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En 25 ans d'articles sur l'évolution climatique de la Planète, il y a des moments qui ont plus que d'autres marqué la rédaction de Futura, et certains d'entre eux ont fait bien plus que ça : ils ont changé notre compréhension du monde et influencent désormais notre manière de vivre.
Le réchauffement planétaire n'est pas une découverte récente : déjà, dans les années 1960, des chercheurs avant-gardistes envisageaient la perspective d'un réchauffement du climat en lien avec les émissions de gaz à effet de serre. À l'époque, ces hypothèses étaient jugées fantasques par une grande partie de la communauté scientifique.
Pourtant, quelques chercheurs éminents ont publié des études très précises, qui se sont révélées étonnamment justes par la suite. C'est le cas de Syukuro Manabe, qui, en 1970, prévoyait une augmentation de la température du globe de 0,57 °C entre 1970 et 2000. Le réchauffement a finalement été de 0,54 °C sur cette période, donc très proche de la prévision du scientifique. Ses prévisions sur le réchauffement explosif des terres et de l'Arctique se sont aussi révélées exactes.
Le climat de notre Terre se réchauffe. Celui de notre Europe, plus vite que d’autres. Voilà pour le constat. Reste à comprendre le pourquoi.... Lire la suite
Cependant, il faudra attendre 30, voire 40 ans, pour relier avec certitude ce réchauffement au développement humain, un fait que personne n'était prêt à entendre pendant longtemps. Ceux qui commençaient à formuler cette possibilité étaient relégués au rang d'illuminés sur les plateaux télé, mais aussi au sein de la communauté scientifique elle-même.
Une influence probable de l'Homme envisagée dans les années 1990
Le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec, ou IPCC en anglais) a été créé en 1988 par l'Organisation météorologique mondiale (OMM) et le Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE). Son objectif était alors de synthétiser les recherches sur le réchauffement climatique qui commençait à être officiellement constaté, et d'évaluer ses impacts.
Au début des années 1990, la cause du réchauffement de la Planète n'était pas encore bien cernée par la plupart des scientifiques. En 1995, dans le rapport SAR, le vent commence à tourner, mais les auteurs du Giec se veulent prudents : « L'ensemble des éléments de preuve suggère une influence perceptible de l'Homme sur le climat mondial », peut-on lire.
En 2001, dans le rapport TAR, les chercheurs estiment que « la majeure partie du réchauffement observé au cours des 50 dernières années est probablement due à l'augmentation des gaz à effet de serre ».
En 1995, l'influence de l'Homme sur le climat commence à être évoquée de manière officielle. © Stavros, Adobe Stock
2007, l'année de la bascule
C'est en 2007 que le discours bascule véritablement : « La majeure partie de l'augmentation observée des températures moyennes mondiales depuis le milieu du XXe siècle est très probablement due à l'augmentation observée des concentrations de gaz à effet de serre d'origine anthropique ».
Ce serait l'activité humaine (industries, transports, énergie, agriculture, etc.) qui serait responsable du réchauffement climatique. L'année 2007 marque donc la première année pendant laquelle l'Homme est désigné comme coupable des perturbations climatiques sur Terre avec un niveau de confiance estimé à 90 %, alors qu'avant un doute subsistait.
Les bandes du réchauffement climatique montrant l'évolution des températures mondiales par rapport à la moyenne de 1991-2010, jusqu'à l'année 2025. © University of Reading, Ed Hawkins
Preuve d'un changement décisif dans la science, mais aussi d'un début de changement au sein de l'opinion publique mondiale, le prix Nobel de la paix 2007 est décerné conjointement au Giec et à Albert Arnold (Al) Gore Jr. « pour leurs efforts visant à développer et à diffuser une meilleure connaissance du changement climatique d'origine humaine, et à jeter les bases des mesures nécessaires pour contrer ce changement ».
Le discours d'Al Gore lors de la remise du prix Nobel en 2007. © YouTube
Lors des prochains rapports du Giec, cette annonce ne fait qu'être renforcée : en 2013 (rapport AR5), le lien entre l'activité humaine et le réchauffement climatique est « extrêmement probable » à 95 %.
Certaines des prévisions (sur les glaciers notamment) évoquées en 2007 et dans les années 2010 ne se sont pas totalement vérifiées en termes de temporalité et cela a parfois alimenté les discours de ceux qui nient le réchauffement : la science évolue et doit parfois recaler les scénarios envisagés. Mais en 2021, le rapport AR6 ne laisse plus place au doute quant à l'origine du réchauffement : « Il est indéniable que l'influence humaine a réchauffé l'atmosphère, les océans et les terres ».
Face à des vagues de chaleur plus fréquentes et plus intenses, tous les pays ne disposent pas des mêmes moyens pour protéger leur population. Selon un nouveau rapport, le réchauffement climatique pourrait provoquer environ 430 000 décès supplémentaires par an d’ici 2050. Les pays les plus pauvres paieront de très loin le tribut le plus lourd.... Lire la suite
Travaillant moi-même dans la météo depuis 2009, j'ai pu constater un changement de mentalités évident dans la communauté des météorologues, qui eux aussi ont dû évoluer : la méfiance envers les discours du Giec était encore présente jusqu'au début des années 2010, puis un changement net s'est opéré à partir de 2015, année marquée par l'Accord de Paris, et encore plus, à partir de 2019, un été caniculaire responsable de records impensables en France.
Depuis, la prise de conscience est générale, mais pas l'action
Près de 20 ans après le tournant de 2007, le monde a changé : les conséquences du réchauffement climatique ne sont plus une menace lointaine, et le consensus scientifique a permis aux gouvernements, comme à la population, de prendre conscience que leur mode de vie et leurs choix de consommation ont un impact réel sur le climat. Après la grande révélation de 2007, la prise de conscience globale dans les années 2020, il ne manque désormais qu'une action concertée et généralisée qui peine encore à se mettre en place.


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