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Environ un Français sur dix a le nez qui coule ou les yeux qui grattent au contact des chiens. Tout comme Matt Walker, un généticien américain. C'est pour cette raison qu'il a cofondé l'entreprise Kindred Companion Sciences. Les chercheurs de la jeune pousse ont réussi à modifier les gènes de deux chiens, à partir de la technique CRISPR, nobélisée en 2020. Elle a permis d'éliminer l'allergène canin le plus courant. Les scientifiques ont détaillé leur méthode dans une étude parue en août dans le CRIPSR Journal, que le Smithsonian Magazine relaie.
«J'ai eu des allergies toute ma vie. Elles ont empêché ma famille et moi d'avoir un chien, raconte Matt Walker. Or, ma femme Maggie en a toujours voulu.» Désormais le rêve du couple s'est réalisé. Alfie et Bailey sont nées il y a deux ans. Ces deux beagles ressemblent à n'importe lesquels de leurs congénères, mais elles s'avèrent être des pionnières. Depuis leur naissance, elles n'ont jamais provoqué la moindre réaction allergique chez leur maître.
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Le généticien et ses collègues ont utilisé la technique des «ciseaux génétiques» CRISPR pour modifier l'ADN des chiens. Ils ont ainsi désactivé le gène qui code la protéine Can f 1, à l'origine des allergies. Plus précisément, les scientifiques ont prélevé des cellules de peau sur un beagle, modifié les gènes producteurs de Can f 1, puis cloné les cellules obtenues. Le nouvel ADN a ensuite été inséré dans les ovocytes.
Résultat: vingt-cinq embryons reconstitués ont été implantés chez une beagle porteuse. En septembre 2024, la chienne a donné naissance à Bailey et Alfie. Depuis, les équipes de Kindred n'ont jamais trouvé de traces de la protéine Can f 1 ni dans la salive ni sur la peau des deux chiots.
Des questions éthiques se posent
Le meilleur ami de l'homme pourrait-il devenir le meilleur ami de tous les hommes? Cette réussite «ouvre la voie à un plus grand nombre de personnes pouvant posséder un animal de compagnie, confirme à l'Associated Press Arthur Caplan, spécialiste en bioéthique à l'université de New York. Le côté négatif c'est que cela pourrait dissuader des gens d'essayer d'adopter des animaux errants ou abandonnés qui n'ont pas été génétiquement modifiés pour être hypoallergéniques.»
Autre dilemme éthique plus critique: manipuler les gènes des animaux afin de les rendre plus pratiques pour nous, humains, pourrait avoir des conséquences néfastes sur leur santé. L'histoire est édifiante. Depuis l'époque victorienne, moment où on a commencé à créer et modifier des races de chiens, nos compagnons à quatre pattes sont devenus plus consanguins, malades et difformes.
Cette nouvelle tentative de modification génétique arrive donc avec son lot de réticences éthiques. Mais les experts précisent aussi que cette manipulation de l'ADN n'est pas plus intrusive que les pratiques d'élevage traditionnelles. «Au final, les deux approches produisent des animaux de compagnie, souligne Alison Van Eenennaam, experte en génétique animale à l'université de Californie. Ce n'est pas la technologie qui soulève des questions éthiques.»
Les altérations d'ADN n'ont pour l'instant pas affecté la santé d'Alfie et Bailey, selon les chercheurs de Kindred. À terme, l'équipe souhaite mettre au monde des «animaux fondateurs», capables de se reproduire tout en transmettant le trait hypoallergénique. Mais les descendants spirituels de Bailey et Alfie n'arriveront pas si vite: les autorités américaines n'ont pas approuvé la manipulation génétique.





























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