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Le décor actuel ne le laisse pas du tout présager, mais l’été et les vacances arriveront assez vite. Et ces dernières occupent une place particulière dans notre rapport à l’argent. Elles sont souvent perçues comme une parenthèse, un moment où les règles habituelles s’assouplissent, où on se permet « un peu plus ». Après tout, on travaille fort toute l’année.
Faites-vous partie de ces investisseurs disciplinés qui prennent parfois leurs décisions financières… en vacances ? Décrochez — oui, vous le méritez. Mais dans le contexte actuel, cette impression de « dette de plaisir » envers soi-même mérite réflexion.
Le coût du voyage a augmenté de manière importante dans les dernières années, sans que cela soit toujours pleinement intégré. Une famille qui déboursait environ 4000 $ pour un court séjour il y a cinq ans doit dorénavant prévoir environ 5000 $ pour une expérience comparable, car bien des prix ont progressé plus rapidement que l’inflation générale. Le contexte énergétique actuel, notamment la volatilité des prix du pétrole, exerce une pression sur toute l’industrie du voyage.
Concrètement, la conjoncture se traduit par des billets d’avion plus chers, mais aussi par une hausse des tarifs hôteliers, du prix des excursions et même de la facture des repas sur place. Une famille qui planifiait un voyage il y a quelques mois pourrait ainsi aujourd’hui constater une facture gonflée de plusieurs centaines, voire quelques milliers de dollars. À cela s’ajoute une certaine imprévisibilité : dans un contexte de tensions sur l’offre, les prix peuvent fluctuer rapidement, ce qui incite certains voyageurs à réserver plus tôt, parfois à crédit, pour éviter de futures hausses. Une telle stratégie peut elle-même, si elle n’est pas planifiée, générer des coûts supplémentaires.
Ce phénomène agit un peu comme une inflation silencieuse qui ne modifie pas nécessairement la nature du voyage, mais qui en augmente progressivement le coût réel.
Face à cette réalité, la question n’est pas de savoir s’il faut prendre des vacances ou non. Il faut par contre savoir que chaque dollar dépensé en vacances est un dollar qui ne sera pas investi. Pour un ménage dont la capacité d’épargne est élevée, cette réalité peut sembler théorique, mais elle ne l’est pourtant pas. Une augmentation de 1000 $ par année du budget de vacances peut sembler anodine, mais maintenue sur 20 ans et rajustée à une inflation de 2 %, elle représente un peu plus de 41 000 $ qui auraient pu être placés dans un compte à l’abri de l’impôt, comme un CELI.
De petites erreurs qui coûtent cher
Dans les faits, peu de ménages prennent consciemment la décision d’augmenter leur budget de vacances. Cette hausse s’installe graduellement, sans qu’un arbitrage clair avec d’autres objectifs (qu’ils soient financiers, fiscaux ou successoraux) soit fait. Cela ne signifie pas que les vacances sont une erreur financière. Elles contribuent à la qualité de vie, aux relations familiales et à l’équilibre. Elles doivent par contre être vues comme une décision assumée et non comme une simple habitude.
Dans la pratique, ce n’est pas tant le niveau de dépenses qui pose problème que la façon dont ces dépenses sont parfois financées. Rappelons-nous que même de petits écarts, sans être spectaculaires, finissent par représenter un coût important lorsqu’ils sont additionnés.
La grande erreur classique : voyager sans compter et, dans le pire des cas, à crédit. D’autres erreurs sont plus sournoises, comme le fait de liquider de façon non planifiée des placements d’un compte non enregistré, ce qui crée au passage des gains en capital imprévus. Dans certains cas, les vacances deviennent une dépense improvisée, absorbée sans réflexion quant à son impact global.
Ce ne sont là que quelques exemples qui confirment la pertinence de constituer un fonds réservé aux voyages ou, encore mieux, d’intégrer leur planification à long terme dans son plan financier. Cette démarche permet une détermination prévisible, structurée et stratégique des capitaux à utiliser pour les financer. Par exemple, une planification simple des liquidités, qui définit à l’avance la source des fonds et leur incidence fiscale, permet souvent de prévenir les décisions improvisées, qui sont rarement optimales.
Comme une dimension parallèle
Les vacances ont aussi ceci de particulier qu’elles modifient temporairement notre rapport à l’argent. On s’autorise plus de récompenses, on relâche nos règles et nos bonnes habitudes… Certaines dépenses deviennent soudainement justifiables, alors qu’elles ne le seraient pas dans un autre contexte. Vous vous reconnaissez ?
Ce relâchement temporaire du cadre financier n’est pas anodin : il s’apparente à celui que l’on observe en période de marché haussier, où la discipline tend à s’effacer au profit de l’émotion. Pour les investisseurs les plus disciplinés, cela peut même représenter un angle mort. L’optimisation du portefeuille, la planification fiscale et les objectifs à long terme peuvent être très bien structurés, mais il devient contre-productif de laisser inconsciemment des fonds, parfois plusieurs milliers de dollars, s’échapper ainsi chaque année.
Je n’ai aucune intention ici de parler de restriction ou de culpabilité. Il s’agit plutôt de reconnaître que les vacances ne devraient pas être une parenthèse dans votre planification financière. Elles doivent en faire partie, au même titre que les décisions d’investissement ou de décaissement, puisqu’elles mobilisent les mêmes ressources.


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