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0,1 % de l’eau de mer suffirait à fournir lithium et magnésium pour 50 000 ans, selon des chercheurs

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Et si le prochain eldorado minier ne se cachait ni dans les entrailles de la Terre, ni au fond des mines à ciel ouvert, mais tout simplement dans l’eau qui recouvre les deux tiers de notre planète ? L’idée peut sembler tirée d’un roman de Jules Verne, et pourtant elle occupe désormais des laboratoires bien réels. Des chercheurs américains du Pacific Northwest National Laboratory (PNNL) avancent une estimation qui donne le vertige : 0,1 % de l’eau de mer contiendrait assez de lithium et de magnésium pour couvrir les besoins de l’humanité pendant 50 000 ans, voire davantage. À l’heure où la course aux minéraux critiques s’intensifie partout dans le monde, une telle promesse ne peut laisser indifférent. Mais derrière l’annonce spectaculaire se cache un défi technologique redoutable. Plongée dans une innovation qui pourrait bien redessiner la carte des ressources mondiales.

Un trésor dissous dans les vagues : le pari fou des 50 000 ans

Le chiffre a de quoi laisser pantois. Selon une océanographe chimiste du PNNL, une simple fraction des océans — 0,1 % seulement — renfermerait suffisamment de minéraux critiques pour alimenter nos technologies pendant cinq cents siècles. Autrement dit, un réservoir si vaste qu’il paraît quasi inépuisable à l’échelle humaine. Cette abondance s’explique par un principe simple : l’eau de mer est une véritable soupe chimique dans laquelle sont dissous, en quantités infimes mais réelles, la plupart des éléments dont notre civilisation raffole.

Ce qui rend cette piste particulièrement séduisante, c’est que la composition chimique de l’eau de mer est pratiquement identique partout dans le monde. Une technologie mise au point sur une côte pourrait donc être déployée rapidement à des milliers de kilomètres de là, sans devoir tout réinventer. De quoi imaginer une source d’approvisionnement mondialement répartie, à rebours des gisements terrestres concentrés dans quelques pays.

Lithium, cobalt, terres rares : pourquoi l’océan attise toutes les convoitises

 pourquoi l'océan attise toutes les convoitises Crédit : © Chinmayee Subban/Pacific Northwest National Laboratory

Le lithium et le magnésium ne sont pas les seuls dans le viseur. Les chercheurs ciblent également le manganèse, le cobalt et les terres rares, ces éléments devenus incontournables pour l’électronique et les énergies propres. Batteries, éoliennes, panneaux solaires, smartphones : notre transition énergétique dépend directement de ces matières premières, dont la demande explose.

Cette idée n’est d’ailleurs pas totalement inédite. Durant la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis tiraient une grande partie de leur magnésium directement de la mer, avant de délaisser cette pratique au profit des importations dans les années 1990. L’histoire semble aujourd’hui bégayer, mais avec des ambitions démultipliées. Reste un obstacle de taille, souligné par les scientifiques eux-mêmes : les concentrations sont extrêmement faibles. Si le magnésium est relativement abondant, le lithium et le nickel se font, eux, beaucoup plus discrets, ce qui impose de traiter des volumes d’eau colossaux pour en extraire des quantités exploitables.

Le réacteur qui capture le magnésium : plongée dans l’innovation du PNNL

Pour saisir l’ampleur du défi, un exemple parle mieux que de longs discours. Imaginez une piscine olympique, soit environ 2,3 millions de litres d’eau de mer. Elle contient à peu près 2 980 kg de magnésium, mais seulement 0,42 kg de lithium et un dérisoire 0,00095 kg de nickel. Autant dire des aiguilles dans une immense botte de foin liquide.

Pour relever ce défi, le PNNL a développé un dispositif ingénieux : un réacteur à co-écoulement. Le principe consiste à mettre l’eau de mer en contact continu avec de l’hydroxyde de sodium, ce qui permet de produire de l’hydroxyde de magnésium de haute pureté tout en supprimant certaines étapes de traitement chimique habituellement nécessaires. Résultat : un procédé plus direct, plus efficace. Autre atout majeur, ce système est modulaire. Il peut être installé à proximité des usines de dessalement déjà existantes, mutualisant ainsi les infrastructures plutôt que d’en construire de nouvelles de toutes pièces.

Du laboratoire à l’usine : les défis d’une révolution en eaux troubles

Sur le papier, les perspectives donnent le tournis. Couplé à l’usine de dessalement de Carlsbad, en Californie, ce système pourrait produire jusqu’à 524 000 kg d’hydroxyde de magnésium par jour. De quoi entrevoir une production industrielle massive, adossée à des installations déjà opérationnelles.

Mais entre l’annonce et l’exploitation à grande échelle, le chemin reste semé d’embûches. La faiblesse des concentrations demeure le nerf de la guerre : capter des minéraux aussi rares que le lithium ou le nickel suppose de faire circuler des quantités d’eau proprement gigantesques. Le magnésium, plus généreux, pourrait ouvrir la voie, mais les éléments les plus stratégiques resteront difficiles à récolter dans des proportions rentables. La modularité du procédé et son couplage avec le dessalement laissent toutefois espérer un déploiement progressif, étape par étape.

Alors, l’océan deviendra-t-il la plus grande mine de la planète ? Le potentiel est indéniablement colossal, et l’idée d’un réservoir capable de nous approvisionner pendant des dizaines de milliers d’années a de quoi séduire à l’heure des tensions sur les ressources. Mais la promesse des 50 000 ans ne se concrétisera qu’à condition de dompter la chimie capricieuse de l’eau salée. Reste une question ouverte : sommes-nous à l’aube d’une nouvelle ère minière, ou face à un mirage scintillant à la surface des vagues ?

Brice L.

Rédigé par Brice L.

Brice est un journaliste passionné de sciences. Il collabore avec Sciencepost depuis plus d'une décennie, partageant avec vous les nouvelles découvertes et les dossiers les plus intéressants.

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