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Les États-Unis et le Venezuela ont conclu une entente visant à relancer l'industrie pétrolière vénézuélienne. Pour l’Alberta, principal fournisseur de pétrole lourd des États-Unis, l'annonce s'ajoute aux incertitudes économiques actuelles. Dans les faits, toutefois, les répercussions concrètes sur la province ne se feront pas sentir de sitôt.
L’Alberta est le plus grand exportateur de pétrole lourd vers les États-Unis. Chaque jour, la province achemine environ 4,5 millions de barils de pétrole brut vers nos voisins du sud. À l'heure actuelle, les Américains demeurent très dépendants du pétrole albertain, rappelle l’économiste en chef des caisses populaires Servus, Charles St-Arnaud. Environ 70 % de l'approvisionnement des raffineries du Midwest viennent de l’Alberta.
L’annonce d'un éventuel réapprovisionnement en provenance du Venezuela a toutefois de quoi se faire remarquer par l’industrie. En effet, de par son type de pétrole, un brut lourd et sulfureux, le Venezuela est un concurrent direct de l’Alberta.
Les raffineries du Midwest ont été spécialement conçues pour traiter ce type de pétrole et le transformer en carburant.
Très peu d'alternatives au Canada sont disponibles pour les États-Unis depuis le déclin de l'industrie pétrolière vénézuélienne, amorcé lors de l'arrivée au pouvoir d’Hugo Chávez, en 1999.
À l'heure actuelle, le Venezuela n'exporte qu'environ 1 million de barils de pétrole par jour.
Ce qu’on sait de cette entente, c’est qu’on ne sait pas grand-chose, soutient l’ancien sous-ministre de l’Énergie de l’Alberta, Grant Sprague. Si je comprends bien ce que je lis dans les médias, les États-Unis veulent exploiter un tout nouveau gisement. Si c’est le cas, cela signifie qu’il n’y a aucune infrastructure existante, et donc des investissements majeurs à prévoir.
Pas d'impact attendu à court terme
Dans les faits, il est très peu probable que les États-Unis puissent se passer du pétrole albertain à court terme, s’entendent les experts.
Des études menées en janvier dernier, après l’arrestation de Nicolas Maduro, révèlent qu' il faudrait des investissements de l'ordre de 180 milliards de dollars pour remettre sur pied les équipements et l'ensemble de l'infrastructure nécessaire à l’extraction pétrolière vénézuélienne.
Selon Charles St-Arnaud, un autre obstacle majeur persiste : les États-Unis n’ont plus les infrastructures nécessaires à l'importation en provenance du Vénézuela. Il faudrait des investissements pour inverser le flux de pétrole dans les oléoducs qui relient le Golf du Mexique aux raffineries du MidWest.
Le prix du baril de pétrole aura aussi un effet sur l’avenir, explique le chercheur en énergie Yvan Cliche, du CÉRİUM, à l'Université de Montréal. Si le prix du baril n'est pas au rendez-vous, les opérateurs privés ne réaliseront pas les travaux nécessaires à l'extraction. Ce qu'il sera intéressant de surveiller d'ici 2027, c'est à quel prix le baril rendra rentable l'extraction du pétrole vénézuélien.
De son côté, la première ministre Danielle Smith est actuellement en visite aux États-Unis, notamment pour y rencontrer des dirigeants américains afin de renforcer les liens économiques entre nos deux pays, en pleine période de tensions tarifaires.
Son attaché de presse, Sam Blackett, a déclaré par écrit : Détenant les quatrièmes plus grandes réserves de pétrole prouvées au monde, l'Alberta demeure le fournisseur d'énergie le plus fiable, sécuritaire et abordable de la planète.
C’est peut-être davantage un avertissement de la part de Donald Trump envers le Canada, avance Charles St-Arnaud. Mais dans les faits, est-ce que les investisseurs [américains] sont prêts à engager autant de capitaux alors qu’ils disposent déjà d'un fournisseur accessible et fiable?
Un argument pour plus de pipelines
Cet accord entre Donald Trump et la présidente par intérim du Venezuela, Delcy Rodríguez, réaffirme l'importance pour le Canada d'accélérer le développement d'oléoducs dans toutes les directions afin de diversifier nos marchés d'exportation, a déclaré le cabinet de Danielle Smith.
L'ancien sous-ministre Sprague abonde dans le même sens. Si j'étais encore en poste au ministère de l’Énergie, je ne qualifierais pas cette concurrence de menace urgente. Je dirais plutôt qu'il faut continuer d'être un fournisseur fiable.
Le message est clair : les États-Unis cherchent à diversifier leurs sources d'approvisionnement, et c'est correct, parce que de notre côté, nous pensons à diversifier nos propres exportations.
Cette annonce semble donner de nouvelles munitions aux partisans d'un nouvel oléoduc en Alberta, remarque Yvan Cliche. On pourrait perdre des parts de marché à long terme du côté américain, mais cette perte pourrait être compensée par l’ouverture de nouveaux marchés en Asie.
Cependant, l’accord envisagé entre Ottawa et l’Alberta pour un nouvel oléoduc vers l’Ouest permettrait l’exportation de seulement 1 million de barils par jour, rappelle Charles St-Arnaud. Il faudrait quatre oléoducs comme celui-là pour combler la perte complète des clients américains.
Du côté des principaux intéressés, l’Alliance des sables bitumineux, qui représente les cinq plus grands producteurs de pétrole au Canada, malgré nos questions, l’organisation s'est limitée à transmettre une déclaration écrite.
Grâce à la signature récente du protocole d'entente, le Canada détient une formidable occasion de faire progresser son industrie énergétique. Nous devons prendre des mesures pour stimuler l'investissement, obtenir de meilleurs prix pour nos produits et veiller à établir des cadres fiscaux et réglementaires qui préservent la compétitivité du Canada sur la scène mondiale, explique l'alliance.


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