 14 ans de chantier.
Ce bilan humain tient à des gestes très encadrés, car la méthode reposait sur des explosifs manipulés sur une falaise. Les visiteurs de l’époque, eux, s’intéressaient surtout au granite en nid d’abeille et demandaient comment s’en procurer un morceau. L’opérateur du treuil faisait mine de ne pas pouvoir s’en séparer, jusqu’à ce qu’un visiteur lui propose 6 $. Une fois les acheteurs partis, il appelait le haut de la montagne pour qu’on lui en renvoie un autre.
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