Récemment, une équipe a élaboré la toute première cartographie mondiale interactive des réseaux de champignons mycorhiziens arbusculaires. Il s’agit là d’un projet titanesque révélant l’étendue et la biomasse d’une infrastructure fongique souterraine essentielle à la vie terrestre et à la régulation du climat, entre autres. Les scientifiques devraient présenter leur carte lors des prochains sommets de l’ONU avec l’objectif de modifier les actuelles politiques de conservation mondiale des sols.
L’incroyable étendue des réseaux mycorhiziens
Pour rappel, les champignons mycorhiziens arbusculaires (CMA) sont des champignons microscopiques du sol vivant en symbiose avec les racines de 70 à 80% des plantes terrestres. Cette association symbiotique permet aux champignons de recevoir des sucres provenant de la photosynthèse des plantes. Ces dernières sont également gagnantes, car les champignons permettent aux racines de mieux absorber l’eau et les sels minéraux présents dans le sol. Surtout, il faut savoir que ces champignons forment des réseaux que l’on regroupe souvent sous appellation « Internet souterrain des forêts » (Wood Wide Web). Avec une activité remontant à au moins 475 millions d’années, ces réseaux auraient largement contribué à la colonisation de la terre ferme par les plantes.
Le 11 juin 2026, une équipe internationale de chercheurs sous la supervision de l’Amsterdam Institute for Life and Environment (A-LIFE) a publié ses derniers travaux dans la revue Science. Ces scientifiques ont réalisé la toute première cartographie mondiale interactive des réseaux de champignons mycorhiziens arbusculaires, un énorme projet révélant leur incroyable étendue. La carte en question est disponible sur le site de la Society for the Protection of Underground Networks (SPUN), une initiative scientifique mondiale à but non lucratif.
« En utilisant plus de 2,8 milliards de séquences d’ADN fongique provenant d’échantillons de sol collectés dans 130 pays, nous avons créé les premières cartes haute résolution nous permettant de prédire la biodiversité fongique mycorhizienne à une résolution de 1 kilomètre carré (km²) à l’échelle de la planète. », peut-on lire sur la page descriptive du projet.
Crédit : SPUN
Une carte révélant des vulnérabilité critiques au niveau des sols
Les chercheurs ont évalué la longueur totale des filaments fongiques présents dans sol de surface à 110 quadrillions de kilomètres, soit l’équivalent d’un milliard de fois la distance entre la Terre et le Soleil. Les auteurs ont également évalué la masse de carbone stockée dans ces réseaux mycorhiziens, à savoir 300 mégatonnes de carbone – soit quatre à la six fois la masse combinée de toute l’humanité. Aussi, il est ici question d’une densité extrême : une cuillère à thé de sol peut renfermer jusqu’à dix mètres de filaments.
De par sa relation symbiotique avec les végétaux, le Wood Wide Web contribue fortement à l’intégrité de la vie terrestre et à la régulation du climat. Cependant, la carte mondiale des scientifiques met en lumière certaines vulnérabilités critiques face aux activités humaines. Dans les zones de cultures intensives, la densité des réseaux mycorhiziens est deux fois moins importante que celle concernant les écosystèmes sauvages. En cause : le labourage mécanique, ainsi que l’utilisation de fongicides et d’engrais chimiques. De plus, les prairies abritent à elles seules pas moins de 40% de la biomasse fongique mondiale, notamment dans des régions telles que les Everglades (Floride), les plaines inondables du Soudan du Sud ou encore, le plateau tibétain. Malheureusement, ces zones essentielles sont peu protégées et pire encore, converties en terres agricoles quatre fois plus rapidement que les forêts.
Enfin, les chercheurs prévoient de présenter leur carte aux gouvernements lors des prochains sommets de l’Organisation des Nations Unies (ONU). Le but sera d’intégrer enfin les réseaux mycorhiziens dans les politiques de conservation mondiales – principalement l’accord mondial « 30×30 » – au même titre que les plantes elles-mêmes et les animaux. Cette communication cruciale se fera notamment via Toby Kiers, biologiste de l’évolution lauréate Prix Tyler pour l’environnement en 2026.


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