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L’homme qui avait causé la mort d’une femme paralysée de 86 ans, à Mantes-la-Ville (Yvelines), dans un incendie en 2023, sera jugé à partir du 4 septembre 2026. Son mari témoigne.
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Par David Goudey Publié le 31 août 2026 à 5h16
Bernard Colney (87 ans) attend ce moment depuis trois ans, non sans fébrilité et appréhension à mesure que l’échéance se rapproche, comme il a pu le confier à 78actu il y a quelques jours. À compter du vendredi 4 septembre 2026, à Versailles, la cour d’assises des Yvelines jugera l’homme qui a fait basculer sa vie.
Cet homme à qui il avait tendu la main, tant donné et pardonné, qu’il considérait même « comme un fils », et qui a fini par tout lui prendre. Sa maison, son cabinet dentaire et, surtout, son épouse Joséphine (86 ans). En un claquement de doigts. Pour 20 €…
Une colère meurtrière
C’était le 30 août 2023 au matin, route de Houdan, à Mantes-la-Ville. Gorgé de colère, après une violente dispute avec son bienfaiteur, son refus de lui donner un billet de plus pour assouvir son addiction au cannabis – « J’ai refusé de le droguer à mes frais », nous avait dit Bernard Colney à l’époque – et avoir été mis à la porte, Victor P. a commis l’irréparable.
Le ressortissant roumain, alors âgé de 44 ans, a mis le feu à la pièce où il était hébergé depuis le mois de décembre 2022, avant de quitter les lieux avec sa valise plein de fureur. Depuis la rue, il continuera à invectiver, insulter et menacer Bernard Colney, avant d’appeler lui-même les pompiers, puis de disparaître.
« C’est un assassinat »
Quand Bernard Colney s’en aperçoit, il est déjà trop tard. Trop tard pour étouffer le brasier et empêcher la propagation des flammes à toute l’habitation, dont il devait devenir le propriétaire. Trop tard, surtout, malgré ses vaines tentatives, au mépris du danger, pour sauver celle qui partageait sa vie depuis cinquante ans. Joséphine avait perdu l’usage de ses jambes et d’un bras après une opération du dos en juin 2021. Alitée, elle s’est retrouvée prise au piège.
Victor P., placé en détention provisoire, devra répondre devant la cour d’assises de « destruction du bien d’autrui par un moyen dangereux ayant entraîné la mort ». Les débats dureront trois jours et s’achèveront le mardi 8 septembre 2026. Bernard Colney, assistée par Me Sarah Valduriez, entend, lui, voir le crime requalifié en « homicide volontaire » et « la préméditation » retenue.
« C’est un assassinat ! Il avait déjà essayé de mettre le feu trois semaines auparavant. Le matin du drame, il avait déclaré à Joséphine qu’il voulait me tuer, mais c’est elle qui est morte… »

L’hommage à Joséphine
Le dentiste avait installé son cabinet à Mantes-la-Ville en 1998. La vie du couple avait basculé deux ans avant la tragédie du 30 août 2023. Joséphine, après « être restée huit mois dans un Ehpad » des Hauts-de-Seine, vivait depuis le courant de l’année 2022 avec Bernard Colney route de Houdan, « ce qui me permettait d’aller la voir régulièrement dans la journée ».
Face à la cour d’assises, l’octogénaire entend bien rendre hommage à l’amour de sa vie. Ils s’étaient rencontrés au début des années 1970. « Elle était infirmière à l’hôpital Bichat (Paris XVIIIe). Elle accompagnait et aidait les malades, de jour comme de nuit, avec dévotion. C’est ce trait de caractère qui m’a séduit », se souvient avec émotion Bernard Colney.
« On a ensuite déménagé en Polynésie. Avec Joséphine, on faisait le tour des îles en avion (le dentiste a appris à piloter sur place – N.D.L.R.) pour soigner des gens. On a aussi participé à des évacuations sanitaires. Nous avons passé là-bas environ deux décennies. On y a fait du bien aux gens. »

Le dentiste soutenait l’accusé depuis une quinzaine d’années
Bernard Colney avait croisé la route de Victor P. pour la première fois au tournant des années 2010. « Il était SDF et dormait avec un ami dans le local poubelle de l’immeuble où j’ai mon appartement, rue Boucry (Paris XVIIIe). Je lui avais prêté une chambre de bonne boulevard Magenta (Paris Xe) et je l’avais aidé à trouver un boulot de plâtrier. Un travail qu’il a gardé peu de temps, par sa faute. »
À Mantes-la-Ville, en échange du gîte, du couvert et d’une vingtaine d’euros par jour, le Roumain aidait le couple Colney. « Pas grand-chose, assure le dentiste. Il apportait le café à Joséphine, allait faire deux-trois courses, rien de plus. »
« Il a peur qu’on lui reproche des choses »
Le veuf, qui passe sa vie entre Paris et le Mantois depuis les faits, aborde le procès « avec un peu la trouille », ne cache-t-il pas. « Il a peur d’être tenu pour responsable de tout ce qui s’est passé, qu’on lui reproche des choses », décrypte Janeta, son amie, qui l’a beaucoup entouré depuis la tragédie de l’été 2023 et l’accompagne encore. « Ils n’ont pas eu d’enfant avec Joséphine, il n’a plus de famille », ajoute-t-elle.
Bernard Colney, en tout cas, n’attend rien de ce « fils » devenu son bourreau et celui de son épouse. « Lors de la confrontation, il ne s’est pas excusé. Je n’espère rien de lui, appuie l’octogénaire, dont la vie est un roman. Son geste est injustifiable. Je n’ai pas d’esprit de vengeance, mais je veux une peine de prison incompréhensible. »
Un procès… et une tribune
Le dentiste, qui a cessé toute activité aujourd’hui, entend faire aussi de ce procès une tribune. Un message en forme de coup de gueule contre « le scandale des erreurs médicales, l’inaction face aux narcotrafics et la défaillance de la France dans la prise en charge des immigrés ».
Car pour lui, c’est la conjonction de ces trois plaies, « des sujets d’actualité », qui ont abouti à la tragédie de l’été 2026. « Il y a 30 000 décès et au moins 150 000 handicaps par an liés aux accidents médicaux », souligne d’abord Bernard Colney, en référence à l’ouvrage sur la question de Marc Tadié (publié en 2026), ancien chef de service en neurochirurgie et expert judiciaire depuis près de vingt-cinq ans.
« Si l’opération de Joséphine n’avait pas été ratée, si Victor, qui avait un bon fond, avait été mieux accompagné et que la France s’était donné les moyens de gérer le problème de la drogue, tout ça ne serait peut-être jamais arrivé… Nous ne pouvons pas laisser la France abandonnée aux narcotrafiquants, ni à une médecine de bas étage, où des interventions chirurgicales sont des aléas thérapeutiques. »
Comment surmonter l’insurmontable ?
Comment surmonter l’insurmontable ? Bernard Colney est sur ce chemin. Pour en parler, il ne dit qu’un seul mot : « Résilience ». Un concept qu’il a fait sien à travers ses lectures du neuropsychiatre et psychanalyste Boris Cyrulnik ou de Simone Veil, mais aussi en se souvenant de ces femmes, elles aussi rescapées des camps de la mort pendant la Seconde Guerre mondiale, « tatouées, ça marque », dont il a soigné les dents lorsqu’il était associé « avec un ami juif ».
Et après ? Après le procès ? « Je ne sais pas, lâche-t-il, désarmé. Peut-être m’occuper de mes amis, eux qui s’occupent tant de moi depuis trois ans… » Il y aura aussi, peut-être, un livre, d’ailleurs déjà écrit, sur sa vie. Son titre : Pour Joséphine…
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