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Une nouvelle secousse a fait trembler Caracas et La Guaira lundi, cinq jours après le double séisme qui a fait des dizaines de milliers de disparus. Le pays oscille entre farouche volonté de sauver des vies supplémentaires et exaspération à l’égard d’autorités jugées défaillantes.
Des secouristes à La Guaira (Venezuela), le 29 juin 2026. Le bilan du double séisme au Venezuela du 24 juin a été relevé de 1 450 à 1 719 morts, a annoncé, lundi 29 juin, le président de l’Assemblée nationale, Jorge Rodriguez, faisant également état de 5 034 personnes blessées. Les Nations unies estiment à environ 50 000 le nombre de disparus.
Les opérations de recherches de potentiels survivants, alors que, dans le pays, la frustration augmente face à une mobilisation du gouvernement jugée insuffisante. Des images de drones de l’Agence France-Presse (AFP) montrent des quartiers entiers dans lesquels aucun immeuble n’a résisté aux secousses sismiques. Les secours s’y activent avec méthode, devant les proches de disparus rivés sur les décombres dans l’espoir de retrouver leurs proches vivants.
Selon M. Rodriguez, « 855 immeubles ont été affectés, 189 se sont totalement effondrés et 666 ont subi un effondrement partiel ou ont été gravement, voire fortement affectés ». « Les deux tremblements de terre tragiques, terribles, qui ont eu un grand impact sur des secteurs de notre population » ont été suivis de « 609 répliques », dont une dans la matinée de lundi de magnitude 4,2, a-t-il souligné.
La secousse a été fortement ressentie par la population. « Ce matin, nous étions en train de nous préparer, justement, quand il y a eu une réplique (…) faisant rebondir le sol. Nous l’avons tous sentie. La panique a été horrible », a témoigné Fernan Hernandez, un habitant de La Guaira âgé de 57 ans, devant l’immeuble de cinq étages qui a enseveli son frère, José René Hernandez. « Ce que nous voulons vraiment, c’est qu’on nous aide (…) à retrouver les corps. »
Des autorités jugées défaillantes
Un homme et son fils adolescent ont été sauvés dimanche, près de quatre jours après le double séisme, à Caraballeda, ville côtière au nord de Caracas, a rapporté l’AFP. Les sauveteurs américains et français ont descendu d’une montagne de gravats le jeune et son père, choqués et épuisés, nus sur des brancards.
Dès lors que les grandes catastrophes naturelles ne laissent guère plus de soixante-douze heures pour retrouver des survivants, le pays oscille entre farouche volonté de sauver des vies supplémentaires et exaspération à l’égard d’autorités jugées défaillantes. « Tout le monde dit qu’il ne reste plus personne, mais nous sommes toujours là à attendre. Pour voir si nous pouvons encore faire sortir quelqu’un », a expliqué à l’AFP Eduardo Cardozo, un ouvrier agricole venu aider les sauveteurs d’une zone sinistrée de Tucacas, sur la côte.
A Caraballeda, dont des images aériennes montrent des quartiers entiers réduits en poussière, des riverains exaspérés par la passivité des militaires ont obligé dimanche un groupe de soldats à prendre pelles et pioches pour participer à l’effort. « Un général est arrivé avec une vingtaine de militaires armés et ils sont restés collés à un mur. On devait sortir une personne qui était morte, et eux, tranquilles, dans un coin… », a décrit Alexander Mijares, secouriste volontaire de 26 ans. Des soldats ont ensuite commencé à dégager des débris.
Dans le quartier de San Bernardino, à Caracas, des sauveteurs ont escaladé un immeuble effondré, utilisant des perceuses pour briser le béton et formant des chaînes humaines pour évacuer les décombres à la main. A Chacao, un autre quartier de la capitale, de grands écrans publicitaires diffusaient les visages de personnes disparues dans l’espoir de les localiser.
« Les opérations de recherche et de sauvetage se poursuivent. Nous avons retrouvé des personnes vivantes (…). Nous gardons toujours l’espoir », a affirmé la présidente par intérim, Delcy Rodriguez, prolongeant la fermeture des écoles d’une semaine de plus.
Dix mille sacs mortuaires
Pendant de nombreuses heures avant l’arrivée des premiers secouristes étrangers, les Vénézuéliens ont dû fouiller les décombres à mains nues du fait d’un manque d’engins de chantier et de levage. Le gouvernement a restreint l’accès à l’Etat de La Guaira en imposant aux bénévoles l’obtention d’un laissez-passer. « Il faut un permis pour sauver des vies… rendez-vous compte », s’est indigné Carlos Itriago, 27 ans.
Quelques centaines de soldats de l’armée de l’air américaine sont déjà sur place pour soutenir l’« accroissement du flux essentiel du trafic aérien entrant et sortant », a fait savoir le commandement militaire des Etats-Unis pour l’Amérique latine et les Caraïbes. Près de 130 marines ont été déployés pour aider aux réparations du port de La Guaira.
Symbole fort, le Fort Lauderdale, un navire amphibie de transport de troupes et de matériel, est actuellement ancré dans les eaux de cette cité balnéaire, ravagée et la plus touchée par le tremblement de terre. Lundi, le département d’Etat américain a annoncé une aide de 300 millions de dollars (262 millions d’euros) pour le Venezuela, le double de ce qui avait été initialement prévu pour soutenir le pays.
L’ONU, qui anticipe un très lourd bilan, va fournir 10 000 sacs mortuaires, sur la base d’une estimation de 2 500 structures touchées, « dont la plupart totalement effondrées ». « C’est ce que nous avons décidé avec les autorités. C’est très triste, et nous espérons vraiment que le chiffre sera moins important que ça », a confié le coordinateur de l’ONU dans le pays, Gianluca Rampolla del Tindaro.
Selon les chiffres de ce responsable, 27 pays ont mobilisé plus de 40 équipes de secours, soit « plus de 2 000 secouristes et personnes sur le terrain, avec plus de 160 chiens ». Ces équipes internationales ont réussi à sauver sept personnes des décombres, dimanche.
Le Monde avec AFP


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