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Vous vous brossez les dents chaque soir, mais c’est ce qui se passe bouche ouverte pendant la nuit qui crée vos caries

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Deux minutes de brossage le soir, dentifrice au fluor, passage du fil dentaire : le rituel est respecté. Et pourtant, les caries s’invitent. Le coupable ne se cache pas dans votre salle de bains, mais dans votre chambre, pendant les sept ou huit heures où vous ne contrôlez absolument rien de ce qui se passe dans votre bouche.

À retenir

  • Dormir la bouche ouverte crée un pH de 3,6 — aussi acide qu’un soda — sans interruption
  • La salive, qui diminue naturellement la nuit, est votre seule défense : la respiration buccale l’évapore
  • 50 % des adultes respirent par la bouche sans le savoir, mais cela aussi déclenche l’apnée du sommeil

Sommaire

  1. La nuit, votre bouche devient un laboratoire acide
  2. La salive, ce garde du corps qu’on ne voit jamais
  3. Un adulte sur deux, sans le savoir
  4. Ce qu’on peut faire, concrètement

La nuit, votre bouche devient un laboratoire acide

Pendant la journée, le pH moyen à l’intérieur de la bouche tourne autour de 7,3, légèrement alcalin. Dès que vous vous endormez, la production de salive ralentit naturellement, et ce chiffre commence à baisser. Rien d’alarmant en soi : c’est la physiologie normale du sommeil. Le problème survient quand la bouche reste ouverte.

Des chercheurs de l’Université d’Otago en Nouvelle-Zélande ont étudié le pH oral de dix volontaires en bonne santé contraints de dormir avec un pince-nez pour simuler la respiration buccale. Le niveau de pH a diminué lentement pendant les heures de sommeil chez tous les participants, mais il est devenu nettement plus acide chez ceux qui respiraient par la bouche. Avec la respiration buccale, le pH moyen nocturne chutait à 6,6, et, dans les moments les plus critiques, certains participants atteignaient un pH de 3,6, l’équivalent de celui d’un soda et près de cent fois plus acide que le seuil à partir duquel l’émail commence à se dissoudre.

Pour avoir un point de comparaison : la dent commence à perdre ses minéraux dès que le pH descend sous 5,5. Un pH à 3,6 pendant plusieurs heures consécutives, c’est une attaque acide en continu, sans défense, sans interruption. Aucun brossage du soir ne peut compenser ça.

La salive, ce garde du corps qu’on ne voit jamais

La salive fait rarement les manchettes, et c’est dommage. Au-delà de simplement maintenir la bouche humide, elle joue trois rôles majeurs : garantir un environnement neutre en tamponnant les acides, protéger l’émail si le pH descend sous 5,5, et neutraliser les acides introduits par l’alimentation comme les sodas ou les agrumes. Elle contient également des antibiotiques naturels qui éliminent les bactéries parasites. Moins vous en avez, plus les bactéries prolifèrent.

La respiration buccale fait s’évaporer la salive au fur et à mesure que l’air circule dans la bouche, causant une baisse d’humidité dans la cavité buccale. Elle altère ainsi les défenses salivaires : réduction de l’effet d’autonettoyage, accumulation de plaque bactérienne et perte de contrôle du pH. En clair, dormir la bouche ouverte revient à désarmer le seul mécanisme de protection qui travaille pour vous pendant la nuit.

Les bactéries productrices d’acide prospèrent précisément en l’absence de salive. Elles dégradent les dents en provoquant des caries et irritent les tissus mous de la cavité buccale. La production salivaire diminuant naturellement la nuit, les respirateurs buccaux s’exposent à un risque accru de sécheresse buccale, de caries et d’inflammation gingivale.

Un adulte sur deux, sans le savoir

La respiration buccale nocturne n’est pas un cas marginal. Selon les données de la Sahlgrenska Academy de l’Université de Göteborg, environ 50 % des adultes respirent par la bouche pendant leur sommeil, la plupart sans en avoir la moindre conscience. Se réveiller le matin avec la sensation de bouche sèche est souvent le seul signe que quelque chose s’est passé pendant la nuit. D’autres indices existent : mauvaise haleine chronique, lèvres craquelées, gencives rouges qui saignent facilement, caries répétées, sensibilité dentaire inexpliquée.

La respiration buccale chronique peut entraîner ou aggraver l’apnée du sommeil en contribuant à l’obstruction des voies respiratoires. 42 % des personnes qui respirent par la bouche souffrent également d’apnée du sommeil. Le lien n’est pas anecdotique : ronflement, micro-réveils, fatigue diurne et caries récurrentes peuvent tous pointer vers la même origine.

La respiration buccale chronique ne concerne pas seulement les enfants. De nombreux adultes en souffrent, avec des répercussions sur la santé générale : fatigue chronique, apnées du sommeil, troubles de la posture, sensibilité accrue aux infections respiratoires. Ce n’est donc pas un simple inconfort dentaire, mais un dysfonctionnement qui s’invite dans plusieurs systèmes à la fois.

Ce qu’on peut faire, concrètement

Avant de changer quoi que ce soit, encore faut-il savoir si on est concerné. La première étape passe souvent par le partenaire de lit, ou, à défaut, par une application de suivi du sommeil capable de détecter les ronflements. Un dentiste attentif peut aussi repérer les signes caractéristiques : usure de l’émail sur certaines faces, gingivite persistante malgré une hygiène correcte, sécheresse des muqueuses à l’examen.

Les causes de la respiration buccale sont multiples. La principale est souvent l’obstruction des voies respiratoires nasales. Quand le nez est obstrué, le corps se met à respirer par la bouche pour assurer l’apport en oxygène. Les allergies, rhumes ou infections des sinus peuvent rendre la respiration nasale difficile, tout comme une déviation de la cloison nasale, une hypertrophie des cornets ou des polypes nasaux. Traiter la cause, c’est déjà traiter le symptôme.

Côté mesures pratiques, un humidificateur à air froid peut s’avérer bénéfique pour les personnes qui respirent par la bouche, dont les pires symptômes surviennent la nuit. Se brosser les dents avec un dentifrice au fluor et utiliser du fil dentaire juste avant le coucher, en complétant par des bains de bouche fluorés, reste une base indispensable pour limiter les dégâts. Les bandelettes nasales, qui maintiennent mécaniquement les narines ouvertes, constituent une solution simple et bon marché à tester avant d’envisager quoi que ce soit de plus invasif. Pour les cas plus structurels, l’orthodontie corrective, la chirurgie orthognathique ou une rééducation du patron de respiration avec un ORL ou un orthophoniste peuvent être envisagées.

Ce qui rend le sujet particulièrement sous-estimé, c’est que si les maladies des gencives ne sont pas traitées, elles peuvent évoluer vers une parodontite qui entraîne non seulement la perte des dents, mais est également associée à des problèmes de santé comme le diabète, les accidents vasculaires cérébraux et les troubles respiratoires. Une bouche qui sèche chaque nuit n’est donc pas qu’un problème esthétique ou dentaire : c’est un signal faible d’un déséquilibre qui mérite une réponse sérieuse.

Sources : africaguinee.com | hydratis.co

Yohan D

Rédigé par Yohan D

Vulgarisateur scientifique depuis plus de dix ans, je m’intéresse à la géographie, aux technologies et à l’environnement. J’espère attirer votre attention sur des sujets captivants !

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