Âge, sédentarité, mauvais cholestérol ou antécédents familiaux : notre cœur est soumis à rude épreuve tout au long de notre vie. Pour vérifier la bonne marche de notre système cardiovasculaire, la médecine déploie généralement un arsenal d’examens sophistiqués, allant de l’échographie Doppler à l’imagerie par résonance magnétique, souvent onéreux et anxiogènes. Pourtant, il existe une méthode d’évaluation d’une simplicité enfantine, totalement gratuite et réalisable directement chez vous. Des chercheurs européens viennent de prouver que gravir quelques marches suffit à livrer un diagnostic étonnamment précis sur l’état de vos artères.
L’énergie dépensée, véritable baromètre de votre cœur
L’idée de mesurer l’effort physique n’est pas nouvelle, mais une récente étude de la Société européenne de cardiologie (ESC) a décidé de la mettre à l’épreuve de manière très concrète. Les scientifiques ont rassemblé 165 volontaires souffrant de pathologies coronariennes, se traduisant par des essoufflements ou des douleurs thoraciques lors d’efforts intenses. L’objectif premier était d’évaluer leur capacité métabolique avec la plus grande précision.
Dans un laboratoire clinique, ces patients ont d’abord été soumis à une épreuve très classique : courir sur un tapis roulant en augmentant la cadence jusqu’à l’épuisement total. Cet exercice a permis de calculer leur dépense énergétique en « équivalents métaboliques » (MET). Pour vous donner un ordre d’idée de cette unité de mesure, le sommeil correspond à environ 0,9 MET, tandis qu’un sprint à plus de 17 km/h fait grimper le compteur à 18 MET. Ce score global est un indicateur redoutable, couramment utilisé par le corps médical pour anticiper les risques d’accidents vasculaires sur la prochaine décennie.
Le défi des 60 marches chronométrées
C’est après ce premier effort poussé en laboratoire que l’expérience a pris une tournure beaucoup plus ancrée dans notre quotidien. Après un temps de récupération, les cardiologues ont demandé aux participants de monter quatre volées d’escaliers d’affilée (soit une soixantaine de marches au total) à une allure soutenue et, surtout, sans s’arrêter. Les chronomètres ont alors parlé, et les temps obtenus ont été méticuleusement croisés avec les scores MET enregistrés quelques heures plus tôt sur le tapis de course.
Les résultats sont d’une limpidité absolue et dessinent une frontière claire. Les patients capables de gravir ces soixante marches en moins de 45 secondes ont affiché un excellent score, compris entre 9 et 10 MET. D’un point de vue médical, cette performance est synonyme d’une santé cardiaque rassurante, corrélée à un taux de mortalité extrêmement faible (estimé à moins de 1 % par an).
La minute fatidique qui doit vous alerter
À l’inverse, le tableau s’assombrit nettement pour les volontaires ayant eu besoin de plus d’une minute pleine pour venir à bout de l’ascension. Leur score métabolique chutait en dessous de 8 MET, un seuil critique directement associé à un taux de mortalité estimé entre 2 % et 4 % par an, soit un risque global de 30 % sur dix ans. Pour appuyer irréfutablement ces chiffres, des examens d’imagerie approfondis ont confirmé que 58 % des patients de ce groupe le plus lent présentaient bel et bien une fonction cardiaque anormale.
Le Dr Jesús Peteiro, le cardiologue à l’origine de cette étude novatrice, insiste sur l’incroyable aspect pratique de cette découverte. Le constat est limpide : la prochaine fois que vous rentrez chez vous, oubliez l’ascenseur et sortez l’application chronomètre de votre smartphone. Si l’ascension de quatre étages vous prend plus de soixante secondes ou vous laisse totalement hors d’haleine, il est sans doute temps de prendre rendez-vous pour un bilan complet.


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