La plus grande étude génétique mondiale sur les grains de beauté vient d’identifier 250 gènes impliqués dans leur développement — et dans celui du mélanome. Ces gènes révèlent des voies biologiques indépendantes de l’exposition solaire, ouvrant des pistes thérapeutiques pour les 50 % de patients ne répondant pas aux immunothérapies actuelles.
Ce que vous allez apprendre
- Quels liens génétiques unissent les grains de beauté bénins et les mélanomes mortels
- Quel nouveau gène pourrait expliquer pourquoi le système immunitaire échoue à stopper certains mélanomes
- Comment un score de risque génétique pourrait améliorer le dépistage précoce
Grains de beauté et mélanomes : la même origine cellulaire
Les grains de beauté et les mélanomes naissent tous deux des mêmes cellules — les mélanocytes, responsables de la pigmentation de la peau. Dans le cas d’un grain de beauté, ces cellules se multiplient puis s’arrêtent, formant une tache bénigne. Dans le mélanome, cette croissance ne s’arrête pas.
Un tiers des mélanomes se développent directement à partir d’un grain de beauté. Et le nombre de grains de beauté — fortement influencé par la génétique — est l’un des principaux facteurs de risque de mélanome.
85 000 participants, 250 gènes identifiés
Des chercheurs du QIMR Berghofer en Australie ont analysé les données génétiques de plus de 85 000 personnes d’origine européenne. Ils ont identifié 24 nouvelles régions génétiques influençant le nombre de grains de beauté — cinq fois plus que lors de la précédente grande étude du même institut en 2018.
Quasi toutes ces régions jouent également un rôle dans le mélanome. Au total, plus de 250 gènes clés ont été identifiés pour des recherches prioritaires. Ces gènes impliquent des voies biologiques liées à la réponse immunitaire et à la prolifération cellulaire — des mécanismes déjà connus dans d’autres cancers comme ceux du sein, de la prostate ou du cerveau, mais inédits dans ce contexte.
Un gène qui dérègle l’immunité contre le cancer
L’un des gènes nouvellement identifiés, SIKE1, retient particulièrement l’attention. Il régule normalement les réponses immunitaires aux infections virales. Les chercheurs pensent qu’en perturbant ce système, il pourrait affaiblir la capacité du système immunitaire à détecter et détruire les mélanocytes se multipliant anormalement — laissant la voie libre au mélanome.
Ce gène pourrait devenir une cible pour de nouvelles immunothérapies capables d’agir en amont, avant que le mélanome ne soit établi.
Combler les lacunes des traitements actuels
L’Australie présente le taux d’incidence du mélanome le plus élevé au monde, avec environ 1 400 décès annuels. Les immunothérapies actuelles ont transformé la prise en charge — mais elles restent inefficaces chez la moitié des patients atteints d’un mélanome avancé.
Identifier des voies biologiques indépendantes de l’exposition solaire ouvre la possibilité de cibler des mécanismes que la protection UV ne peut pas atteindre. Les chercheurs examinent déjà des médicaments existants susceptibles d’agir sur ces voies nouvellement découvertes.
Un score de risque polygénique basé sur ces résultats est également en développement — un outil qui pourrait permettre d’identifier génétiquement les personnes les plus à risque et d’intensifier leur suivi dermatologique avant l’apparition de tout symptôme.


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