Environ 140 blocs de granit, disposés en cercles concentriques, reposent sous les eaux du réservoir de Valdecañas depuis 1963. Le dolmen de Guadalperal, sur la commune d’El Gordo, dans la province de Cáceres en Estrémadure, est ressorti en entier à l’été 2019, pour la première fois depuis cette mise en eau. Il a refait surface une seconde fois en août 2022.
À retenir
- Environ 140 blocs de granit forment le dolmen de Guadalperal, noyé depuis 1963.
- Le monument a été classé zone archéologique par le décret 371/2022.
- Des experts ont refusé son déplacement, qui aurait effacé son contexte archéologique.
Sommaire
Une tombe fermée, pas un cercle à ciel ouvert
Le surnom de « Stonehenge espagnol » a beau avoir fait le tour des médias, il trompe sur la nature du lieu : à l’origine, il s’agissait d’une tombe fermée, avec une chambre, un couloir d’accès et une butte de terre qui recouvrait l’ensemble. Pas un cercle ouvert au ciel, donc, mais un sépulcre dont seule l’armature de granit se laisse voir aujourd’hui.
Les blocs, dressés à la verticale, forment plusieurs lignes concentriques autour de la chambre. On parle d’environ 140 pierres, dont certaines sont tombées, et le compte exact ne fait pas consensus. L’âge du monument divise tout autant : les estimations vont de 4 000 à 7 000 ans selon les sources, et certaines le placent entre la fin du Ve et le IIIe millénaire avant notre ère.
Entre les deux estimations extrêmes, il y a 3 000 ans d’écart.
Fouillé en 1925, publié en 1960, noyé en 1963
Le site n’a pas attendu les sécheresses pour intéresser les savants : l’archéologue allemand Hugo Obermaier l’a fouillé de 1925 à 1927. Le mobilier qu’il a mis au jour a pris la direction de l’Allemagne.
Les résultats ont mis longtemps à paraître : ils n’ont été publiés qu’en 1960, soit 33 ans après la fin des fouilles. Trois ans plus tard, en 1963, la mise en eau du réservoir de Valdecañas, sur le Tage, le plus long fleuve de la péninsule Ibérique, a englouti le monument. Entre le début des fouilles et la noyade, 38 ans seulement s’étaient écoulés.
Pendant 56 ans, le cercle n’a pas été revu en entier.
2019 : le lac recule, la pétition grimpe, les experts tranchent
À l’été 2019, la baisse du niveau du lac a fait réapparaître le dolmen en entier. Le sommet de certains blocs avait pu affleurer ici ou là entre-temps, mais le cercle complet n’avait pas été revu depuis 1963, et les premières fouilles d’Obermaier remontaient à 94 ans.
L’agence spatiale américaine a publié deux images du satellite Landsat 8 montrant la rive du réservoir, l’une datée du 24 juillet 2013, l’autre du 25 juillet 2019. La seconde révèle une côte nettement plus sèche. Un cercle y marque la zone où les vestiges apparaissent.
En août 2019, l’association locale Raíces de Peraleda a lancé une pétition en ligne pour déplacer les pierres sur la terre ferme. Son argument tient à l’état des blocs : les granits sont poreux, certains se fissurent et d’autres sont tombés. Une roche poreuse qui alterne immersion, air libre et soleil peut mal supporter ces va-et-vient. Au 21 septembre 2019, le texte avait réuni 43 062 signatures, de quoi remplir un stade de plus de 40 000 places.
Le 18 septembre, trois jours avant ce décompte, les experts avaient déjà tranché.
Trois administrations siégeaient dans ce groupe, monté par les ministères espagnols de la Culture et de la Transition écologique ainsi que par la région. Leur conclusion : un déplacement causerait une perte irréversible du contexte archéologique. Le monument est donc resté sous l’eau, malgré les signatures et les fissures.
Déplacer un monument menacé par l’eau n’a rien d’une idée farfelue : dans les années 1960, les temples d’Abou Simbel, en Égypte, ont été démontés puis remontés plus haut, à l’abri du lac Nasser. Mais Guadalperal pose un problème différent. Ici, ce sont la disposition d’origine des blocs, leurs écarts et leur rapport à la chambre et au couloir qui renseignent les archéologues. Un transfert aurait effacé ces informations, et c’est ce risque que le groupe d’experts a retenu.
Classé en 2022, ressorti la même année
L’État a choisi la protection plutôt que le déménagement. Le 10 mai 2022, il a classé le dolmen Bien d’intérêt culturel, dans la catégorie zone archéologique, par le décret 371/2022, publié au Journal officiel espagnol : c’est la protection la plus haute prévue en Espagne.
Le périmètre protégé englobe les structures visibles et la surface où des matériaux archéologiques se sont dispersés, car le sous-sol pourrait encore cacher des vestiges. La catégorie de zone archéologique vise précisément ce type de lieu, où l’on étudie des vestiges avec les méthodes de l’archéologie. Le texte rattache le monument à la commune d’El Gordo.
Ce classement protège le monument sans le sortir du lac. Le choix des autorités revient à conserver sur place des granits poreux que l’eau abîme, plutôt que de les déplacer au prix de leur contexte.
Le classement avait trois mois à peine quand, en août 2022, la grande sécheresse a de nouveau fait ressortir le dolmen. Trois ans séparent ce retour de celui de 2019. Cette fois, le monument émergeait avec le statut de protection le plus élevé du pays. Pour l’observer, mieux vaut suivre le niveau du réservoir que fixer une date de voyage, car aucun calendrier ne garantit la prochaine émergence.
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Sources : boe.es | escapadarural.com


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