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À quelques semaines de la libération, le 4 juillet 1944, à l’orée de la forêt de Loudéac (Côtes-d’Armor), sept résistants ont payé de leur vie leur combat pour la liberté.
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Par Yann Scavarda Publié le 3 juil. 2026 à 22h03
Depuis août 1945, un calvaire de granit s’élève au lieu-dit « La Porcherie », à l’orée de la forêt de Loudéac (Côtes-d’Armor), en souvenir des sept résistants tués un an plus tôt à cet endroit.
« Coupeaux et ses amis connaissaient les risques auxquels ils s’exposaient : ils les avaient mesurés et, embrassant préalablement l’étendue de la mission qu’ils s’étaient accordée, ils avaient généreusement accepté leur destin », écrit Pierre Lécuyer dans un ouvrage paru quelques années après les événements du 4 juillet 1944 : La Tragédie de la forêt de Loudéac.
L’auteur souligne que « Comme bien d’autres, Coupeaux et ses compagnons auraient pu rester inactifs, bien à l’aise et bien tranquilles chez eux ; attendre en espérant l’aurore de jours meilleurs, mais sans rien faire pour les rendre plus lumineux que de subir la loi brutale de l’envahisseur du moment. »
Mais ceux-là en avaient décidé autrement.
Quitte à en payer le prix.
Un bataillon de 800 hommes
Le Courrier Indépendant du 19 novembre 1944, publie les déclamations d’un poète anonyme :
Coupeaux les dirigeait ; ils lui firent confiance. / Ensemble, ils préparaient leur joyeux lendemain. / Ils furent de toujours de cette Résistance / qui n’accepta jamais la botte du Germain. / Mais ils ne virent pas se lever la Victoire. / Et tombèrent martyrs de leur bel idéal. / Les élites s’en vont, en plein rayon de gloire, / Se dissociant toujours d’un monde trop banal.
Capitaine de réserve engagé dans la Résistance depuis novembre 1943, Georges Coupeaux, un industriel sinistré d’Hennebont réfugié à Loudéac, âgé de 44 ans, a constitué, en février 1944, un bataillon de 800 hommes portant son nom : le 2e bataillon du futur 4e Régiment de Bretagne.
Après le débarquement allié du 6 juin, Georges Coupeaux établit son poste de commandement dans la forêt de Loudéac.
Ce PC se résume à une hutte dissimulée dans les bois, à quelques centaines de mètres de la ferme de La Porcherie, bâtie, entre autres, par Joseph Latimier, un autre Loudéacien âgé de 42 ans. Pour tout bureau de travail, une table et des bancs grossièrement taillés.
Le Loudéacien Max Rouault, alias Maurice Farines, 23 ans, est pour sa part responsable du Bureau des opérations aériennes (BOA) et second du commandant Vallée, qui dirige les Forces françaises de l’intérieur (FFI) dans les Côtes-d’Armor.
Le 4 juillet 1944, son groupe, basé à Lanthenac vient de rejoindre celui de Coupeaux à La Porcherie.
Une telle quantité de combattants massés au même endroit ne peut manquer d’attirer l’attention. Le commandant Coupeaux le sait : il a d’ailleurs commencé à disperser les troupes, par groupes.
Mais lui-même et plusieurs autres patriotes ne vont pas avoir le temps d’évacuer La Porcherie. Le groupe de Max Rouault non plus. Parti pour les Essarts, à Langast, ce dernier a en effet dû revenir sur ses pas tant cet endroit grouille d’Allemands.
Capturé avec une liste…
Pendant ce temps, dans les bureaux de la Standortkommandantur, au premier étage de l’hôtel de ville de Loudéac, Humula (celui qu’on surnomme « Charlot », dans le maquis) informe les chefs du convoi de la Gestapo stationné devant la mairie de rumeurs sur les activités de la Résistance du côté de la ferme de la Porcherie.
Une opération coup de poing est aussitôt mise sur pied.
Sur la route de la forêt, les Allemands tombent sur le second de Max Rouault : André Jouet, un résistant de 24 ans habitant à La Chèze. Celui-ci est justement en train de se hâter de rejoindre La Porcherie pour prévenir ses camarades du passage des Allemands à Lanthenac. André Jouet est fouillé et trouvé en possession d’une liste des membres du BOA : il est arrêté.
La panique
À La Porcherie vivent deux familles : les Le Pessec et les Le Clainche (à 300 m de là). Mais lorsque les camions Allemands arrivent, il s’y trouve aussi encore 17 membres du BOA, deux parachutistes, trois guides, ainsi que Georges Coupeaux, Max Rouault (Maurice Farines) et Joseph Latimier. Un cri d’alarme est lancé, mais il est trop tard. Près de 150 soldats allemands jaillissent des véhicules et ouvrent le feu sur tous ceux qu’ils voient. Les hommes de Coupeaux prennent la fuite dans la panique.
René Le Bellec, un jeune homme originaire de Ploumagoar, âgé de 19 ans, est gravement blessé dans le jardin de la ferme. Il parvient à se traîner sur plusieurs dizaines de mètres à l’intérieur de la forêt où il sera retrouvé mort deux jours plus tard, enterré sur place.
Max Rouault est blessé, lui aussi. À la jambe. Il se réfugie derrière une corde de bois où se trouvent aussi Georges Paumier, un Briochin de 21 ans et Roland Bernard, 19 ans, originaire de Ploubazlanec. Ils tombent peu après, tous les trois, sous un feu nourri.

Les Allemands sont commandés par deux officiers, dont un brun obèse à qui sont amenés trois prisonniers. Il braque déjà son pistolet sur Joseph Latimier, Georges Coupeaux et le père Le Pessec.
Ce dernier est épargné. Il tient dans ses bras la plus jeune de ses deux petites filles, blessée à la cuisse par une balle. Elle sera soignée par un médecin allemand.
Creuser sa propre tombe
On suppose qu’avant de l’avoir exécuté, les Allemands ont fait creuser à André Jouet sa propre tombe et celle de ses camarades déjà morts.

Ils exécutent aussi Joseph Latimier et Georges Coupeaux après les avoir interrogés et confondus : leurs noms, qui figurent sur la liste d’André Jouet, sont des condamnations à mort.
Une balle de fusil dans la nuque pour Georges Coupeaux, deux balles de pistolet dans les tempes pour Joseph Latimier.
À 12 h 30, tout est terminé.
La forêt est sommairement ratissée (encore que les Allemands évitent de s’aventurer trop avant dans la haute futaie) et la ferme est pillée. La troupe repart laissant derrière elle les corps des sept patriotes sommairement enterrés.
Ceux de Joseph Latimier et de Georges Coupeaux, enterrés ensemble, sont retrouvés les premiers le lendemain du drame (5 juillet).
Avec l’autorisation des autorités allemandes, ils sont rendus à leurs familles en vue de leur inhumation, le 7 juillet, au cimetière de Loudéac.
L’Occupant exige que la cérémonie s’effectue dans la discrétion la plus absolue « pour éviter les troubles ».
Les cinq autres corps sont découverts le 6 juillet 1944, mais ne seront exhumés que le 22 août.
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