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42 000 tonnes, plus de 500 mètres sous terre et un incendie en 2002 : en Alsace, un stockage « réversible » est en train d’être muré pour toujours

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Sous le sol alsacien, 600 mètres de roche séparent 42 000 tonnes de déchets industriels de la nappe phréatique la plus précieuse d’Europe. Le tribunal administratif de Strasbourg vient de valider leur confinement définitif. Fini la promesse d’un stockage réversible : à Wittelsheim, c’est désormais le béton qui aura le dernier mot.

À retenir

  • Le tribunal administratif de Strasbourg a validé le confinement définitif par béton de 42 000 tonnes de déchets toxiques à Stocamine, malgré la promesse initiale de réversibilité datant de 1997.
  • Le site, situé à 600 mètres sous terre à Wittelsheim, repose sous la nappe phréatique rhénane qui alimente en eau potable au moins 5,6 millions de personnes, et les juges reconnaissent eux-mêmes un risque avéré de pollution des eaux.
  • Entre 2013 et 2017, seules 2 270 tonnes de déchets mercuriels avaient pu être extraites, mais le déstockage des 42 000 tonnes restantes a été jugé trop risqué pour la sécurité du personnel et l'environnement.

Un incendie en 2002 qui a tout changé sous Wittelsheim

Il faut remonter au tout début des années 2000 pour comprendre comment on en est arrivé là. Le site de Stocamine, situé à Wittelsheim dans le Haut-Rhin, avait été pensé comme une solution d’avenir pour stocker des déchets industriels ultimes, ces résidus qu’on ne sait ni recycler ni détruire sans danger.

L’idée semblait élégante sur le papier. Enfouir ces substances toxiques dans d’anciennes galeries de mines de potasse, à 600 mètres sous terre, loin de tout contact avec la surface et ses habitants.

Mais en 2002, un incendie se déclare dans la mine. Les flammes touchent une partie du stockage et révèlent une faille béante dans le scénario initial, celle d’un sous-sol finalement moins stable et moins maîtrisable qu’annoncé. Depuis cet épisode, la question du devenir des déchets ne cesse de resurgir, comme une plaie qui ne se referme jamais tout à fait.

La promesse d’un stockage réversible envolée à 500 mètres de profondeur

À l’origine, l’arrêté préfectoral du 5 février 1997 était pourtant clair. Son article 7 imposait à l’exploitant d’assurer, je cite, la possibilité de retrait de tout ou partie des déchets à tout moment. Autrement dit, Stocamine ne devait jamais devenir une impasse sans retour.

Cette réversibilité, c’était l’argument qui avait permis de faire accepter le projet aux riverains et aux élus locaux. On enterrait les déchets, oui, mais on gardait la clé pour les ressortir en cas de problème.

Entre 2013 et 2017, cette promesse a d’ailleurs été tenue en partie. Une entreprise allemande a réussi à extraire 2 270 tonnes de déchets mercuriels des profondeurs de la mine. Un chantier technique périlleux, qui a démontré qu’un déstockage restait possible, du moins pour une fraction limitée du total.

Mais pour les 42 000 tonnes restantes, l’équation a changé. En septembre 2023, l’État a tranché en faveur du confinement définitif par coulage de béton, contre l’avis de la population et des élus locaux. Le tribunal administratif de Strasbourg vient de confirmer ce choix, estimant que le déstockage n’est plus une option dans des conditions acceptables de sécurité pour le personnel et de risques pour l’environnement.

42 000 tonnes de déchets toxiques scellés pour l’éternité sous la nappe phréatique

Concrètement, à quoi ressemble ce scellement définitif ? Le plan technique prévoit de remblayer les galeries vides et d’installer douze barrières de béton, chacune longue de 12 mètres, pour condamner les accès menant à la zone de stockage. Une sorte de sarcophage souterrain, pensé pour durer bien au-delà de notre époque.

Le problème, c’est que ces déchets reposent sous la nappe phréatique rhénane, qui alimente en eau potable au moins 5,6 millions de personnes en Alsace et dans les régions voisines. Les juges du tribunal administratif ne l’ont pas nié, ils reconnaissent eux-mêmes qu’un risque de pollution des eaux est avéré.

Plus troublant encore, des incertitudes subsistent sur la nature exacte de certains déchets entreposés et sur la possibilité d’une remontée de saumure polluée vers la nappe. Ce sont précisément ces zones d’ombre qui alimentaient les requêtes des associations, des riverains et de la Collectivité européenne d’Alsace devant la justice.

Le feuilleton judiciaire ne date d’ailleurs pas d’hier. La cour administrative d’appel de Nancy avait déjà annulé, le 15 octobre 2021, un arrêté préfectoral autorisant le confinement, pour des raisons liées aux garanties financières de l’exploitant. Le jugement du 17 juin 2025 referme donc un cycle de contestations entamé depuis plusieurs années.

Au final, le scellement de Stocamine rend définitif l’enfouissement de 42 000 tonnes de déchets toxiques sous la nappe phréatique d’Alsace. Un verrou de béton qui ferme littéralement la porte à toute récupération future, et qui transforme une promesse de réversibilité en engagement perpétuel envers les générations à venir.

Reste une question de fond, celle que pose toute solution d’enfouissement. Peut-on vraiment garantir l’étanchéité d’un stockage sur plusieurs siècles, quand les incertitudes géologiques et chimiques persistent dès aujourd’hui ? L’histoire de Stocamine, de l’incendie de 2002 jusqu’au jugement de 2025, montre en tout cas à quel point la frontière entre solution technique et pari sur l’avenir peut être ténue.

Rédigé par Brice L.

Brice est un journaliste passionné de sciences. Il écrit des articles scientifiques depuis plus d'une décennie, partageant avec vous les nouvelles découvertes et les dossiers les plus intéressants.

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