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ENTRETIEN - La comédienne incarne l’héroïne de l’œuvre de Stendhal, adaptée pour France 2 par Georges-Marc Benamou, avec Victor Belmondo et Camille Razat.
Égérie du cinéma d’auteur, Virginie Ledoyen a tourné pour Assayas, Chabrol, Jacquot, Ozon, Mouret, Guédiguian, Corsini, Donzelli... Sans jamais snober le petit écran. Après une quinzaine de séries (Les Misérables, Juste un regard, Nona et ses filles...) et une dizaine de téléfilms (La Vie de Marianne, Mélancolie ouvrière, Diane de Poitiers...), elle incarne une Madame de Rênal qui succombe avec un enthousiasme juvénile aux charmes de Julien Sorel - Victor Belmondo, dans Le Rouge et le Noir , minisérie disponible sur France.tv, et diffusée en linéaire le 31 août sur France 2.
LE FIGARO TV MAGAZINE. - Qu’est-ce qui vous a plu dans ce projet ?
Virginie LEDOYEN. - C’est un roman que j’aime beaucoup et surtout qui m’a marquée adolescente. C’est un classique qu’on lit à l’école mais, coup de chance, je l’ai adoré. C’est aussi un livre social, avec l’ascension de ce jeune homme, et le comble du romantisme, l’amour jusqu’à la déraison. Jusqu’à en mourir.
Vous reconnaissiez-vous dans ce romantisme ?
Je ne sais pas si je me reconnaissais mais je le trouvais absolu et beau. Il m’interpellait, m’interrogeait, m’émouvait. Je ne cherche pas une identification à tout prix. Mais c’est amusant, à l’époque, de par mon âge, j’aurais pu me sentir plus proche de Mathilde de la Môle mais je trouvais que Madame de Rênal était carrément la quintessence de la passion qui vous déborde tellement que l’on ne sait plus quoi en faire.
Votre vision de Madame de Rênal a-t-elle évolué avec l’âge ?
Oui forcément. Petite, je voyais juste une bigote alors qu’elle est beaucoup plus complexe. J’ai compris que, comme parfois pour les gens trop bridés, quand ça lâche, il y a une espèce d’hystérie. J’aimais que l’on aille vers ça et non la petite chose qui subit cet adultère et veut mourir chaque matin. Au contraire, elle a encore envie de le vivre. Elle n’est pas victime de la situation, elle en est aussi l’initiatrice. Du jour où elle découvre la passion, le plaisir charnel, cette légèreté qu’elle n’a jamais vécu car elle n’avait pas choisi son époux, ça lui plaît. Elle est juvénile dans sa façon de tomber amoureuse de lui. C’est tout, tout de suite, pour toujours. Elle meurt d’amour.
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Qu’a-t-il d’aimable au-delà de son physique ce personnage plutôt insolent, voire arrogant ?
Il est certes arrogant et insolent mais il a de l’ambition, il sait ce qu’il veut être, vivre. Il ne se cache pas de ses désirs. C’était assez singulier pour l’époque.
Quels ont été les partis pris d’adaptation ?
Georges-Marc Benamou a fait une adaptation détonante, tout est dit, il y a du corps, des résonances avec aujourd’hui. Le jusqu’au-boutisme, l’ambition, la fougue, l’aspect social avec la lutte des classes notamment. Ce jeune homme qui veut s’élever, ne pas subir sa condition, s’attache à être libre, ça me parle. Gaël Morel, le réalisateur, sait précisément ce qu’il fait, ce qu’il veut raconter. Il est clair, doux, ne rentre pas dans la psychologie. C’est subtil. Sa direction, c’est d’avoir échangé en amont sur ce que raconte pour lui le film et de s’assurer que l’on est en phase. Il aime la sobriété, l’épure. Tout en offrant quelque chose de viscéral, moderne, enlevé. Il a avant tout un rapport organique à ce qu’il fait.
Comment vous êtes-vous préparée au rôle ?
En parlant avec Gaël justement. Il n’avait pas envie d’une reproduction, d’une reconstitution fidèle. Il souhaitait amener de la fraîcheur, de la simplicité. J’ai relu le livre mais pas revu le film. Le costume raconte un personnage. Le costume fait le moine. Madame de Rênal est une femme corsetée au sens propre comme au figuré. Et soudain le corset éclate. Ça raconte une époque, un maintien, une retenue. Ça induit fatalement un rapport physique au monde. Cela pouvait générer des étourdissements. On maintenait les femmes dans une condition de fragilité. Quant au langage, il ne fallait pas mettre d’emphase.
Vous êtes venue à la télévision assez tôt, il n’y a jamais eu de snobisme de votre part !
Ma première fiction pour le petit écran, c’était Les Misérables, déjà une adaptation, avec un casting incroyable. À chaque fois, j’ai joué dans des œuvres singulières. Comme Mélancolie ouvrière. Je ne me dis pas c’est de la télé ou du cinéma. Gérard Mordillat était un cinéaste. Un rôle reste un rôle.
Et y a-t-il des rôles dont vous rêvez ?
Je n’avais pas imaginé jouer Louise de Rênal mais je ne fonctionne pas en termes de : «J’adorerais jouer tel personnage». Le réalisateur, le film restent les moteurs du désir. Je viens de finir un unitaire pour France Télévisions, Harceleurs, sur le harcèlement scolaire du point de vue de la mère d’un harceleur, c’est un angle intéressant.


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