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À quelques jours d’un vote crucial au Parlement européen sur cet accord commercial, conclu à l’été 2025, l’ambassadeur américain auprès de l’UE, Andrew Puzder, a mis un coup de pression énergétique au Vieux continent.
À deux jours d’un vote décisif au Parlement européen, Washington hausse le ton. Et appuie là où ça fait mal. Si l’Union européenne renonce à ratifier, tel quel, l’accord commercial conclu à l’été 2025 entre Donald Trump et Ursula von der Leyen, à Turnberry, en Écosse, les États-Unis pourrait remettre en cause l’accès «privilégié» des Vingt-Sept au gaz naturel liquéfié (GNL) américain, dont le Vieux continent est massivement dépendant depuis qu’il s’est sevré du gaz russe. C’est le chantage à peine voilé qu’a formulé l’ambassadeur américain auprès de l’UE, Andrew Puzder, dans un entretien publié ce lundi par le Financial Times .
«Je ne sais pas ce qu’il adviendra du secteur de l’énergie s’ils ne donnent pas suite à l’accord», a déclaré le diplomate américain au quotidien britannique. Mais si Turnberry n’est pas mis en œuvre, nous reviendrons à la case départ. Je ne sais pas trop où cela nous mènera.» Et d’ajouter : «Je pense que les États-Unis continueront à vouloir faire des affaires avec l’Europe, mais les conditions ne seront peut-être pas aussi favorables. Et… il y a d’autres acheteurs sur le marché.» Le ton est donné.
Un coup de pression qui arrive au pire moment
Négocié dans la douleur entre Bruxelles et Washington en 2025, l’accord de Turnberry, signé le 27 juillet dernier par Donald Trump et la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, instaure des droits de douane à 15% sur la plupart des produits européens exportés aux États-Unis, et supprime les droits de douane européens sur les importations américaines. Une asymétrie assumée qui lui avait valu d’être qualifié de «capitulation» par de nombreux responsables politiques français et européens. Or, le texte, assorti d’un certain nombre de garde-fous, clauses de sauvegarde et autres conditions suspensives, doit désormais être soumis à un vote au Parlement européen, réuni en séance plénière ce jeudi 26 mars.
Le coup de pression de Washington arrive au pire moment pour l’UE, confrontée à ce que le ministre français de l’Économie Roland Lescure a, pour la première fois ce mardi, qualifié de «choc pétrolier». Outre le pétrole, la guerre au Moyen-Orient, qui paralyse le détroit d’Ormuz depuis plus de trois semaines, a fortement perturbé les exportations de GNL du Qatar, qui représente près d’un cinquième de la production mondiale. Or, la part des États-Unis dans les approvisionnements en GNL de l’UE est passée de 5 % en 2021 à près de 60 % aujourd’hui. Une hausse spectaculaire portée par la volonté des Vingt-Sept de s’affranchir du gaz russe après le déclenchement de la guerre en Ukraine.
L’accord signé à Turnberry prévoit que l’Union européenne s’engage à importer pour 750 milliards de dollars d’énergie américaine d’ici 2028 – une enveloppe incluant le GNL, le pétrole et les technologies nucléaires civiles. Une concession pour certains observateurs européens, qu’Andrew Puzder présente plutôt, dans le contexte actuel, comme une faveur de la part de Washington. «S’ils (les États membres de l’UE) veulent survivre économiquement, ils ont besoin d’énergie, et nous pouvons la leur fournir. Nous aimerions avoir le genre de relation qui nous encourage à le faire», a souligné l’ambassadeur américain auprès de l’UE, cité par le Financial Times, ajoutant qu’«il ne s’agit pas seulement d’une promesse de leur part d’acheter cette énergie, mais d’un engagement de notre part à la leur vendre».
Retard dans l’approbation européenne de l’accord
Côté européen, la ratification de l’accord a pris du retard. Alors que le processus d’approbation paraissait bien engagé en début d’année, deux événements l’ont fait caler coup sur coup : en janvier, les menaces de Donald Trump d’envahir le Groenland ont entraîné une première suspension des travaux en commission au Parlement européen. Rebelote en février, cette fois en raison de l’invalidation par la Cour suprême américaine de la plupart des droits de douane imposés par Donald Trump depuis son retour au pouvoir début 2025.
Les parlementaires de la commission du commerce international du Parlement européen n’ont donné leur feu vert que le 19 mars, en demandant plusieurs «éclaircissements» sur la portée juridique de la décision de la Cour suprême américaine. Les eurodéputés souhaitent notamment conditionner la mise en œuvre de l’accord au maintien du plafond de 15 % sur les droits de douane américains, tel que convenu en 2025. L’ouverture mi-mars par la Maison Blanche d’une série d’enquêtes commerciales visant plusieurs secteurs européens, pouvant conduire à la mise en place de nouveaux droits de douane, est venue fragiliser un peu plus la confiance de l’UE dans les engagements américains. Des réticences que les États-Unis espèrent désormais dissiper en activant le levier de pression énergétique.


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