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36 000 tonnes, prévue pour tenir 100 ans : dix mois après un seul drone, l’arche de Tchernobyl a perdu sa fonction de confinement selon l’AIEA

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Dans la nuit du 13 au 14 février 2025, vers 1h50 heure locale, l’équipe de l’AIEA présente sur place à Tchernobyl entend une explosion. Un drone vient de frapper le toit du Nouveau confinement sûr, cette arche de 36 000 tonnes censée protéger le réacteur accidenté pendant un siècle. Le feu qu’il déclenche va couver pendant trois semaines.

À retenir

  • Un drone a percé le Nouveau confinement sûr de Tchernobyl, provoquant un incendie qui a couvé trois semaines entre les deux coques d'acier sans élévation de radioactivité détectée
  • L'AIEA a confirmé en décembre 2025 la perte des principales fonctions de sûreté de l'arche, dont celle de confinement, retardant le démantèlement de l'ancien sarcophage
  • Des financements ukrainiens et internationaux se débloquent pour les réparations, confiées notamment aux entreprises françaises Bouygues Travaux Publics et VINCI Construction Grands Projets, pour un délai estimé de trois à quatre ans

Autant le dire tout de suite, je ne m’attendais pas à écrire un jour un article sur un drone qui perce une structure censée résister à peu près à tout. Et pourtant, c’est bien ce qui s’est produit sur l’un des sites les plus surveillés de la planète.

Une arche de 36 000 tonnes percée par un simple drone

Pour comprendre l’ampleur de l’événement, il faut d’abord mesurer ce qu’est réellement le Nouveau confinement sûr. Cette structure métallique mesure 257 mètres de large, 162 mètres de long et 109 mètres de haut. Elle pèse 36 000 tonnes.

Construite entre 2008 et 2017 grâce au soutien financier et technique de la communauté internationale, elle a été glissée au-dessus de l’ancien sarcophage en 2017. Ce premier confinement, bâti dans l’urgence après l’accident du 26 avril 1986, ne pouvait plus garantir sa résistance au-delà d’une quarantaine d’années. L’arche devait prendre le relais pour un siècle entier, jusqu’en 2117.

C’est pourtant cette carapace, pensée pour encaisser les pires scénarios, qu’un drone a réussi à transpercer. L’armée de l’air ukrainienne a indiqué que la Russie avait lancé cette nuit-là 133 drones de type Shahed et des drones-leurres contre l’Ukraine, dont 73 abattus. Le Kremlin, par la voix de Dmitri Peskov, a nié toute implication, assurant que l’armée russe ne cible pas les installations nucléaires.

L’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection française a confirmé que l’impact avait provoqué une perforation de la paroi, suivie d’un incendie maîtrisé dans la matinée. Bonne nouvelle au passage : aucune élévation de la radioactivité n’a été relevée à proximité de la centrale.

Trois semaines de combustion silencieuse entre deux coques d’acier

Le choc initial a laissé un trou d’une quinzaine de mètres carrés dans la structure, accompagné de plusieurs centaines de perforations dans le revêtement externe. Un chiffre qui donne le vertige quand on sait que chaque brèche fragilise l’isolation et l’étanchéité de l’ensemble.

Pour éteindre l’incendie, les secours n’ont eu d’autre choix que de pratiquer 330 ouvertures supplémentaires dans la coque extérieure. Une décision logique sur le moment, mais lourde de conséquences : l’humidité a pu s’infiltrer librement, exposant les supports métalliques internes à la corrosion.

Le feu s’est en réalité logé entre les deux coques d’acier de l’arche, dans l’isolant qui les sépare. C’est là qu’il a continué de couver pendant trois semaines, loin des regards, détruisant l’hydro-isolation et endommageant la membrane censée assurer l’étanchéité de la structure.

Conséquence directe de ces dégâts : le démantèlement de l’ancien sarcophage, déjà repoussé par les financements incomplets, la pandémie puis le conflit russo-ukrainien, reste suspendu tant que l’étanchéité n’est pas rétablie. Pour ne rien arranger, une frappe russe survenue en octobre 2025 sur une sous-station voisine a coupé l’alimentation électrique de toute la structure de confinement.

Un siècle de protection promis, une fonction de confinement déjà perdue

En décembre 2025, le directeur général de l’AIEA Rafael Grossi a livré un constat sans détour : une inspection a confirmé la perte des principales fonctions de sûreté de l’arche, dont celle de confinement. La structure porteuse et les systèmes de surveillance restent toutefois intacts, ce qui limite, pour l’instant, la gravité de la situation.

Sergiy Tarakanov, directeur de la centrale, a confié à l’AFP qu’il faudrait encore trois à quatre ans avant que le dôme extérieur ne retrouve ses fonctions de sûreté primaires. Autrement dit, l’arche censée tenir un siècle traverse sa première grande crise à peine huit ans après sa mise en service.

Face à cela, les financements commencent à se débloquer. Le gouvernement ukrainien a alloué plus de 1,6 milliard de hryvnias, environ 31,4 millions d’euros, aux travaux de sûreté sur le nouveau confinement. De leur côté, les donateurs du compte international de coopération pour Tchernobyl, géré par la BERD, ont validé des travaux préparatoires d’ingénierie et d’achats, ouvrant enfin la voie à de véritables réparations.

La BERD rappelle au passage que la communauté internationale a déjà versé environ 2 milliards d’euros aux programmes liés à Tchernobyl depuis 1995. Pour mener les réparations, elle a fait appel à deux entreprises françaises, Bouygues Travaux Publics et VINCI Construction Grands Projets, chargées d’évaluer puis de corriger les dommages.

Cette affaire illustre une réalité qui dépasse largement le cas ukrainien : même les infrastructures pensées pour durer un siècle restent vulnérables face à un conflit armé. L’arche de Tchernobyl devait symboliser la fin d’une menace héritée de 1986. Elle rappelle aujourd’hui qu’aucune protection n’est totalement à l’abri du contexte géopolitique dans lequel elle évolue.

Rédigé par Brice L.

Brice est un journaliste passionné de sciences. Il écrit des articles scientifiques depuis plus d'une décennie, partageant avec vous les nouvelles découvertes et les dossiers les plus intéressants.

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