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Par Bertrand Dumarché Publié le 2 sept. 2026 à 18h12
Des agriculteurs toujours bien ancrés dans les conseils municipaux
Les élections municipales de mars 2026 n’ont pas fait disparaître les agriculteurs des conseils municipaux bretons. Au contraire : sur les 22 443 conseillers municipaux recensés, 1 438 sont des exploitants agricoles en activité, soit 6,4 % des élus (3,6 % des emplois en Bretagne_source ABC de l’agriculture bretonne)
Cette présence est cependant très inégale selon les territoires. Elle est maximale dans les Côtes-d’Armor, où les agriculteurs représentent 7,9 % des conseillers municipaux, devant l’Ille-et-Vilaine (6,1 %), le Finistère (6,0 %) et le Morbihan (5,5 %).
Ce chiffre mérite d’être mis en perspective : l’agriculture ne représente qu’une fraction de la population active bretonne, mais elle pèse beaucoup plus lourd dans les conseils municipaux des communes rurales. Selon les chiffres du répertoire des élus locaux, 802 communes comptent au moins un exploitant agricole parmi leurs conseillers, soit environ deux communes sur trois.
La carte municipale dessine ainsi une géographie très nette : plus une commune s’éloigne des grands pôles urbains et conserve une activité agricole importante, plus la présence d’exploitants au sein du conseil municipal est fréquente.
Un contraste saisissant avec les grandes villes
C’est probablement l’un des enseignements les plus frappants du fichier.
Les 11 communes bretonnes de plus de 20 000 habitants recensées par l’Insee sont Rennes, Brest, Quimper, Lorient, Vannes, Saint-Malo, Saint-Brieuc, Lanester, Concarneau, Lannion et Fougères. Dans le fichier étudié, aucune ne compte d’exploitant agricole en activité parmi ses conseillers municipaux. L’Insee confirme bien que ces onze communes dépassent le seuil des 20 000 habitants.
Le phénomène ne se limite pas aux seules métropoles régionales. Plusieurs pôles urbains ou petites villes importantes sont également dépourvus d’exploitants : Dinan, Guingamp, Lannion, Loudéac, Paimpol, Perros-Guirec, Plérin ou Ploufragan dans les Côtes-d’Armor ; Landerneau, Morlaix, Guipavas ou Quimperlé dans le Finistère ; Bruz, Cesson-Sévigné, Chantepie, Châteaubourg ou Liffré en Ille-et-Vilaine ; Auray, Locminé, Pontivy ou Questembert dans le Morbihan.
À l’inverse, dès que l’on revient vers les communes rurales, les agriculteurs peuvent représenter une part importante des conseils municipaux, avec parfois plusieurs exploitants dans une même assemblée.
Politiquement, le contraste est fort : l’agriculteur demeure un acteur municipal majeur dans le monde rural, mais son profil devient pratiquement invisible dans les conseils des grands pôles urbains.
L’Insee rappelle que la Bretagne compte 3,45 millions d’habitants répartis dans 1 202 communes, et que les communes de moins de 20 000 habitants constituent l’immense majorité du tissu communal régional.
Côtes-d’Armor : le département où les agriculteurs pèsent le plus
Avec 450 exploitants élus, les Côtes-d’Armor arrivent nettement en tête, en nombre comme en proportion.
Les agriculteurs représentent 7,9 % des conseillers municipaux du département, soit 2,4 points de plus que dans le Morbihan.
Le département se distingue aussi par la présence de plusieurs agriculteurs dans certaines communes rurales. Plouguenast-Langast compte six exploitants, Calanhel et Plumieux en comptent cinq. Le Mené, La Chapelle-Neuve, Langoat et Penguily en comptent quatre.
Cette présence agricole s’interrompt en revanche brutalement dans les pôles urbains. Saint-Brieuc, avec plus de 44 000 habitants, ne compte aucun exploitant parmi ses conseillers municipaux. Même constat à Lannion, Paimpol, Guingamp, Loudéac, Dinan ou Plérin.
Ce phénomène ne doit pas être lu comme une opposition entre agriculture et ville : il traduit surtout la structure sociale et professionnelle des communes. Dans une petite commune où l’agriculture reste une activité économique importante, un exploitant fait naturellement partie des personnes susceptibles de s’investir dans la vie municipale.
Les données de population de référence 2023, entrées en vigueur en janvier 2026, confirment par ailleurs le poids de nombreux pôles intermédiaires dans l’armature territoriale costarmoricaine.
Finistère : une présence agricole très rurale
Le Finistère compte 327 exploitants agricoles élus, soit 6,0 % des conseillers municipaux.
La proportion est légèrement inférieure à celle des Côtes-d’Armor, mais la géographie est comparable : la présence des agriculteurs est avant tout rurale.
Coray, Lennon et Poullaouen figurent parmi les communes comptant le plus d’exploitants élus, avec cinq chacun. Plusieurs autres communes rurales en comptent quatre.
À l’inverse, les principaux pôles du département sont absents de la carte agricole municipale. Brest, Quimper et Concarneau ne comptent aucun exploitant agricole dans leurs conseils municipaux. Le phénomène concerne également Morlaix, Landerneau, Guipavas ou Quimperlé.
Le cas de Morlaix est particulièrement parlant : la commune compte plus de 15 000 habitants en 2023, mais aucun exploitant agricole n’apparaît dans le fichier.
Le contraste est encore plus marqué si l’on compare Brest, deuxième ville de Bretagne avec 142 346 habitants, et les petites communes rurales du centre et de l’ouest du département.
Ille-et-Vilaine : moins d’agriculteurs en proportion, mais un tissu rural solide
L’Ille-et-Vilaine compte 389 exploitants agricoles élus, ce qui en fait le deuxième département breton en nombre derrière les Côtes-d’Armor.
Ils représentent 6,1 % des conseillers municipaux.
La particularité du département tient à l’opposition entre le poids considérable de Rennes et de son aire urbaine, et un vaste arrière-pays rural où l’agriculture conserve une forte représentation politique.
Saint-Rémy-du-Plain et Piré-Chancé comptent ainsi cinq exploitants dans leur conseil municipal. Bais, Val-d’Anast, Les Brulais, Moutiers, Sixt-sur-Aff ou Pléchâtel en comptent plusieurs.
Mais la rupture avec le monde urbain est spectaculaire. Rennes ne compte aucun exploitant agricole parmi ses 61 conseillers recensés. Même constat à Fougères, Bruz, Cesson-Sévigné, Chantepie, Châteaubourg ou Liffré.
La situation rennaise est d’autant plus symbolique que la capitale bretonne compte 230 890 habitants en 2023 et constitue de très loin la première commune de la région.
L’Ille-et-Vilaine illustre donc particulièrement bien le phénomène : l’agriculture est très présente dans l’espace municipal départemental, mais cette présence se concentre en dehors du principal bassin urbain.
Morbihan : la plus faible représentation, mais des bastions ruraux
Le Morbihan arrive en dernière position avec 272 exploitants agricoles élus, soit 5,5 % des conseillers municipaux.
Ce chiffre reste toutefois conséquent : plus d’un conseiller municipal sur vingt est un exploitant agricole.
Bréhan et Caden comptent cinq agriculteurs dans leur conseil municipal. Augan, Gourin, Séglien et Saint-Malo-des-Trois-Fontaines en comptent quatre.
Là encore, les pôles urbains marquent une rupture nette. Vannes, Lorient et Lanester ne comptent aucun exploitant agricole dans le fichier. Le constat vaut également pour Pontivy, Locminé et Questembert.
Le contraste est particulièrement net à Vannes, qui compte 55 790 habitants en 2023, si on la compare aux petites communes rurales où plusieurs exploitants peuvent siéger simultanément.
Un élu agricole sur quatre est une femme
La présence des agriculteurs dans les conseils municipaux reste largement masculine.
Sur les 1 438 exploitants agricoles élus, 365 sont des femmes, soit 25,4 %. Les hommes représentent donc près des trois quarts des exploitants présents dans les conseils municipaux.
Le Morbihan se distingue, avec près de trois agriculteurs élus sur dix qui sont des femmes. Le Finistère se situe à l’autre extrémité, avec seulement 21,4 %.
La comparaison avec l’ensemble des conseils municipaux est révélatrice : les femmes représentent 48,9 % de l’ensemble des conseillers recensés, mais seulement 25,4 % des exploitants agricoles élus.
L’agriculture demeure donc un univers nettement plus masculin que l’ensemble de la représentation municipale.
Des agriculteurs un peu plus jeunes que l’ensemble des conseillers
Autre enseignement : les exploitants agricoles élus sont plus jeunes que la moyenne des conseillers municipaux.
L’âge moyen des exploitants est de 48,3 ans, contre 52,2 ans pour l’ensemble des conseillers du fichier. L’écart est donc d’un peu moins de quatre ans.
La médiane est de 49 ans pour les agriculteurs, contre un peu plus de 52 ans pour l’ensemble des élus.
La répartition par âge est la suivante :
357 exploitants ont moins de 40 ans, soit 24,8 % ;
858 ont entre 40 et 59 ans, soit 59,7 % ;
223 ont 60 ans ou plus, soit 15,5 %.
L’âge le plus bas relevé dans le fichier est celui d’une agricultrice de 20 ans, élue dans le Finistère. À l’autre extrémité, une agricultrice de 73 ans siège dans les Côtes-d’Armor.
Le renouvellement générationnel est donc bien présent dans les conseils municipaux ruraux : près d’un agriculteur élu sur quatre a moins de 40 ans.
Une majorité sur des exploitations de taille moyenne
Le fichier distingue trois catégories d’exploitants : petite, moyenne et grande exploitation.
La répartition est fortement déséquilibrée :
Près de sept exploitants élus sur dix appartiennent donc à la catégorie « agriculteur sur moyenne exploitation », telle qu’elle est définie dans la nomenclature du fichier.
Les exploitants sur petite exploitation sont davantage féminisés : les femmes représentent 33,7 % de cette catégorie, contre 23,4 % dans les exploitations moyennes et 17,8 % dans les grandes exploitations.
Cette différence mérite d’être soulignée, même si la nomenclature professionnelle ne permet pas de déduire à elle seule la nature précise des systèmes de production.
Anciens agriculteurs et ouvriers : une présence plus large du monde agricole
Les données du répertoire des élus locaux permettent d’appréhender une présence plus large du monde agricole dans les conseils municipaux.
Outre les 1 438 exploitants agricoles en activité, il recense 370 anciens agriculteurs exploitants et 196 ouvriers agricoles.
En additionnant ces catégories, la représentation des personnes directement ou anciennement liées à l’agriculture dépasserait 2 000 conseillers.
Pour l’analyse politique et professionnelle, il est toutefois préférable de conserver une distinction claire : les 1 438 exploitants constituent le cœur de l’étude, tandis que les anciens agriculteurs et les ouvriers agricoles témoignent d’un ancrage plus large du monde agricole dans la vie municipale.
Une France rurale qui se retrouve davantage dans les conseils municipaux
Au final, le tableau dessine une représentation municipale agricole très polarisée.
Dans les communes rurales, l’agriculteur reste une figure importante de la vie publique locale. Il peut être conseiller municipal, adjoint, voire occuper plusieurs responsabilités. Dans certaines petites communes, plusieurs exploitants siègent simultanément.
Cette représentation s’efface cependant rapidement avec la densité urbaine.
Le cas des grandes villes bretonnes est sans ambiguïté : aucun exploitant agricole dans les conseils municipaux des onze communes dépassant 20 000 habitants. Rennes, Brest, Quimper, Lorient, Vannes, Saint-Malo, Saint-Brieuc, Lanester, Concarneau, Lannion et Fougères sont toutes concernées.
Cela ne signifie pas que les agriculteurs sont absents des territoires urbains. Ils peuvent y résider, y exercer des responsabilités professionnelles ou participer à des organisations agricoles. Mais leur présence dans la représentation politique municipale devient marginale.
L’autre enseignement est plus encourageant pour le renouvellement : les exploitants élus sont en moyenne plus jeunes que l’ensemble des conseillers municipaux, et un quart d’entre eux sont des femmes.
Le portrait qui se dégage est donc celui d’une représentation agricole encore solide, rurale, majoritairement masculine et concentrée dans les exploitations de taille moyenne, mais qui conserve une réelle capacité de renouvellement générationnel.
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