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Voici la stupéfiante découverte faite par des chercheurs dans des latrines romaines vieilles de 1 800 ans

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Loin des batailles et des stratégies militaires, la santé quotidienne des soldats romains demeure un angle mort de l'histoire antique. Une étude publiée dans la revue Parasitology par des chercheurs des universités de Cambridge, de Colombie-Britannique et d'Oxford révèle une réalité sanitaire préoccupante au fort de Vindolanda, situé au sud du mur d'Hadrien, en Grande-Bretagne romaine.

En analysant les sédiments du système d'évacuation des latrines du IIIe siècle, l'équipe a mis en évidence des parasites intestinaux transmissibles par l'eau ou les aliments contaminés.

Une fouille au cœur des égouts

Les chercheurs ont étudié 58 échantillons de sédiments prélevés dans le principal drain de latrines du fort. La structure jouxtait un complexe thermal bien documenté, alimenté par un aqueduc, et reposait sur un sol sujet aux remontées d'eau, ce qui rendait le drainage indispensable.

Ascaris est un ver parasite de l'intestin. © Christoph Burgstedt, Adobe Stock

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Les prélèvements, effectués sur toute la longueur du drain, ont été soumis à des analyses microscopiques pour détecter des œufs d'helminthes, autrement dit de vers intestinaux, ainsi qu'à un test immunologique destiné à repérer d'éventuels protozoaires. Une méthode qui a permis de concentrer les matières organiques de sédiments parfois vieux de plus de 1 800 ans.

Malgré le génie romain et la sophistication des infrastructures romaines, cela n'a pas suffi à protéger efficacement la population des dangers sanitaires liés à l’eau et aux déchets. © Peter Unger, iStock

Trois parasites, un même coupable

Le verdict est sans appel. Les scientifiques ont identifié deux types de vers : Ascaris, des vers ronds, présents dans 22 % des échantillons, et Trichuris, les trichures, dans 4 % des cas. Un seul échantillon contenait les deux espèces simultanément. Un test positif a par ailleurs révélé la présence de Giardia duodenalis, un protozoaire transmissible par l'eau contaminée, et il s'agit de la première détection archéologique confirmée de ce parasite en Grande-Bretagne.

Ces trois parasites partagent un point commun décisif : leur mode de transmission fécale-orale. Les œufs ou kystes présents dans les excréments d'individus infectés contaminent l'eau potable, les aliments ou les surfaces, avant d'infecter d'autres personnes. Dans la promiscuité d'un fort militaire actif, cette voie favorise la persistance des infections.

Des vers redoutablement prolifiques

Ascaris lumbricoides est un parasite humain classique. La femelle peut pondre jusqu'à 200 000 œufs par jour, qui restent infectieux plusieurs années dans le sol. Une fois ingérés, ils éclosent dans l'intestin grêle et provoquent douleurs abdominales, troubles digestifs et parfois des complications plus graves si les vers migrent vers d'autres organes.

Trichuris trichiura, responsable de la trichocéphalose, se montre moins prolifique avec environ 18 000 œufs quotidiens, mais engendre une pathologie généralement chronique : fatigue, anémie et retards de croissance chez les enfants. Quant à Giardia duodenalis, sa présence signe une contamination hydrique, probablement via les sources naturelles alimentant le fort. La giardiose qu'il provoque se traduit par diarrhées et ballonnements, et peut devenir chronique sans traitement.

Une garnison qui était aussi une communauté

Vindolanda n'abritait pas que des soldats. Chaussures d'enfants, bijoux féminins et ustensiles domestiques attestent la présence d'une communauté mixte, mêlant femmes, enfants et civils. Les soldats romains n'étaient certes pas légalement autorisés à se marier, mais dans les faits, des familles vivaient bien sur place, comme le confirment les célèbres tablettes de bois retrouvées sur le site, évoquant livraisons de nourriture, vêtements et lettres entre proches.

Les plus vulnérables étaient les plus jeunes. Selon Piers Mitchell, spécialiste de paléoparasitologie à Cambridge, une infection chronique par l'un de ces parasites peut entraîner une déshydratation aiguë, des retards de croissance et un affaiblissement cognitif durable. Si les taux d'infection précis restent inconnus, les concentrations observées, jusqu'à 787 œufs de trichures par gramme dans certains échantillons, suggèrent une prévalence importante. Les chercheurs estiment que 10 à 40 % des individus de l'Empire romain étaient porteurs de vers intestinaux.

Un cas emblématique de tout un empire

Vindolanda s'inscrit dans un schéma plus large. À Carnuntum en Autriche, Viminacium en Serbie ou Bearsden en Écosse, les analyses révèlent systématiquement la présence d'Ascaris et de Trichuris, mais peu ou pas de parasites plus complexes comme les ténias. Cette homogénéité laisse penser que les conditions de vie dans les camps militaires favorisaient certaines transmissions plus que d'autres.

Aucun parasite d'origine animale n'a été retrouvé sur le site, ce qui suggère une contamination essentiellement humaine, malgré la présence avérée de porcs. Les scientifiques ne peuvent toutefois exclure une origine porcine pour certains œufs, les espèces humaines et animales étant morphologiquement quasi identiques.

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L'intérêt de Vindolanda tient enfin à la qualité exceptionnelle de conservation de ses sédiments, qui permet de lire finement les variations de contamination sur plusieurs siècles. Les écarts de concentration entre le drain du IIIe siècle et les fossés du Ier témoignent d'une persistance des parasites dans le temps, malgré l'évolution des infrastructures.

La méthode d'échantillonnage sur toute la longueur du drain ouvre d'ailleurs de nouvelles perspectives : elle facilite la détection des traces biologiques anciennes et éclaire la façon dont les eaux usées circulaient réellement dans les installations romaines, et donc dont les pathogènes s'y accumulaient.

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