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Quelque 200 000 manifestants — lycéens, étudiants, gilets jaunes, militants du climat et syndicalistes — sont attendus par les autorités samedi dans toute la France pour protester contre la vie chère et demander davantage de moyens pour l’éducation, à six mois de la présidentielle.
Cette « convergence des luttes », redoutée par le pouvoir, intervient sur fond de fortes tensions sociales, alimentées par la flambée des carburants et par une baisse du pouvoir d’achat dans un pays — deuxième économie de la Zone euro — surendetté et sous étroite surveillance des marchés financiers.
D’un point de vue politique, le parti de gauche radicale, La France insoumise (LFI), espère tirer profit de l’importante mobilisation attendue. Même si, pour l’instant, c’est Marine Le Pen, candidate de l’extrême droite, qui caracole en tête dans les sondages.
Selon une source policière, quelque 150 000 personnes devraient participer aux manifestations hors agglomération parisienne. Les prévisions pour la capitale se situent autour de 40 000 manifestants.
Dans toute la France, environ 500 actions sont « envisagées » et plus de 90 manifestations sont « en cours de structuration », selon l’entourage du ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, qui anticipe des « débordements ».
Les autorités ont fait savoir qu’elles interdiraient les manifestations aux abords des sites sensibles parisiens (présidence, siège des services du premier ministre, Assemblée nationale…).
« Le pouvoir a peur »
Le souvenir du mouvement social d’ampleur des gilets jaunes en 2018-19, au début du premier mandat du président Emmanuel Macron, est dans tous les esprits.
Il avait débuté pour protester contre la hausse des taxes sur les carburants. Les images des violences en marge des manifestations, notamment sur les Champs-Élysées, avaient fait le tour du monde.
Ce mouvement inédit avait été marqué par 11 morts en marge des mobilisations (notamment accidents routiers, malaises, etc.), 23 éborgnés et quelque 2500 blessés parmi les manifestants, ainsi que 1800 blessés chez les forces de l’ordre.
« Ce n’est pas juste un mouvement de gilets jaunes, ce n’est pas juste un mouvement d’étudiants et de lycéens et de lycéennes, c’est le peuple tout entier qui est en train de se lever et c’est pour ça que le pouvoir a peur », a estimé Benjamin Ball, éditeur du site sur le 17 octobre, Bloquons tout et marches du climat du 26 septembre.
Les revendications multiples de cette mobilisation, notamment contre la « vie chère », qui fédère gilets jaunes ou encore agriculteurs et chauffeurs de VTC, « rejoignent » celles des lycées et étudiants, a estimé la numéro un du syndicat de la CGT, Sophie Binet, contestant tout « essoufflement » du mouvement des lycéens avancé par le gouvernement.
« Il faut comprendre la gravité de la situation : aujourd’hui, s’acheter des tomates, des courgettes ou faire le plein, ça devient une consommation de luxe. Il y a des millions de travailleurs et des travailleuses qui sont complètement asphyxiés et qui n’arrivent plus à s’en sortir », a insisté la syndicaliste.
« Une sorte d’aboutissement »
Le premier ministre Sébastien Lecornu a jugé jeudi que le mouvement s’était transformé en « un mouvement de violences urbaines », qui fait « injure d’ailleurs aux lycéens ».
Samedi, les grenades assourdissantes, dont l’usage a été suspendu « pour le mouvement lycéen », pourront d’ailleurs être utilisées en cas de « violences urbaines extrêmement graves », selon le ministre de l’Intérieur.
Après un mois de blocages d’établissements scolaires, le mouvement semblait s’essouffler vendredi à la veille des vacances de la Toussaint.
Seule réponse concrète apportée pour le moment par le gouvernement : un plan d’urgence de remplacement de professeurs absents, qui s’est traduit par l’affectation depuis une semaine de 2000 remplaçants, sur les 3000 promis, selon le ministère de l’Éducation nationale.
« J’ai un peu l’impression que (la journée de samedi) va être une sorte d’aboutissement», dit Marie-Lou, 18 ans. «On va être rejoint par les travailleurs, par les gilets jaunes qui vont se remobiliser aussi, on a aussi un peu l’espoir qu’il y a la convergence de toutes les luttes ».
Le président du Rassemblement national (RN), Jordan Bardella, s’est pour sa part dit « inquiet » d’éventuels « débordements » lors de la journée de samedi qui, selon lui, « est sous couvert de revendications légitimes » une occasion « pour la France du chaos de se mettre et de se rassembler derrière Jean-Luc Mélenchon », le candidat insoumis à la présidentielle.


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