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Victoire amère pour la Couronne, qui n’a pu prouver hors de tout doute la culpabilité d’Irfan Khan, accusé du meurtre prémédité de son épouse, en 2023, à Toronto. Le juge l’a plutôt reconnu coupable, lundi, du meurtre non prémédité. C’est une défaite pour la défense, dont le client avait tenté, en vain, de plaider coupable d’une accusation d’homicide involontaire relativement à la mort de Saima Khalid.
Le procès avait permis d’apprendre au printemps que Saima Khalid a été poignardée à mort dans l’appartement du couple à Scarborough l’avant-midi du 10 mars 2023.
AVERTISSEMENT : cet article pourrait choquer la sensibilité de certains lecteurs.
La femme de 50 ans était mère de trois enfants, dont deux vivaient toujours avec leurs parents.
Meurtre filmé sur cellulaire
L’altercation verbale, puis l’agression physique, en anglais et en ourdou, ont été enregistrées sur le téléphone de l’accusé de 54 ans d’origine pakistanaise.
On y entend Irfan Khan accuser sa femme d’avoir changé le mot de passe pour accéder à leur compte bancaire conjoint et de lui voler son argent.
Mme Khalid nie les accusations de son mari et répond qu’il s’agit plutôt de son argent et de son compte. Elle lui indique qu’elle envisage d’appeler la police pour le dénoncer pour fraude à l’assistance sociale de l’Ontario.
Tu me menaces, entend-on dire M. Khan. Comment pourrais-je te menacer?, lui répond Mme Khalid, qui l’informe qu’elle est en train de l’enregistrer. M. Khan réplique qu’il en fait de même.

Irfan Khan et son épouse, Saima Khalid, vivaient avec deux de leurs trois enfants dans cet immeuble à appartements de Scarborough, dont l’entrée est ceinturée d’un cordon de sécurité de la police. (Photo d’archives)
Photo : Radio-Canada / Sue Goodspeed
Mme Khalid lui demande de la laisser prendre son petit-déjeuner en paix. On entend alors la femme dire à son mari qu’elle est en congé de maladie pour stress à cause de lui.
Ne t’approche pas de moi, s’il te plaît, s’exclame-t-elle dans la vidéo dont le juge reprend les paroles mot pour mot dans son jugement.
Irfan Khan lui ordonne alors de changer le mot de passe, ce qu’elle refuse de faire. À ce moment-là, il la repousse tandis que Khalid pousse un cri strident.
On entend ensuite M. Khan hurler en ourdou des jurons et des menaces de mort. Selon les notes du traducteur, il dit : Je vais te tuer, je vais te battre aujourd’hui.
On entend ensuite Mme Khalid hurler en anglais : Laisse-moi partir. M. Khan répond par d’autres jurons avant de dire : Je ne te laisserai pas partir, je vais te tuer, tandis que l’on entend des cris inaudibles du couple.
On entend M. Khan sangloter et dire en ourdou : Mon Dieu, mon Dieu, je vais te tuer. Mme Khalid répond en ourdou : Ne fais pas ça. Prends ça. On entend alors M. Khan dire en ourdou : Non… tu as gâché ma vie.

Le procès avait indiqué qu’Irfan Khan avait appelé le 911 après être sorti de chez lui pendant au moins deux heures. (Photo d’archives)
Photo : iStock
Le procès avait montré que l’accusé avait alors quitté l’appartement et qu’il y était revenu plusieurs heures plus tard avant le retour de l’école de deux de ses enfants.
Il a alors composé le 911 pour confesser qu’il a poignardé sa femme en expliquant qu’il se disputait souvent avec elle et qu’ils étaient en instance de divorce.
L’opératrice lui demande d’administrer la réanimation cardio-pulmonaire en attendant que les secours arrivent, mais l’individu lui répond qu’il n’y a plus rien à faire.
Les ambulanciers trouveront la femme inanimée dans une marre de sang sur le plancher de la cuisine.
L’autopsie révèlera que la victime a été atteinte d’une soixantaine de coups de couteau, dont trois dans des endroits vulnérables du corps, comme la nuque, le thorax et l’abdomen qui regroupent les organes vitaux.
Meurtre prémédité ou non?
Le juge Peter Bawden, de la Cour supérieure de l’Ontario, affirme que la Couronne n’a pas réussi à prouver hors de tout doute raisonnable que l’accusé avait confiné sa femme en l’empêchant de sortir de la cuisine avant de la tuer, l’une des conditions pour la préméditation selon le Code criminel.
Il explique qu’il manque beaucoup d’informations sur le passé du couple pour comprendre le contexte dans lequel l’attaque mortelle s’est produite.
On ne sait pas si Mme Khalid avait peur de son mari et rien ne prouve qu’elle souhaitait quitter l’appartement même si elle avait la clef de leur appartement dans sa main, parce qu’elle était notamment déchaussée, dit-il
Le magistrat confirme en revanche que Irfan Khan avait bien l’intention de tuer sa femme ce jour-là, malgré les contradictions dans les traductions des transcriptions de la confrontation en ourdou.

Le procès sans jury d’Irfan Khan a eu lieu en avril 2026 au palais de justice de Toronto. (Photo d’archives)
Photo : Radio-Canada / Delphine Jung
Le traducteur avait précisé que l’expression maar doomga signifie en ourdou je vais te tuer.
Il écrit néanmoins à l’attention de la Cour que des personnes l’utilisent parfois simplement pour dire "je vais t’avoir", mais ce n’est pas le sens littéral de l’expression et que la traduction reflète strictement ce qui a été dit, sans en déduire l’intention réelle.
Le juge explique que les paroles d’Irfan Khan durant l’attaque et le nombre de coups portés à la victime prouvent premièrement l’intention meurtrière de l’accusé.
Il ajoute que l’accusé savait au moment de son appel au 911 que son épouse était morte et qu’il avait admis qu’il venait de la tuer.
Irfan Khan était sobre, rationnel, avant et après l’attaque, il était enragé, mais rien ne prouve qu’il était malade mentalement, dit-il.

Le juge Bawden a conclu que le meurtre de Saima Khalid en 2023 était un meurtre au second degré et non au premier degré, comme l’avançait la Couronne au procès d’Irfan Khan. (Photo d’archives)
Photo : Radio-Canada / Camile Gauthier
La défense avait suggéré que son client était perturbé mentalement ce jour-là, que sa femme l’avait provoqué et que certaines blessures à ses mains montrent qu’il s’était défendu contre sa femme.
Elle avait en outre rejeté l’idée que la victime ait été séquestrée dans la cuisine.
La défense avait aussi insinué que la victime n’était pas morte sur le coup, mais bien après le départ de son mari, ce qui prouvait, selon elle, que son client n’avait aucune intention meurtrière.
Elle avait d’ailleurs privilégié la traduction je vais t’avoir dans le sens de lui faire mal.
Le magistrat explique néanmoins que c’est la victime qui s’est plutôt défendue contre un usage de la force qui correspond à la gravité des blessures.
En aucun cas, on n’entend dans l’enregistrement l’accusé exprimer des remords, il a plutôt agi sous le coup des reproches et de la colère, poursuit-il.
Le juge mentionne que la vidéo démontre que l’accusé avait les mains vides au moment où il a poussé sa femme, ce qui signifie qu’il s’est emparé d’un couteau par la suite.
Il doute que Irfan Khan ait été provoqué par son épouse, parce que le couple se disputait souvent, que l’accusé a peut-être même anticipé la confrontation et qu’il a filmé l’altercation au sujet de leur compte bancaire.
Mme Khalid ne l’a pas menacé, puisqu’elle lui demandait de la laisser tranquille dans la cuisine, rappelle le magistrat qui rejette l’idée de légitime défense de l’accusé.
M. Khan, bien qu’enragé, contrôlait sa colère puisqu’il continuait à parler à sa victime de façon cohérente en la poignardant, conclut-il.
L’audience sur la détermination de la peine a été fixée au 27 novembre prochain.


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