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Dans un pays où le tourisme pèse désormais autant que l’industrie dans notre PIB, les Français sillonnent nos régions, à la faveur d’une «perte de centralité du travail». Pour Le Figaro TV, le directeur du pôle Opinion à l’Ifop décrit la mutation du paysage français à l’œuvre, accélérée par une hausse du temps libre disponible.
«Pas touche à nos jours fériés», entendait-on à l’envi alors que François Bayrou suggérait de supprimer le lundi de Pâques et le 8 mai. Le Premier ministre d’alors en a peut-être fait les frais, s’attirant l’ire de 84% des Français, tandis que d’autres, plus opportunistes, ont su en profiter. «Depuis plusieurs années, le voyagiste WeRoad placarde sur les quais du métro parisien des conseils pour optimiser les ponts potentiels. En posant seulement 5 jours en 2025, vous obteniez par exemple 32 jours de vacances», relève Jérôme Fourquet. Une «perte de centralité du travail nette» qui n’a de cesse de nourrir en parallèle «tout un imaginaire touristique et récréatif» plus que prégnant sur les mentalités françaises.
«Si les Français ont du temps pour sillonner les différentes régions françaises, c’est aussi parce qu’ils passent moins de temps - collectivement - au travail que par le passé», résume l’auteur de Métamorphoses françaises (éd. du Seuil). Courbe du volume d’heures travaillées par an à l’appui, Jérôme Fourquet fait remarquer qu’en «travaillant aujourd’hui 225 heures par an de moins que dans les années 1990, chaque Français a gagné en une génération l’équivalent de six semaines de congés».
Les Français qui peuvent se le permettre ont décidé d’aller s’installer dans les endroits où, historiquement, ils partaient en vacances.
Jérôme Fourquet dans «La France de Fourquet» (Le Figaro TV)Depuis les confinements, la ruée vers le «nouveau croissant fertile» ?
À l’aune d’un temps libre accru et du télétravail devenu incontournable pour nombre d’entreprises tertiarisées, «les Français qui peuvent se le permettre sont allés s’installer là où ils partaient avant en vacances», observe le sondeur. Se dessinent nettement une «ruée vers la mer et le soleil», sorte de «nouveau croissant fertile» de Saint-Malo à Biarritz remontant ensuite vers la vallée du Rhône jusqu’à la frontière suisse, ainsi qu’une poursuite de la périurbanisation, en raison de la poussée des prix de l’immobilier dans les métropoles. Dit plus succinctement : les urbains s’éloignent de leur lieu de travail pour gagner en surface.
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Les capacités d’hébergement à l’état latent - le parc de résidences secondaires dites «dormantes» - permettent à Airbnb de mailler la quasi-totalité du paysage français, à tel point que «la France est devenue le deuxième marché mondial après les États-Unis» pour la plateforme, pourtant installée dans le pays depuis 2013 seulement. Il apparaît nettement sur la carte réalisée par Jérôme Fourquet et Sylvain Manternach que les Alpes constituent la zone la plus dense en Airbnb, là où 78,9% des logements à plus de 2000 mètres d’altitude sont des résidences secondaires. Le théoricien de «l’archipellisation de la France» ne manque pas de rappeler un slogan de la CFDT à la fin des Trente Glorieuses : «Vivre et travailler au pays», déclinable, cinquante ans plus tard, en «Vivre et travailler au pays des vacances».
Ryanair à Carcassonne, le bouleversement silencieux
Les compagnies low-cost ont bouleversé les destinations touristiques à l’étranger pour les Français mais aussi en France pour les étrangers. Depuis l’aéroport de Nantes, il est possible de partir à peu près partout en Europe tandis qu’un acteur comme Ryanair participe, lui, «directement à la géographie française», selon Jérôme Fourquet. La compagnie dessert très largement le Sud-Ouest et le prix de l’immobilier y a nettement augmenté «parce que vous faites venir, entre autres, des touristes anglo-saxons qui viennent ensuite investir», prolonge le directeur du pôle Opinion à l’Ifop. Évoquant les «hubs» choisis par Ryanair, Michel Houellebecq, dans La Carte et le Territoire (éd. Flammarion, 2010), n’écrivait pas autre chose : «Pour la France, les deux aéroports retenus étaient Beauvais et Carcassonne. S’agissait-il de deux destinations particulièrement touristiques ? Ou devenaient-elles touristiques du simple fait que Ryanair les avait choisies ?».
La France, «pays des vacances», permet à tout le territoire - ou presque - de bénéficier de la manne touristique. Au regard du nombre de nuitées réservées par semaine, des villes comme Le Mans à l’occasion des grands prix automobiles, ou Angoulême avec son festival de bande dessinée, dépendent sans conteste du tourisme local. La préfecture de Charente quadruple le nombre de nuitées réservées pendant la grand-messe de la BD, tandis que Le Mans le quintuple à l’occasion des 24 heures éponymes.


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