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Vers une campagne « palpitante » où « tout peut arriver »

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« Tout peut arriver », lance spontanément le professeur de science politique au Cégep de Rimouski, Jean-François Fortin, lorsqu'on l'interpelle au sujet des élections québécoises qui seront déclenchées au cours des prochaines heures.

D'entrée de jeu, il note combien les sondages annoncent une bataille serrée dans une campagne dont l'allure pourrait être chamboulée par la crise tarifaire venue du sud.

Le Bas-Saint-Laurent n'est pas à l'abri des impacts négatifs de la guerre tarifaire.

Jean-François Fortin devant le Cégep de Rimouski.

Jean-François Fortin, professeur de science politique au Cégep de Rimouski

Photo : Radio-Canada / Francois Gagnon

Jean-François Fortin pense que les partis politiques et leurs candidats locaux n'auront pas le choix et qu'ils devront expliquer comment le gouvernement qu'ils espèrent diriger pourra rassurer les acteurs de l'économie pour faire en sorte que les impacts soient amenuisés.

Et c'est sans compter, dit-il, que le président américain serait bien capable de bousculer les choses en y allant d'une sortie intempestive durant la campagne. Pour l'instant, le professeur de science politique ne parle pas d'ingérence étrangère, mais plutôt d'interférence étrangère.

« Une campagne palpitante »

De la même manière, selon Gérald Beaudry, qui a travaillé pendant 24 ans au sein d'organismes de développement régional au Bas-Saint-Laurent, cette campagne sera palpitante, car elle opposera jusqu'à cinq partis susceptibles de faire des gains importants.

Il s'attend donc à plusieurs batailles serrées, notamment dans les circonscriptions de Côte-du-Sud et de Rivière-du-Loup–Témiscouata–Les Basques.

Il estime donc que rien n'est encore joué et que la campagne électorale aura une influence directe sur le choix des électeurs.

Gérald Beaudry devant le fleuve Saint-Laurent.

Gérald Beaudry a œuvré pendant 24 ans dans des organismes de développement régional au Bas-Saint-Laurent.

Photo : Radio-Canada / Francois Gagnon

Jean-François Fortin partage cette analyse, mais souligne ce paradoxe qu'une campagne locale se décide par les bons et les mauvais coups d'un chef, malheureusement. Il précise qu'il est généralement convenu qu'un candidat local peut faire fluctuer les votes de 10 % au maximum.

La tendance nationale est importante. Toutefois, quand il y a des luttes très serrées comme on l'envisage actuellement, le candidat local peut faire la différence.

Les résultats de 2022

En 2022, au sortir de la pandémie, la Coalition avenir Québec a balayé le Bas-Saint-Laurent avec 48 % des voix dans Côte-du-Sud, 52 % dans Rivière-du-Loup et 42 % dans Rimouski.

Les victoires étaient aussi décisives sur la Côte-Nord et en Gaspésie. Les deux seules exceptions ont été le château-fort matanais de Pascal Bérubé et les Îles-de-la-Madeleine.

Est-ce que la CAQ pourrait répéter cet exploit en 2026?

Gérald Beaudry est catégorique : il n'y aura pas de balayage en 2026.

Jean-François Fortin est aussi direct : C'est impossible.

Le contexte est complètement différent, selon les deux observateurs. La pandémie n'est plus un enjeu, disent-ils, et le gouvernement sortant sollicite non pas un deuxième, mais un troisième mandat, ce qui est beaucoup plus exigeant.

Une affiche d'Ariane Boyer et le chef du Parti québécois installée sur le bord d'une rue à Rivière-du-Loup.

Les élections québécoises auront lieu le 5 octobre prochain.

Photo : Radio-Canada / Patrick Bergeron

Gérald Beaudry et Jean-François Fortin insistent toutefois pour dire que la CAQ est loin de s'être effondrée sous le leadership de Christine Fréchette et que sa performance des dernières semaines annonce des luttes serrées.

Dans les circonstances, disent-ils, on ne peut exclure le scénario d'un gouvernement minoritaire.

Des enjeux régionaux

La liste des enjeux régionaux qui devraient faire l'objet de débat durant la campagne est longue.

Jean-François Fortin et Gérald Beaudry évoquent au premier chef tout le dossier de la santé, mais particulièrement la question des services d'urgence dans les petites communautés pour laquelle ils espèrent des propositions originales des candidats.

On est rendu à l'étape où il faut imaginer des façons de faire nouvelles. [...] Il faut être créatif. Et pour cela, il faut associer le milieu aux réflexions.

Une centaine de personnes sont regroupées devant l'édifice du CLSC de Pohénégamook.

De multiples manifestations ont eu lieu à Pohénégamook et à Trois-Pistoles l'an dernier afin de maintenir les services d'urgence 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Patrick Bergeron

Autrement, ils s'attendent à ce que les candidats s'expriment sur le prolongement de l'autoroute 20, le déménagement de la traverse de Rivière-du-Loup, le retour de celle à Rimouski, mais aussi sur le développement du transport collectif, l'accueil et la rétention des travailleurs étrangers et le développement régional.

Jean-François Fortin et Gérald Beaudry prévoient que l'accélération du développement éolien sera évoquée, mais ils ne s'attendent pas à de grands débats, parce qu'ils jugent que ce développement fait généralement consensus.

Une pensée pour les aînés

Finalement, Gérald Beaudry souhaite que la campagne soit l'occasion de débattre d'un enjeu trop souvent oublié, celui du vieillissement de la population. Près de 30 % de la population du Bas-Saint-Laurent est âgée de 65 ans et plus. La région est ainsi au deuxième rang des plus vieilles au Québec.

On dit souvent que ça prend un village pour élever un enfant. Moi, je dis que ça prend un ensemble de partenaires pour que les aînés demeurent dans leur communauté.

Le choix des électeurs

Au moment du déclenchement de la campagne électorale, Gérald Beaudry note que, selon les sondages, près d'un Québécois sur deux n'a pas fait de choix définitif, du jamais vu.

Dans les circonstances, Jean-François Fortin demande : qu'est-ce qui va marquer l'imaginaire des électeurs et les inciter à voter pour un parti ou un autre?

Il n'avance pas de réponse, mais rappelle que tout peut arriver.

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