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221 pompes actionnées par quatorze roues à aubes dès 1684 : ce que la machine de Marly versait réellement dans les jardins du Roi-Soleil

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Le 13 juin 1684, Louis XIV assiste en personne à la mise en marche d’une machine que rien ni personne, nulle part en Europe, n’a encore égalée. Ce jour-là, la machine tourne devant le roi lui-même, à une époque où aucune installation de cette ampleur n’existe ailleurs sur le continent. Quatorze roues à aubes plantées dans un bras de la Seine, à Bougival, actionnent 221 pompes qui hissent l’eau du fleuve jusqu’aux jardins de Versailles. Le chiffre est resté dans les mémoires : les 14 roues actionnaient par balancier 221 pompes aspirantes et foulantes, réparties entre 64 en bas, 30 et 49 au premier puisard, et 78 au deuxième. Une mécanique de bois et de cuir, pensée pour alimenter les caprices aquatiques d’un roi qui refusait qu’un jet d’eau s’arrête.

À retenir

  • Une machine promise à 6 000 m³ par jour : pourquoi le débit réel choquait les ingénieurs
  • 163 mètres de dénivelé à franchir : comment trois étages de réservoirs ont résolu l’impossible
  • 133 ans d’une installation quasi 100 % en bois : comment une merveille usée s’est effondrée silencieusement

Sommaire

  1. Une prouesse pour vaincre un dénivelé impossible
  2. 221 pompes, mais un débit très en deçà des promesses
  3. Un chantier titanesque, une longévité record

Une prouesse pour vaincre un dénivelé impossible

Le problème posé aux ingénieurs n’a rien d’anodin. Le château est perché sur un plateau, loin de toute rivière généreuse, et les bassins existants ne suffisent pas à alimenter les innombrables jets d’eau du parc. Il faut donc aller chercher l’eau à la Seine, en contrebas, et la faire grimper sur une hauteur considérable. Selon les sources, le dénivelé final oscille entre 150 et 163 mètres, la référence la plus précise avançant un chiffre de 163 mètres depuis le niveau de la Seine jusqu’au réservoir de Marly, qui domine lui-même Versailles de 33 mètres supplémentaires.

Impossible techniquement de faire grimper l’eau d’un seul jet sur une telle hauteur. La pression aurait fait éclater les joints de cuir des pistons, seule technologie d’étanchéité disponible à l’époque. Les ingénieurs, le charpentier liégeois Rennequin Sualem et le gentilhomme Arnold de Ville, inventent alors un système en paliers. Ils conçoivent un système à trois étages, avec deux réservoirs intermédiaires creusés à flanc de coteau. Une source évoque même précisément une pression de 15 bars que les cuirs des pistons n’auraient pas supportée, d’où l’idée de pratiquer trois paliers d’environ 50 mètres chacun. Concrètement, l’eau montait par relais successifs, chaque étage repoussant le liquide vers le suivant grâce à un réseau de tuyaux, de pistons et de tringles actionnées à distance, sur près d’un kilomètre.

221 pompes, mais un débit très en deçà des promesses

Voilà pour la prouesse technique. Mais l’histoire de la Machine de Marly est aussi celle d’un fiasco chiffré, savamment maquillé sous le vernis de la gloire royale. Le projet avait été vendu sur la promesse d’un débit journalier de 6 000 mètres cubes. Dans les faits, la machine évaluée à 6 000 mètres cubes par jour ne dépassera jamais les 3 000 mètres cubes. la moitié de ce qui avait été annoncé au roi. Une autre source confirme cet écart en des termes presque identiques, précisant que le débit journalier maximal théorique était de 6 000 m3, contre 3 000 m3 en réalité une fois pris en compte les frottements et les pertes de charge.

Ce fossé entre promesse et réalité n’a rien d’un détail. Il a pesé sur toute l’histoire de Versailles : les jardiniers du roi devaient sans cesse arbitrer, coupant certaines fontaines pour en alimenter d’autres dès qu’un visiteur de marque approchait d’un bosquet. Le débit réel, autour de 1 500 à 1 800 mètres cubes par jour selon les relevés les plus tardifs, confirme cette érosion progressive des performances. Avec le temps, la machine s’essouffle encore davantage : un décret impérial de 1802 ordonne son remplacement alors qu’elle n’élevait plus que 200 mètres cubes par jour, une chute vertigineuse par rapport aux ambitions initiales.

Un chantier titanesque, une longévité record

Construire une telle installation n’avait rien d’une formalité. Le chantier a mobilisé une main-d’œuvre considérable : le projet fut réalisé sur commande de Louis XIV, avec quatorze roues de 12 mètres de diamètre, entre 1681 et 1684, par 1 800 ouvriers. Les matériaux engloutis donnent le vertige pour l’époque, puisqu’il a fallu rassembler 800 tonnes de plomb, autant d’acier, 17 000 tonnes de fer et près de 100 000 tonnes de bois. Le bois provenait des forêts françaises, tandis que les pièces métalliques et les tuyaux de fonte étaient importés depuis la région de Liège, terre d’origine des deux concepteurs.

Malgré ses faiblesses chroniques, la machine a tenu bon plus d’un siècle. Composée à 90 % de bois, bruyante au point de s’entendre à des kilomètres, coûteuse à entretenir avec une équipe permanente d’une soixantaine d’ouvriers, elle a néanmoins fonctionné pendant 133 ans avant d’être définitivement détruite en 1817, remplacée par une machine à vapeur. Elle aura vu passer les visiteurs les plus prestigieux : le tsar Pierre Ier en 1717, puis Thomas Jefferson en 1784, tous venus admirer ce qui restait, pendant plus d’un siècle, la plus grande installation hydraulique jamais construite. Aujourd’hui, il ne subsiste plus de l’ouvrage d’origine que le pavillon dit « Charles X » à Bougival, et l’aqueduc de Louveciennes, ses 36 arches de pierre encore dressées au-dessus de la vallée, muet témoin d’une eau qui ne coule plus.

Sources : fr.aroundus.com | chateauversailles.fr

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